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Transcriptions pianistiques

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La transcription se porte bien pour les pianistes. Après les quelques décennies de purisme exacerbé, à la fin du siècle dernier, où changer la destination première d’une œuvre était considéré comme un crime difficilement pardonnable, la raison et le penchant naturel des interprètes et des auditeurs ont fini par l’emporter. On n’efface pas d’un coup de mode une pratique séculaire. Difficile de dire à quand remonte la pratique de la transcription, plusieurs siècles sans aucun doute. La transcription pour clavier existait bien avant l’apparition du piano. Elle prend tout son essor au XIXe siècle et devient un moyen de diffusion des œuvres à succès, des œuvres pour large effectif et des extraits d’opéra. Liszt en est l’un des principaux pourvoyeurs. Dans son sillage, Busoni, Godowsky, Sauer, Rachmaninov, Kempff, Myra Hess ; transcriptions à leur propre usage, souvent des bis, repris par d’autres pianistes qui en ont fait des pièces de répertoire, l’exemple le plus fameux étant « Jésus que ma joie demeure » transcrit par Myra Hess et immortalisé par Dinu Lipatti.

Alexandre Tharaud s’inscrit en ligne directe dans cette généalogie, lui qui n’a pas hésité à jouer Rameau et Scarlatti au piano à une époque où il aurait pu être condamné pour urtextophobie aggravée. Et d’en rajouter une couche en publiant ses propres transcriptions d’œuvres de Bach (et d’autres), certaines déjà transcrites par ses prédécesseurs. L’Aria pour cordes de la Troisième Suite pour orchestre prend un tout autre caractère au piano. Il faut changer d’univers pour faire oublier le sostenuto des cordes, faire autre chose en gardant l’essentiel. Tout simplement changer de tonalité, jouer habilement avec les registres et enrichir les reprises d’habiles variations. Avec la Siciliana de la Sonate pour flûte, BWV 1031, la concurrence est rude, tant la transcription légendaire de Wilhelm Kempff sous les doigts de Dinu Lipatti reste présente dans les mémoires. Peu de différences, sauf à la reprise où à nouveau Alexandre Tharaud s’éloigne un peu du texte dans la tradition baroque, jamais deux fois la même chose. Autant de découvertes dans les extraits des passions ou une suite pour luth. Et, cerises sur le gâteau, deux pièces de Vivaldi transcrites par Bach, puis transcrites par Tharaud (Éditions Lemoine).

5 albums pour passer la semaine : redécouvertes françaises et Haydn parisien

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1. Debussy : Images, Estampes, Masques, Le martyre de saint Sébastien — Alice Ader

Claude Debussy (1862-1918) : Images, livres I et II ; Estampes ; Masques ; Hommage à Haydn ; Berceuse héroïque ; Le martyre de saint Sébastien (arr. Caplet pour piano). Alice Ader, piano. Warner Classics / Erato, 2026.

On accueille avec un bonheur tout particulier la réapparition en formule digitale de cette gravure Debussy d'Alice Ader, l'une des pianistes les plus sous-estimées de notre époque. La discographie française a ses injustices, et celle-ci en est une parmi les plus tenaces : voilà une artiste dont l'intelligence du clavier — nourrie d'une longue fréquentation de Debussy, de Ravel, de Fauré, et d'un compagnonnage intellectuel avec le répertoire français du premier XXe siècle — n'a jamais reçu l'écho médiatique qu'elle mérite, alors même que ses lectures comptent parmi les plus authentiquement musicales du répertoire. Ce programme rassemble les pages pianistiques essentielles des années 1900-1915 et intègre, élément précieux, l'arrangement Caplet du Martyre de saint Sébastien — partition rare au disque, où toute l'étrangeté mystique du Mystère de D'Annunzio passe au filtre du clavier. Le toucher d'Alice Ader y conjugue clarté harmonique et profondeur narrative ; les Images du livre II, en particulier, atteignent dans Cloches à travers les feuilles une densité méditative qui justifie à elle seule de redécouvrir cet enregistrement. À écouter, et à faire écouter.

2. Mel Bonis : Orchestral Works — BBC Scottish Symphony Orchestra, Rumon Gamba

Mel Bonis (1858-1937) : Trois Femmes de légende (Ophélie, Salomé, Le songe de Cléopâtre) ; Suite en forme de valses ; Suite orientale ; Trois Danses ; Le chat sur le toit ; Noël de la Vierge Marie ; Danse sacrée ; Les Gitanos (arr. Gauwin). Elizabeth Watts, soprano ; BBC Scottish Symphony Orchestra ; Rumon Gamba, direction. Chandos, 2026.

Le travail de réhabilitation autour de Mel Bonis avance désormais sans plus avoir besoin de plaidoyer : la musique parle. Chandos et Rumon Gamba — qui mènent depuis vingt ans une politique éditoriale exemplaire en matière de répertoire orchestral oublié — offrent ici l'un des panoramas les plus convaincants à ce jour de l'écriture symphonique de la compositrice française. Les Trois Femmes de légende, en particulier, révèlent une dramaturgie orchestrale d'une finesse rare, à mi-chemin entre Massenet et le premier Debussy. Elizabeth Watts apporte aux deux pages avec voix une présence très juste. Le BBC Scottish Symphony Orchestra, dans son meilleur jour, donne à ces partitions la générosité de timbre qu'elles méritent. À placer sans hésiter aux côtés des Lili Boulanger et Augusta Holmès du label.

À Dublin, ville de sa création : le Messie repeint al fresco par Peter Whelan

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Georg Friedrich Haendel (1686-1759) : Messiah, oratorio HWV 56. Hilary Cronin, soprano. Helen Charlston, Alexander Chance, Nathan Mercieca, contralto. Guy Cutting, ténor. Frederick Long, Edward Grint, basse. Peter Whelan, Irish Baroque Choir & Orchestra. Livret en anglais (avec paroles des chants). Octobre 2024. Digipack deux CDs 48’17’’ + 79’05’’. Linn CKD 761

Un hommage hollandais à trois compositeurs français du XXe siècle 

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Couleurs de France. Jacques Castérède (1926-2014) : Prélude et fugue pour cordes ; Concerto pour piano et orchestre à cordes. André Jolivet (1905-1974) : Symphonie pour cordes. Daniel-Lesur (1908-2002) : Sérénade pour cordes. Paolo Giacometti, piano ; Ciconia Consort - The Hague String Orchestra, direction Dick van Gasteren. 2025. Notice en anglais.73’ 12’’. Brilliant 97408.

Svetlanov dirige Mahler et Ravel

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 7 en mi mineur. Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé, Suite n° 2. Orchestre symphonique d'État de Russie, Evgueni Svetlanov, direction. 2026. Livret en allemand. 2 CD Le Palais des Dégustateurs. Enregistrements réalisés en 1998. Durée : 56'29 + 50'39.

Quatuors espagnols en lien avec le Conservatoire de Madrid, un héritage oublié

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Fernando Remacha (1898-1984) : Quatuor à cordes. María de Pablos (1904-1990) : Sonata Romántica, pour quatuor à cordes. Salvador Bacarisse (1898-1963) : Quatuor à cordes n° 1 op. 10. José Muñoz Molleda (1905-1988) : Quatuor à cordes n° 1 en fa mineur. Jesús García Leoz (1904-1953) : Quatuor à cordes n°1 en fa dièse mineur. Ángel Martín Pompey (1902-2001) : Quatuor à cordes en do majeur. Julían Bautista (1901-1961) : Quatuor à cordes n° 3. Quatuor Seikilos. 2024/25. Notice en anglais et en espagnol. 165’ 14’’. Un album de deux SACD Eudora EUD-2602.

Sévérité et gravité pour le programme Froberger de Francesco Cera

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Memento Mori. Johann Jacob Froberger (1616-1667) : Suites XII en ut majeur, XVII en fa majeur, XX en ré majeur, XXX en la mineur. Affligé et Tombeau sur la mort de Monsieur Blancrocher. Méditation sur la mort future de son Altesse Madame Sibylle Duchesse de Wirtemberg. Francesco Cera, clavecin. Livret en italien, anglais. 2026. Plateformes & téléchargement ; écouté réalisée sur la base d’un tirage CD numéroté. 59’53’’. Armida Records 11-180326