Fabien Gabel avec l’Orchestre Français des Jeunes 

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Le chef d’orchestre Fabien Gabel assure depuis 2017 la Direction musicale de l’Orchestre Français des Jeunes (OFJ). Alors qu’il s’apprête à diriger la session d’été qui a pu être maintenue et qui proposera un concert au Nouveau Siècle de Lille (le 3 septembre), il répond aux questions de Crescendo Magazine.

Vous allez diriger cette session d’été de l’Orchestre Français des Jeunes, session dont le programme de concerts a été diminué et qui se déroule dans un contexte très particulier. Quel est votre état d’esprit avant de monter au pupitre ? 

Je suis bien sûr très heureux que cette session puisse avoir lieu... On sait à quel point un retour sur scène reste fragile et que les décisions politico-sanitaires peuvent à tort ou à raison mettre un terme à cette reprise ! Cependant j'ai pu déjà diriger en France à Mulhouse en juin et plus récemment à Grafenegg en Autriche. Pour cette session avec l'OFJ, l'orchestre a été scindé afin que tout le monde puisse jouer. Par conséquent nous avons dû adapter notre programme et renoncer aux gros effectifs orchestraux.

Le programme de cette session comprend une création de Diana Soh, mais aussi deux grandes oeuvres du répertoire : le Concerto pour violoncelle de Schumann et la Symphonie n°3 de Brahms. Comment avez-vous choisi ce programme ? Est-ce qu'il est essentiel pour vous de proposer une création à côté d'oeuvres du répertoire ?

Les trois pièces que vous mentionnez étaient déjà programmées au répertoire de cette nouvelle saison. La pièce de Diana Soh est une commande de l'OFJ inspirée par deux oeuvres que nous ne pourrons pas jouer cet été mais fort probablement lors de la session d'hiver, la “Danse des sept voiles" de Salomé de Richard Strauss et la Tragédie de Salomé de Florent Schmitt. Nous allons cependant les travailler dès cet été. Soutenir la musique de notre temps est essentiel et fait partie de la mission de l'OFJ, mais nous avons aussi joué des reprises de créations par le passé. Les jeunes musiciens doivent approcher avec sérieux tous les répertoires et doivent impérativement défendre les compositeurs d'aujourd'hui.

Les Orgues du soleil, 3e étape !

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Le troisième volet de notre panorama « Orgues du soleil » (lire ici et ici les deux premiers articles) nous emmène d’abord en Italie du Nord. Sur les deux célèbres orgues de San Petronio de Bologne, Liuwe Tamminga recrée le faste de l’âge d’or vénitien, magnifiant les ors polyphoniques de Giovanni Gabrieli. Non loin de là, Francesco Cera nous invitera à découvrir quatre instruments historiques de l’Émilie. On retrouvera ensuite Frédéric Muñoz pour un programme hispanisant à Saint-Pons-de-Thomières, aéré, intériorisé, et rafraichissant. Cap alors vers le terroir des cigales : Michel Alabau nous transportera dans quelques grandes scènes lullystes et ramistes transcrites pour les tuyaux, sur le Isnard de Saint-Maximin transfiguré par une insondable poésie. Nous terminerons par quelques pages debussystes, ludique prétexte à l’inspiration de Loïc Mallié qui nous offre un voyage imaginaire dans l’univers du compositeur de La Mer.

Dossier Anton Bruckner (2/3) : La musique sacrée

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Isoler, dans la production de Bruckner, ce qui relève spécifiquement du domaine sacré peut s’apparenter à une tâche impossible si l’on veut bien considérer que l’élément religieux est partie intégrante de l’être profond du compositeur et a traversé son existence comme une formidable lame de fond. Il semble même tout à fait évident que l’expression de cette fervente spiritualité a ici largement débordé du cadre liturgique pour s’exprimer à plein, et comme "au-delà des mots", dans le domaine symphonique, le véritable "champ de bataille" de toute une vie.

L’image d’Epinal de Bruckner est donc celle d’un ardent serviteur du catholicisme, d’un dévot entièrement soumis aux commandements de l’Eglise, et dont le but, l’accomplissement suprême et la gloire, aura été de devenir, selon le mot célèbre de Franz Liszt, le "ménestrel de Dieu". 

Elevé et formé dans un cadre religieux strict et très rigoureux, au sein de la prestigieuse Abbaye de Saint-Florian dont l’image s’imprime de manière indélébile dans son esprit, Anton Bruckner, timide et obéissant de nature, est profondément marqué, voire littéralement "conditionné" par cette éducation religieuse humainement écrasante, à la fois sur le plan des convictions profondes, du comportement privé et de la conscience artistique . Tout au long de sa carrière, et à un rythme plus ou moins soutenu, il s’est attelé à la composition d’oeuvres sacrées qui appartiennent à tous les genres (à l’exception de l’oratorio) et s’adressent à toutes les formations, du petit choeur a cappella jusqu’aux grandes fresques symphoniques avec orgue et solistes. De sorte que sa production relative à la liturgie catholique compte parmi les plus considérables en volume, en qualité et en diversité qui soient sorties de la plume d’un compositeur du XIXe siècle, aux côtés de celles de Donizetti, de Dvorak, de Franck et surtout de Liszt. Encore cette production n’offre-t-elle pas un visage homogène. On y distingue d’abord une évidente et très logique filiation avec les maîtres viennois, Haydn, Mozart, Schubert, dont les messes instrumentales résonnent encore à cette époque sous les voûtes des églises de la Haute-Autriche, offrant de ce fait au jeune compositeur un modèle dont il cherche à recréer les puissantes architectures pour organiser son propre espace sonore. 

Vitali : de l’église à la salle de bal, différents visages de la sonate à la fin du Seicento

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Giovanni Battista VITALI (1632-1692) : Suonate a due violoni, Op. 2. Claudio Andriani, violon ; Micol Vitali, violon ; Ensemble Italico Splendore. Octobre 2015. Livret en anglais, italien. TT 63’23. Tactus TC632203. Sonate da camera, Op. 14. Claudio Andriani, Naoko Ogura, premiers violons. Ensemble Italico Splendore. Juillet 2016. Livret en anglais, italien. TT 64’43. Tactus TC632202

A Pesaro, un ROF en plein air ! 

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En cette année 2020, la 41e édition du Festival Rossini de Pesaro a d’abord le mérite d’avoir lieu. Pandémie du Covid-19 oblige, le programme prévu a été reporté à la saison prochaine, en maintenant les productions de Moïse et Pharaon, Elisabetta regina d’Inghilterra et Il Signor Bruschino. Durant ce mois d’août, festivaliers et agences de spectacle se sont arraché les cinq représentations de La Cambiale di Matrimonio données au Teatro Rossini, dont le  nombre de places a été drastiquement réduit par les mesures sanitaires. 

C’est donc à ciel ouvert, Piazza del  Popolo, que se sont déroulées les autres manifestations. L’on y a édifié une scène avec un arrière-fond en bois, jouxtant une imposante fosse d’orchestre  surmontée de haut-parleurs superposés. Une fois les premières mesures passées, le produit de cette ‘alchimie’ sonore paraît plutôt satisfaisant, face à un parterre de plus de 1400 sièges dont ne sont utilisées que 680. Ceci m’a toutefois permis d’entendre deux grands chanteurs dialoguant avec la Filarmonica Gioacchino Rossini ainsi qu’une représentation d’Il Viaggio a Reims.

Le piano éphémère de Turina par Martin Jones

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Joaquin TURINA (1882-1949) : Sevilla. Suite pittoresque op. 2 ; Sonate romantique, sur un thème espagnol op. 3 ; Coins de Séville op. 5 ; Trois Danses andalouses op. 8 ; Album de voyage op. 15 ; Femmes espagnoles 1ère série op. 17 ; Danses fantastiques op. 22 ; Sanlucar de Barrameda. Sonate pittoresque op. 24 ; El barrio de Santa Cruz, op. 33 ; Rythmes. Fantaisie chorégraphique op. 43 ; Cinq Danses gitanes, 1ère série op. 55 ; Sonate fantaisie op. 59 ; Le château d’Almodovar op. 65 ; Femmes espagnoles 2e série op. 73 ; Fantaisie italienne op. 75 ; Ballet. Suite de danses du XIXe siècle op. 79 ; Cinq Danses gitanes, 2e série op. 84 ; Coin magique. Parade en forme de sonate op. 97 ; Depuis ma terrasse. Estampes pour piano op. 104. Martin Jones, piano. 2020. Livret en anglais. 296.30. Nimbus Records NI 1710 (un coffret de 4 CD).

Annelien Van Wauwe et Severin von Eckardstein à Flagey

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Flagey, 16 Août, 19h30. J’arrive au pied du Paquebot pour entamer le rituel d’entrée. Les membres du personnel sont toujours impeccables. Sous leurs yeux plissés, on devine un sourire bienveillant, mais rigoureux lorsqu’ils rappellent les nouvelles règles exigées. Aucun faux pas n’est toléré. Pour des raisons sanitaires évidentes et pour éviter le moindre risque de voir les futurs événements annulés pour cause de négligence. La menace est réelle, la tension tout autant. 

Dans la salle, j’observe ce vaste Studio 4 à l’acoustique si merveilleuse. Voir l’unique petite centaine de personnes aujourd’hui tolérée dans ce volume si majestueux, c’est voir un mastodonte exsangue, asphyxié, qui lutte pour sa survie. Le vide l’étouffe quand le plein le libère. 

Cela dit, transporté, ce soir, le public de Flagey le sera. Un voyage délicieusement éclectique l’attend avec une Annelien Van Wauwe tout en finesse dans son élégante robe noire et un Severin von Eckardstein assorti dans sa chemise étroite à col Mao reflétant toute sa sobriété et son humilité.