Ying Wang : bien sûr qu’un artiste se copie lui-même…

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RE:Wilding. Ying Wang (1976-). Sebastian Berweck, SWR Symphonieorchester, Gregor A. Mayrhofer, Marco Blaauw, Sophie Schafleitner, Klangforum Wien, Julien Leroy, ensemble reflector, Bar Avni, Quatuor Diotima. 80’16". 2025. Livret : anglais, allemand. Kairos. 0022053KAI.

Compositrice chinoise installée à Berlin, Ying Wang écrit ses partitions avec les contrastes de l’époque (le monde dans lequel elle vit, qu’elle admire et vilipende), ceux de l’histoire de la musique (la coutume européenne, l’héritage chinois) et ceux dans les façons de produire du son (les instruments traditionnels, leurs techniques de jeu étendues – aujourd’hui intégrées dans l’enseignement des conservatoires –, les potentialités de l’électronique) : c’est de cela que rend compte RE:Wilding, au travers de cinq œuvres (composées entre 2019 et 2022), en un panorama qui mêle orchestre, ensembles de chambre et électronique.

Si, au début de 528Hz 8va (pour orchestre symphonique, minimoog et électronique en temps réel), première des deux grosses pièces de l’album, le synthétiseur analogique monophonique (commercialisé en 1970 et qui devient une référence dans le monde de la pop électronique – de Vangelis à Daft Punk, en passant par Kraftwerk) se fond dans l’univers sonore hétérogène du SWR Symphonieorchester (dirigé par Gregor A. Mayrhofer), il prend bientôt le devant de la scène, s’extrayant des profondeurs, entraînant l’imposant effectif dans son sillage – jusqu’à la discrète citation du Lay All Your Love on Me d'Abba. Un maelström de couleurs originales et inopinées ; une « observation optimiste des faits et du monde », selon son auteure – dont le symphoniste de père, Wang Xilin, intellectuel, mal vu donc, à l’époque maoïste, fait l’expérience des geôles de la Révolution culturelle.

Part de l’opéra en chantier Plus Minus, Noctilucent – ​​I, pour trompette à double pavillon (l’idée de cet instrument inhabituel est de modifier rapidement le son en étouffant un pavillon et en laissant l'autre ouvert) et électronique en direct, agit comme un gnome aux extensions multiples s’immisçant entre les interstices (de quoi ?), avant de prendre ses aises et de s’approprier l’espace dans ses trois dimensions ; alors que Schmutz, pour violon et ensemble, met en scène le combat entre le premier, dans les registres aigus, et le second, massif, coléreux et insistant : comment se faire entendre parmi tant de voix tapageuses, dans le brouhaha (la saleté) de l’univers (socialement réseauté) ?

Le « réensauvagement » (la novlangue peut révéler un potentiel constructif) est un concept qui donne la prééminence aux processus écologiques naturels face à l'intervention humaine ; il transmet aussi son titre au disque et à son autre pièce imposante : RE:Wilding pour orchestre de chambre (l’ensemble reflektor, mené par Bar Avni), gagne à être vu, dont les structures de motifs répétitifs s’alignent avec les symétries visuelles des images documentaires de paysages naturels du cinéaste suédois Wolfgang Lehmann – l’impulsion musicale change, cherche encore et encore la stabilité, comme un mécanisme homéostasique (la chasse d’eau, le thermostat du chauffage central, notre propre température), par construction toujours en quête d’équilibre.

Copyleft, aux mains du (français) Quatuor Diotima, conclut l’album par un déferlement énergique de répétitions et d’ostinatos, narguant de son titre l’appropriation que certains (individus, générations, cultures) tentent sur les autres, accumulant les références dans la tradition du genre (le quatuor à cordes), citant (in)directement Chostakovitch, Beethoven, Lutosławski, Stravinsky, Bartóki et… Bowie (China Girl) – un auto-référencement qui pose la question de savoir si, « en tant qu’artiste, on ne se copie pas toujours soi-même »… De Ying Wang, c’est ce qu’on souhaite.

Son : 8 – Livret : 8 – Répertoire : 8 – Interprétation : 8

Chronique réalisée sur base de l'édition Compact-Disc.

Bernard Vincken

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