Le Liverpool Oratorio à Monte-Carlo

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Chaque été, le Prince Albert II de Monaco convie l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo (OPMC) à se produire dans la somptueuse Cour du Palais Princier. Ces concerts, d’une rare élégance, exigent une tenue de soirée, et les places — en nombre limité — s’arrachent rapidement.

En prélude à sa dixième saison et dernière, au titre de Directeur musical et artistique de l’OPMC, le chef japonais a choisi de diriger une œuvre ambitieuse et peu connue du grand public : le Liverpool Oratorio de Paul McCartney. Un concert symbolique, car Kazuki Yamada, qui est également le directeur musical du City of Birmingham Symphony Orchestra a convié le choeur à prendre part à ce concert. 

C’est une partition de grande envergure nécessitant un dispositif exceptionnel : un orchestre philharmonique au complet, les 180 chanteurs du City of Birmingham Symphony Orchestra Chorus, le Chœur d’enfants de l’Académie Rainier III… Impossible d’accueillir une telle production en plein air dans la Cour du Palais Princier : c’est donc le Grimaldi Forum, et plus précisément la Salle des Princes (1 864 places, 1 000 m² de scène, dont 690 m² de plateau), qui a été mobilisé. Dans le public, mélomanes avertis, amateurs de McCartney et inconditionnels des Beatles.

C’est en 1991, dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire de l’Orchestre de Liverpool, que Paul McCartney, épaulé par le chef Carl Davis pour l’orchestration, s’est lancé dans la composition de son premier oratorio. L’œuvre, écrite pour solistes, chœur mixte, chœur d’enfants et orchestre symphonique, fut créée dans la cathédrale de Liverpool. Résultat : une fresque musicale audacieuse, en huit mouvements, librement inspirée de la vie de McCartney lui-même.

Les Musicales de Normandie au Musée Michel Ciry : 3 concerts, 3 époques, 3 univers

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Le festival Les Musicales de Normandie existe depuis 2006. Pour sa vingtième édition, il propose cinquante concerts, pendant tout l’été, dans une trentaine de lieux parmi les plus caractéristiques du patrimoine architectural des départements de Seine-Maritime et de l’Eure (ex-Haute-Normandie). Sa programmation frappe par sa diversité, « du récital au grand orchestre ». Par exemple, un récital solo le 25, et un orchestre le 26. Les 27, 28 et 30, nous étions dans l’entre-deux avec trois concerts de musique de chambre, dans des registres très différents toutefois, car la diversité de ce festival ne s’exprime pas seulement par les formations invitées, mais également par le contenu musical.

Quant au lieu, c’était le même pour ces trois soirées presque consécutives : le Musée Michel Ciry à Varengeville (76), du nom d’un peintre, graveur et dessinateur qui s’y est installé dans les années 1960, et qui a créé lui-même ce musée. Les concerts ont lieu dans une salle d’exposition, de sorte que les musiciens et le public sont, tout autour d’eux, en présence de nombreuses toiles de cet artiste qui n’avait pas que ces talents picturaux, puisqu’il était également écrivain et... compositeur ! Il avait été élève de Nadia Boulanger (tout comme Philip Glass, dont plusieurs pièces seront jouées lors du troisième concert). Dans la salle derrière celle où ont lieu les concerts, visible par une bonne partie du public, trône un piano à queue Gaveau de 1920 que ses parents avaient reçu en cadeau de mariage, et sur lequel il a composé la plupart de ses œuvres.

Des douleurs du XXe siècle, avec le Trio Hélios

Fondé en 2014 par le pianiste Alexis Gournel, la violoniste Camille Fonteneau (remplacée en 2023 par Eva Zavaro) et le violoncelliste Raphaël Jouan, le Trio Hélios est en passe de devenir un ensemble de référence dans le paysage musical français. Dans leur formation initiale, ils ont gravé deux CD, qui ont été accueillis avec beaucoup d’enthousiasme par la presse spécialisée.

Leur programme, d’une densité et d’une élévation exceptionnelles, reprenait en partie celui de leur premier CD, consacré à de la musique française, avec le Trio de Maurice Ravel et deux pièces de Lili Boulanger. Il se terminait avec le Trio N° 2 de Dmitri Chostakovitch (qu’ils n’ont, pour le coup, pas enregistré).

Une nouvelle ère pour le Festival international d’opéra baroque de Beaune

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La 43e édition du Festival international d’opéra baroque de Beaune (4-27 juillet) s’est achevée sous les meilleurs auspices, avec Agrippina de Haendel par Les Épopées et le programme « Janua » de l’Ensemble Irini. Succédant à Anne Blanchard et Kader Hassissi, qui ont façonné l’identité artistique du festival pendant plus de quarante ans, Maximilien Hondermarck signe une première programmation fidèle à l’esprit de Beaune, tout en affirmant sa propre vision.

Renouvellement des formats, enracinement dans la cité

Parmi les axes forts du projet retenu lors de son recrutement, le jury soulignait une « ambition artistique […] à la fois novatrice et respectueuse de l’histoire du Festival » selon le communiqué de presse. Dès cette édition, les propositions inédites se sont multipliées : nouveaux formats, nouveaux lieux, nouvelles figures.

L’un de ces exemples est sans doute la promenade musicale dans le centre historique de Beaune conçue par Les Traversées Baroques, l’ensemble basé à Dijon. Chaque halte historique devient le théâtre d’une chanson, souvent de la Renaissance, interprétée par la soprano Jeanne Bernier — timbre cristallin, diction limpide, émission naturelle — en binôme avec une guide-conférencière. Certaines pièces sont reprises en chœur par les participants, instaurant une proximité conviviale. Le parcours s’achève dans la Chapelle de la Charité, dont l’acoustique enveloppante et l’intimité ont convaincu l’équipe du festival d’y programmer plusieurs concerts.

Autre nouveauté conviviale : les bars d’entracte, inaugurés cette année, ont offert aux spectateurs un espace de convivialité propice aux échanges informels. Les « Conversations », rencontres en marge des concerts avec certains artistes, ont permis un dialogue direct autour de leur approche et de leur répertoire. Cette volonté d’ouverture se reflète également dans la programmation, riche en artistes signalés « débuts à Beaune » dans le livre-programme. Certains noms, pourtant bien établis sur la scène baroque — Alex Potter, Benjamin Alard, Thomas Hobbs, Olivier Fortin et son Ensemble Masques, Jean-Luc Ho —, y participaient pour la première fois. À leurs côtés, la relève s’affirme avec des jeunes voix prometteuses telles que Juliette May, Marie Théoleyre, Camille Chopin ou Apolline Raï-Wastphal.

Antal Doráti à Londres 

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Antal Doráti in London – The Mercury Masters, Volume 1. Helga Pilarczyk, Deems Taylor, Byron Janis, János Starker, Henryk Szeryng ; London Symphony Orchestra,  direction :  Antal Doráti. 1956-1969. Livret en anglais. 29 CD Decca Eloquence 4847015

Antal Doráti in London – The Mercury Masters, Volume 2.  Imre Pallo, Olga Szönyi, Muhaly Székely, Joseph Szigeti, Gina Bachauer, Henryk Szeryng János Starker, Géza Frid, Luctor Ponse, Rafael Puyana ; London Symphony Orchestra,  New Philharmonia, BBC Symphony Orchestra Festival Chamber Orchestra, direction :  Antal Doráti. 1962-1969. Livret en anglais. 28 CD Decca Eloquence. 4847106

À Bayreuth, un Rheingold sauvé par sa musicalité

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Si l’on sait à quel point le thème de la rédemption par l’amour est inhérent à la globalité de l’œuvre wagnérienne, l’édition 2025 de la Tétralogie ne devra son salut qu’à la qualité de la direction de Simone Young, dont le travail sur les couleurs orchestrales impressionne, ainsi qu’à quelques chanteurs particulièrement méritants.

Alors que se profile son dernier tour de piste, le Ring de Valentin Schwarz ne séduit pas pour autant davantage. Force est toutefois de constater que, malgré l’esquisse des différents partis pris de sa vision – personnification de l’anneau sous la forme d’un enfant, divinités du Walhalla au comportement kardashianesque –, ainsi que l’esthétique froide et impersonnelle en découlant, son traitement du matériau originel ne donne encore que peu d’urticaire durant ce simple prologue.

Sur scène, trois interprétations sont particulièrement remarquées. En Alberich, Olafur Sigurdarson, désormais bien familier du rôle in situ, marque d’entrée avec son timbre large et sa tessiture lyrique que vient sertir une prononciation impeccable, encore accentuée par l’excellente mise en place rythmique. La justesse dans les exclamations aiguës ainsi que la projection particulièrement bien dosée sont au surplus des plus appréciées. Difficile également de ne pas ovationner l’Erda d’Anna Kissjudit, dont les longues phrases sont une démonstration, tant de constance que de musicalité et de compréhension, tout en lui conférant une présence scénique indéniable. Finalement, l’on avait sur le plateau en les personnes de Nicholas Brownlee et Tomasz Konieczny deux profils antagonistes du baryton wotanesque. « Je chante le rôle, Birgit Nilsson le hurle », déclarait un jour Germaine Lubin en parlant  d’Isolde. Un comparatif peut nonobstant être fait entre le Donner de Brownlee, au vibrato singulièrement dense, toujours parfait dans ses tempi, dont le clair du timbre n’a d’égal que celui des voyelles et dosant savamment sa projection, et le Wotan de Konieczny, dont la grande clarté de timbre et de voyelles n’est obtenue qu’au prix d’une tendance à la surprojection, si ce n’est au hurlement avec les déséquilibres acoustiques en découlant.

Fleurons de la musique symphonique polonaise du XXe siècle

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Grażyna Bacewicz (1909-1969) : Ouverture pour orchestre. Witold Lutosławski (1913-1994) : Symphonie n° 3. Karol Szymanowski (1882-1937) : Fantaisie symphonique sur « Le Roi Roger », arrangement Iain Farrington. 2024. Royal Scottish National Orchestra, direction Thomas  Søndergård. Notice en anglais. 59’ 55’’. Linn CKD 758.

Purcell aux BaroQuiales

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Sospel est un superbe village niché aux portes du Parc National du Mercantour. Depuis 1998, il accueille chaque été l’un des plus beaux festivals de musique baroque d’Europe : "Les BaroQuiales". Fragilisé par la pandémie de Covid et les catastrophes naturelles de 2020, le festival avait vu son public diminuer. Mais grâce à Jean-Sébastien Beauvais, directeur artistique depuis quelques années, il a su retrouver tout son éclat.

Le public, désormais revenu en nombre, se régale d’une programmation riche : concerts de musique baroque, opéras, pièces de théâtre, conférences, stages vocaux, sans oublier la projection culte du "Meurtre dans un jardin anglais" de Peter Greenaway.

La thématique de cette édition : "Ballades en balade", une traversée de la musique baroque en Grande-Bretagne.

Le festival s’achève en apothéose avec l’opéra King Arthur de Henry Purcell, donné sur le parvis majestueux de la cocathédrale Saint-Michel, bâtie entre le XIIᵉ et le XVIIIᵉ siècle. On pourrait s’attendre à une mise en scène traditionnelle, mais Jean-Sébastien Beauvais et le metteur en scène Luc Betton proposent une relecture audacieuse. Le mythe arthurien est ici plongé dans les bas-fonds d’un Londres intemporel, vibrant d’une énergie brute. La scène devient rue, arène, lieu de luttes et de désirs. Corps tendus, gestes instinctifs : cette vision moderne fonctionne à merveille grâce à une troupe d’artistes talentueux, pleins de fantaisie et d’inventivité.

Jean-Sébastien Beauvais donne le ton dès le début en apparaissant sur scène en baskets et casquette, et dirige son Ensemble La Chambre avec un enthousiasme communicatif.

Les solistes sont prodigieux. King Arthur, opéra de 1691 avec un livret de John Dryden, est un semi-opéra mêlant texte parlé, musique, chant, danse et effets scéniques. Plusieurs airs sont célèbres, notamment le poignant "Cold Song" (What Power Art Thou), magnifiquement interprété par le baryton-basse René Ramos Premier. Originaire de Santiago de Cuba, il impressionne par son physique (plus de deux mètres !) autant que par sa voix profonde et ensorcelante. Un King Arthur noir ? Une image forte, inattendue, et totalement convaincante.

Vivifiants Concertos de Vivaldi et de Haydn par Le Concert de la Loge

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Le festival Les Musicales de Normandie existe depuis 2006. Pour sa vingtième édition, il propose cinquante concerts, pendant tout l’été, dans une trentaine de lieux parmi les plus caractéristiques du patrimoine architectural des départements de Seine-Maritime et de l’Eure (ex-Haute-Normandie). Sa programmation frappe par sa diversité, « du récital au grand orchestre ». La veille, c’était un récital solo. Cette fois, un orchestre (grand, il est vrai, plutôt par la qualité que par la quantité).

Le lieu, c’était la sublime Collégiale Notre-Dame d’Auffay à Val-de-Scie (76), et son immense nef gothique, qui dégage une sensation lumineuse et sereine qui se prêtait magnifiquement au programme proposé. 

Quant à l’orchestre, c’était Le Concert de la Loge, un ensemble à géométrie variable sur instruments d’époque qui est en train de prendre une place de tout premier plan dans le paysage français, voire international, de la musique dite « historiquement informée ». Il a été créé il y a dix ans maintenant, par le violoniste Julien Chauvin, pour faire revivre un ensemble de la fin du XVIIIe siècle qui avait été l’un des plus réputés en Europe : Le Concert de la Loge Olympique, du nom d’une loge maçonnique. Malheureusement, notre ensemble contemporain a dû renoncer au mot « Olympique » dans son titre pour des questions juridiques de risque de confusion avec certaines instances sportives.

Pour ce concert, il était en petite formation : un seul instrument à cordes par partie et clavecin (ainsi que deux hautbois et deux cors pour l’une des œuvres). Le programme était composé exclusivement de concertos, avec deux compositeurs : Antonio Vivaldi et Joseph Haydn.

Pour commencer, du premier, deux concertos pour deux violons : le très célèbre en la mineur, RV 522, et le plus confidentiel (malgré ses atouts certains, et notamment son final explosif) en sol mineur, RV 517. En solistes, Julien Chauvin bien sûr, et Roxana Rastegar, qui forment un duo très homogène, tout en ayant chacun leurs propres choix d’ornements. C’est un Vivaldi résolument ensoleillé qu’ils nous proposent, sans effets pittoresques ni excès de dynamiques, mais avec une belle variété dans les attaques de notes, ce qui fait souvent tout le sel de cette musique tellement pétillante. Ils ne craignent pas un certain lyrisme, et jouent à merveille de l’excellente acoustique du lieu.

Place à Haydn, le compositeur associé à cet ensemble, dans la mesure où c’est Le Concert de la Loge Olympique qui lui avait commandé les Six Symphonies dites « parisiennes » en 1785. Elles ont donné lieu aux premiers enregistrements de son successeur (sur plusieurs années, et selon une formule originale : une symphonie par album, couplée avec des œuvres contemporaines parisiennes, peu connues, pour quatre d’entres elles ; un double album avec le Stabat Mater, également composé à Paris, pour les deux autres). C’est dire si Haydn est au cœur des préoccupations musicales du Concert de la Loge (Vivaldi, du reste, en fait également partie, puisque l’ensemble a consacré trois albums à ses concertos pour violon – dont les incontournables Quatre Saisons).

Éric-Maria Couturier et Jean-Sébastien Bach en leurs jardins, au gré du vent

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Le festival Les Musicales de Normandie existe depuis 2006. Pour sa vingtième édition, il propose cinquante concerts, pendant tout l’été, dans une trentaine de lieux parmi les plus caractéristiques du patrimoine architectural des départements de Seine-Maritime et de l’Eure (ex-Haute-Normandie). Sa programmation frappe par sa diversité.

Son deuxième concert, inclassable, l’illustre bien. Son titre : « Les sept préludes ». Le site du festival nous explique qu’il s’agit « d’un programme musical original, en écho de la montagne de la Sainte-Baume et de la légende provençale qui dit que Marie-Madeleine vécut dans une grotte, au cœur d’une forêt ancestrale, d’où elle était élevée sept fois par jour par les anges pour rejoindre son bien-aimé ». Puis il précise : « Chevauchées par les six préludes des célèbres Suites de J.S. Bach, des improvisations préfigurent alors un septième Prélude, imaginé et joué dans l’instant par le violoncelliste Éric-Maria Couturier, comme un couronnement final. L’interprétation est unique et différente à chaque représentation parce qu’elle entre en résonance avec le lieu. » 

En cette matinée (le concert avait lieu à 11 h), ce lieu était le Jardin d’art Terre d’Accord à La Chapelle-sur-Dun (76), un domaine botanique où sont disséminées les sculptures épurées et apaisantes de Robert Arnoux. Un lieu particulièrement inspirant, donc. Par un temps instable, une bâche avait été installée pour protéger d’une éventuelle pluie. Le public, venu nombreux, y tient à peine. Derrière Éric-Maria Couturier, seul sur scène avec son violoncelle et son dispositif d’amplification, notre vue pouvait se perdre sur de nombreuses espèces d’arbres, parmi lesquelles, tout au fond, une rangée d’immenses peupliers.

Quant aux improvisations, et aux Préludes des Suites de Bach, le principe était simple : celui de l’alternance, chaque Prélude étant précédé d’une improvisation, telle un prélude au Prélude