Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

Frank Peter Zimmermann et Martin Helmchen en récital à Monte Carlo

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L'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo présente, dans sa série de récitals, le magnifique duo Frank Peter Zimmermann au violon et Martin Helmchen au piano.

Après l'intégrale des sonates de Beethoven que le public monégasque a pu découvrir en décembre 2020, ils préparent une intégrale des sonates de Brahms. 

Le récital commence par la Sonate n°2 en la majeur op.100 de Brahms. Frank Peter Zimmermann et Martin Helmchen atteignent la perfection. L'équilibre entre les deux instruments est exceptionnel. Le ton soyeux, brillant et clair du violon dans les registres supérieurs et avec le timbre sombre et sensuel dans les notes graves est en parfait accord avec le toucher tour à tour doux ou robuste du piano. Un plaisir d'écoute, d'une fluidité magique.

La Sonate pour violon et piano n°2 de Béla Bartók  est dédiée à la violoniste Jelly d'Arányi, la nièce du célèbre violoniste Joseph Joachim, le dédicataire du Concerto pour violon de Brahms. Cette sonate est une œuvre énigmatique mais diabolique pour les interprètes. Seul un violoniste exceptionnel comme Zimmermann peut nous entraîner dans ce monde sonore étonnant. Helmchen a la clarté incisive et l'intrépidité nécessaire pour affronter cette partition. .

Les 20 ans des Siècles avec François-Xavier Roth à Tourcoing

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Ce jeudi 4 janvier a lieu le premier concert de l’année pour les Siècles et François-Xavier Roth au Théâtre Municipal Raymond Devos à Tourcoing. Ce concert célèbre les 20 ans de la création de cet orchestre connu et reconnu internationalement. Quel autre lieu pour ce premier concert que Tourcoing puisque, pour rappel, les Siècles sont en résidence à l’Atelier Lyrique de Tourcoing.

Au programme de cet événement, une balade dans le romantisme tardif français : Prélude à l’après-midi d’un faune de Claude Debussy, Namouna suite N°1 d’Edouard Lalo, Bacchus et Ariane suite N°2 d’Albert Roussel, Scènes alsaciennes de Jules Massenet, l’Apprenti sorcier de Paul Dukas et La Valse de Maurice Ravel. 

La première partie commence avec une des pages les plus connues de Claude Debussy : Prélude à l’après-midi d’un faune. Le célébrissime solo de flûte interprété par la flûtiste Marion Ralincourt est d’une lumineuse délicatesse. La suite l’est tout autant, l’harmonie est d’une justesse enchanteresse, tout comme les cordes sont unies dans l'interprétation de cette oeuvre. Les Siècles nous font vivre un moment suspendu dans le temps tel un rêve éveillé alliant douceur et tranquillité.

La Suite N°1 tirée du ballet Namouna est la deuxième pièce de cette soirée. Composé par un Edouard Lalo ayant des problèmes de santé, il est aidé par Gounod et le ballet est créé en 1882 à l’Opéra de Paris. Cette Suite est composée de cinq mouvements. Le premier mouvement, Prélude, d’une certaine sobriété, voit un solo intense interprété par les violoncellistes. Un crescendo bien construit amène un tutti magistral avant qu’une mélodie ne soit exposée par les cuivres avec une certaine brillance. Le deuxième mouvement, Sérénade, est un allegro enjoué et d’une certaine manière espiègle. Il y a du mouvement mais l’ensemble reste très clair et défini. Notons le beau jeu d’accents donnant du relief à cette partie de la suite. Le troisième mouvement, Thème varié, débute avec gravité avant de s’illuminer doucement pour laisser place à une mélodie chantante aux cordes, tantôt rejointe par la flûte. Un grand tutti majestueux fait son apparition un peu plus tard et clôture ce Thème varié. Le quatrième mouvement, Parade de foire, débute de manière surprenante avec l’harmonie. Celle-ci se fait remarquer par la précision de ses interventions. Un nouveau solo de flûte est accompagné par des pizzicati dirigé avec brio par François-Xavier Roth. Le dernier mouvement, Fête foraine, est un presto où contrastes, énergie et engagement sont au rendez-vous. La conclusion est triomphale.

Le Quatuor GoYa ouvre en beauté le 21ème Festival européen de quatuor à cordes Les Voix Intimes à Tournai

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Le concert d’ouverture du  21e Festival européen de quatuor à cordes était assuré par le Quatuor GoYa, ensemble regroupant à l’origine quatre musiciennes de quatre nationalités différentes, toutes membres de l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam. (Si la composition du quatuor n’a pas changé, son premier violon, notre compatriote Sylvia Huang, a quitté il y a peu la prestigieuse formation néerlandaise pour devenir aux côtés de Saténik Khourdoian la nouvelle co-Konzertmeisterin de l’Orchestre Symphonique de la Monnaie.)

Donné dans le cadre des Maisons Romanes, lieu qui abrite la sobre église protestante tournaisienne et offre une belle acoustique, le programme débuta par le Quatuor N° 1, Op. 27 (1877-1878) de Grieg, curieusement le deuxième des trois quatuors du compositeur et d’ailleurs le seul à nous être parvenu (le premier fut perdu et le troisième resta inachevé). Comme l’expliqua très bien le musicologue Hugo Rodriguez dans sa captivante introduction, l’oeuvre servit plus que probablement de modèle au Quatuor de Debussy,  les similitudes entre ces deux compositions ne pouvant être le seul fruit du hasard. Rare au concert, cette oeuvre de vastes dimensions -elle dépasse les 35 minutes- débute par un Allegro molto aux accents passionnés, suivi d’une Romanza un peu sucrée et salonnarde aux accents vaguement tchaikovskiens.  L’Allegro molto marcato alterne des épisodes aux caractère de marche énergique avec d’autres doux et lyriques, mais aussi au caractère de danse populaire norvégienne bien marqué, avant que  l’oeuvre ne se conclue sur un énergique Presto al saltarello.

A Genève, l’OSR fête Noël

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Dans la semaine qui précède Noël, l’Orchestre de la Suisse Romande organise un concert exceptionnel qui est donné en la Cathédrale Saint-Pierre de Genève le 21 décembre, en la Salle Métropole à Lausanne le 22. Le programme inclut quatre voix solistes et le Chœur de Chambre de la Haute Ecole de Musique de Genève. 

En ce qui concerne la première soirée, il faut d’abord relever que, dans la vaste nef de l’église, le son émis depuis le maître-autel est de bonne qualité sans que l’écho brouille les lignes de force du tissu orchestral. 

Sous la direction de Jonathan Nott, le programme débute par une cantate profane de Joseph Haydn, la scena Berenice, che fai ? sur un texte tiré de l’Antigono de Pietro Metastasio, écrite sur mesure pour Brigida Giorgi Banti qui en assurera la création au King’s Theatre de Londres en mai 1795. La mezzosoprano Marie-Claude Chappuis en est la soliste, donnant au recitativo initial une expression contrastée qui met en lumière le déchirement et les doutes qui assaillent l’héroïne, confrontée à la disparition tragique de Demetrio, son amant. Le Largo lui fait développer un legato intense soutenant sa morne résignation, tandis que l’Allegro conclusif l’entraîne jusqu’aux extrémités de la tessiture pour traduire son désespoir et sa volonté de mettre fin à ses jours. 

Un avant-goût de Noël à l’ORW

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Ce dimanche 18 décembre, l'Opéra Royal de Wallonie-Liège nous donnait rendez-vous avec la Maîtrise. Créée en 1984, elle est composée d’enfants de sept à seize ans. Depuis sa création, la Maîtrise multiplie les apparitions sur la scène de l’ORW dans un répertoire varié. Le 30 avril, nous la retrouverons d’ailleurs pour un concert consacré à l'œuvre de Michel Fugain.

Au programme de cette représentation, l'Oratorio de Noël op. 78 du compositeur français Jean-Charles Gandrilles, présent pour l'occasion. Commande de la Compagnie Cadéëm, l'oratorio est basé sur le texte Saint Joseph cherchant les trois Rois de Marie Noël, compositrice et écrivaine française elle aussi.

Le texte conte l’histoire de Joseph, Marie et leur enfant arrivant sur la terre à une époque proche de la nôtre afin d’y passer la nuit de Noël. Aussitôt arrivé, Joseph se met en quête des trois Rois ; le Pauvre, le Doux et le Juste, qui pourront perpétuer le culte de son fils, Jésus. Malheureusement, les gens et leurs valeurs ont bien changé depuis la naissance du Christ… Nous suivons donc Joseph dans ses péripéties. 

Piotr Anderszewski à Monte-Carlo

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L'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo propose cette saison une série de récitals avec les pianistes les plus éminents, dont Piotr Anderszewski en fait partie.

L’artiste se présente avec un programme intense composé d’œuvres de compositeurs avec lesquels il est très proche depuis des années. Une sélection des Préludes et Fugues du deuxième cahier du Clavier bien tempéré de Bach, les Variations op.27 d'Anton Webern et la Sonate n°31 op.110 de Beethoven.

L’Auditorium Rainier III est dans la pénombre, le piano est placé plus près du public, Piotr Anderszewski nous entraîne immédiatement dans son voyage musical. Il propose une autre façon d'écouter les pièces de Bach, grâce à une interprétation intimiste, pleine de couleurs, de poésie et de luminosité. Comme pour son enregistrement paru chez Erato l'année passée, il sélectionne des Préludes et Fugues (huit pour ce récital) qu'il réorganise en créant un sens du drame. Il suggère une sorte de cycle où les pièces dialoguent entre elles. Tout y est exceptionnel : le phrasé, le son, le toucher. Il respire la musique, communique l'essence et projette son âme et son cœur aux auditeurs. On est en dialogue avec Bach.

En seconde partie il donne vie aux Variations op.27 d'Anton Webern, la seule œuvre pour piano du compositeur, datant de 1935, mais qui reste d'habitude difficile pour le grand public. Sous ses doigts cette pièce de musique dodécaphonique devient un joyau musical, expressif et chantant. Il enchaîne sans interruption avec la Sonate n°31 op. 110 de Beethoven.

Le BNO au Namur Concert Hall avec Kazuki Yamada et Camille Thomas

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Ce samedi 10 décembre a lieu le concert du Belgian National Orchestra au Namur Concert Hall. L’orchestre est placé sous la direction du chef d’orchestre japonais Kazuki Yamada. Il est actuellement le directeur artistique et musical de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo et sera le chef d’orchestre principal et conseiller artistique du City of Birmingham Symphony Orchestra à compter d'avril 2023. La violoncelliste franco-belge Camille Thomas est la soliste du soir. Régulièrement invitée dans les plus grandes salles et collaborant avec des chefs et orchestres renommés, elle signe en 2017 un contrat international d’artiste exclusif chez Deutsche Grammophon, devenant la première femme violoncelliste à signer pour la prestigieuse maison de disques.

Au programme de cette soirée, Along the Shores of Lorn de Luc Brewaeys, Cello Symphony de Benjamin Britten et Petrouchka dans la version originale de 1911 d’Igor Stravinsky.

Ces trois compositeurs ont été choisis parce qu’ils sont d’illustres membres de l’Académie Royale de Belgique qui fête cette année son 250e anniversaire.

Along the Shores of Lorn est composé en 2005 par le compositeur belge Luc Brewaeys à la demande du Symfonieorkest Vlaanderen. Cette musique d’effets est dirigée avec précision par le chef japonais. Même si aucune mélodie ne ressort réellement, de multiples effets sont mis en application par les musiciens du BNO. Notons par exemple que les deux clarinettistes ont quitté un instant la scène pour aller jouer au-dessus de deux timbales, chacune étant disposée dans un coin arrière de la scène. Plus tard, un duo de trompettes avec sourdines se fera également sur les côtés de la scène. Les parties de percussion sont également importantes. En effet, à l’aide de leurs nombreux instruments et tous les effets possibles avec ceux-ci, ils nous ont fait voyager. Nous sommes par exemple arrivés sur une île avec le bruit des vagues s’échouant sur la plage. Tout comme au début, cette pièce se termine sur un roulement de grosse caisse.

Le London Philharmonic Orchestra à Bozar avec la Neuvième de Mahler

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Ce mardi 6 décembre a lieu le concert du London Philharmonic Orchestra à Bozar. La phalange londonienne est placée sous la direction de son « Conductor Emeritus » Vladimir Jurowski. En effet, le chef russe a obtenu ce titre après avoir été pendant quinze ans le chef principal du LPO. Au programme de cette soirée, la Neuvième Symphonie en ré majeur de Gustav Mahler. 

Une fois l’orchestre accordé, le chef entre sur scène. Il attend cependant un long moment avant de lancer l’interprétation de cette symphonie. En effet, un public trop peu silencieux à son goût ne permet pas de commencer l'exécution de cette œuvre magistrale. 

Le premier mouvement, Andante comodo, considéré comme le plus complet écrit de la main de Gustav Mahler commence finalement. Les premières notes, quelque peu hésitantes, énoncent les premiers thèmes du mouvement. Cette hésitation disparaît quelques mesures plus tard lorsque le thème principal en ré majeur est exposé avec sérénité par les premiers violons. Après cela, la musique devient plus grave et dramatique. Chaque pupitre joue comme un seul homme et une grande cohésion unit les différents pupitres de l’orchestre. Ce mouvement allie des passages d’une grande douceur avec des pianissimo à peine perceptibles et des passages tourmentés laissant entrevoir la puissance de l’orchestre.

Les brillants solos interprétés par les premiers solistes de l’harmonie, les violoncelles et le Konzertmeister (Pieter Schoeman) rehaussent l'interprétation de ce premier mouvement.

Ce dernier se termine de manière céleste avec une note aiguë tenue par les violoncelles et des pizzicati parfaitement en place du reste des cordes. 

Ars Musica 2022 : la revanche de l’antivirus masqué

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Il y a des jours où on aimerait pouvoir être au four, au moulin, au Planétarium, sur Mars et immergé dans cette Metropolis rétrofuturiste, mais voilà, Ubik reste une (science-)fiction et l’univers a beau se courber sous l’effort, le temps reste tout aussi incompressible. J’aborde donc l’édition 2022 d’Ars Musica à la Raffinerie de la rue de Manchester à Molenbeek – anciennement raffinerie de cassonnade, que je fréquente au tournant de la décennie 1970 pour d’autres raisons sonores, plus lugubres, alors que le lieu, lugubre de même, se présente au monde comme le Plan K et résonne d’échos trans Manche très Factory-iens, assommés de hargne et de désillusion affectée. Aujourd’hui, perché au bar du cinquième étage qui laisse voir sa cour intérieure, le bâtiment, dans la nuit et la légère pluie, semble avoir gagné en aplomb, outre le charme d’une architecture industrielle qui a retrouvé une fonction.

Une histoire de trou de lapin et de fantasmagorie

En coproduction avec Charleroi Danse, Down the Rabbit Hole (collectif multinational, basé à Bruxelles et investigateur en matière de dramaturgie) propose, sous le titre Screening, deux pièces de Frédéric Verrières, compositeur français lui aussi établi dans la capitale.

Evening Harmony métamorphose le Prélude n°4 de Claude Debussy – ou plutôt, l’anamorphose : Verrières inclut le prélude dans sa pièce, par morceaux, de façon subtile ou abrupte, maniant l’étrangeté et le changement de perspective. La voix de drone rauque (parfois moulinée au Vocoder) disperse des extraits du poème Harmonie du soir de Baudelaire (le sous-titre du prélude, « Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir », est un de ses vers) et le piano augmenté joue (sans couvercle, crument éclairé par cinq spots blancs célestes, avec trois instrumentistes, habillés en prêtres, à son chevet, qui frappent, frottent et manipulent), tant sur le plan visuel que sonore, à perturber la réalité, entre les images projetées, l’électronique en embuscade, la gestuelle des musiciens, parfois raccord, parfois pas, autant de faux-semblants qui défient nos sens (le piano est silencieux – et donc muet – mais un système électronique lui octroie le rôle d’un clavier MIDI – et donc pas muet) et dévient le soliste, qui ne l’est plus : un jeu de miroir où le miroir ne joue pas le jeu – le public est pantois, j’aime assez.

Avec 78 Pieces of Film, création longtemps attendue, ici rehaussée d’une chorégraphie dont je ne perçois pas toujours l’apport, le compositeur pousse un pan plus loin son envie d’assemblage / désassemblage, autant de sons que d’images – et d’éclairage : il y convoque Hitchcock, son visage bonhomme attelé à expliquer l’importance cruciale du montage (cutting, cutting, cutting), mais aussi ses scènes de peur, la pureté des gros plans (œil effrayé, bonde et son tourbillon d’eau, bouche hurlante, mains aux doigts écartelés…) et l’effroi de la lumière cassante sur le geste de l’instrumentiste pour explorer, à la manière d’un boucher appliqué et avec une fureur qui ne se contient que difficilement, l’art de la découpe. Exercice extravagant, entre rêve et éveil, pour un compositeur qui évolue dans un monde à plus de trois dimensions.

L’une émerge, les autres parlent d’expansion et d’exil

Parmi les trois œuvres au programme de l’Ensemble Musiques Nouvelles sur la scène de la salle M de Bozar, celle de l’estonienne Helena Tulve (elle nourrit ses inspirations auprès de Ligeti, Scelsi ou Saariaho) se distingue par la finesse de traitement du son : les timbres à l’œuvre dans Emergence II. Boundless, Shoreless (ceux des instruments de l’ensemble, auxquels se joignent les sons retravaillés de l’installation sonore d’objets en verre imaginée par l’artiste visuelle Justine Emard lors de la création de la pièce) suggèrent une féérie en suspension – d’où l’on ne serait pas surpris qu’émerge, dans un flux d’air porteur, le Père Noël, ses rennes et sa hotte au fond infini.

Pour sa nouvelle pièce, The Primeval Atom, le belge Jean-Pierre Deleuze se réfère à l’hypothèse de l’atome primitif de son compatriote Georges Lemaître, professeur d’astrophysique à l’Université catholique de Louvain et dont les travaux, avec ceux de l'américain Edwin Hubble, initient la théorie du Big Bang : des souffles dans le corps des violons aux robustes scintillements qui s’éteignent en bruissant, le compositeur, qui aime jouer avec la perception (notamment par le biais de la technique de transmission de timbre, d’un instrument à l’autre), ose l’abondance sonore, sorte de grandeur téméraire, qui emporte.

Le firmament de cette soirée, c’est Exil, de Giya Kancheli (Géorgien venu à Berlin en 1991, il vit ensuite à Anvers), dont on devine la proximité musicale et philosophique avec Jean-Paul Dessy, pièce sensible, mystique et inspirée : la soprano Elise Gäbele porte les textes de Paul Celan et de Hans Sahl, en équilibre sur une pulsation délicate, faite d’ondelettes éphémères, en une progression faussement indolente qui chemine, au travers d’une aura translucide, inquiétante, vers une perfection idéalisée et évoque puissamment la nostalgie du pays, la mélancolie du chez soi, le spleen de la terre qu’on a quittée – une nostalgie collective plus qu’individuelle, la nostalgie d’un peuple exilé à la recherche du bien-être.

Arcadi Volodos à Monte-Carlo 

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Arcadi Volodos revient  à Monte-Carlo pour un récital de haut vol très attendu par le public.  Au programme de son récital des pièces du compositeur catalan Federico Mompou très rarement jouées en concert et en deuxième partie des chefs d'œuvres d'Alexandre Scriabine. 

D’emblée, la salle est plongée dans la pénombre. Comme le disait Vladimir Horowitz, la musique devrait être écoutée, pas regardée et cette pratique augmente la concentration du public. 

Le programme débute par des pièces de Mompou et ses Scènes d'enfants, à la fois émouvantes et sensibles, un trésor éblouissant. Le jeu de Volodos est tour à tour plein de grâce, de poésie et d'ardeur.  Le recueil de Musica Callada est chargé de retenue et de pudeur. Volodos joue cette musique à la perfection. Il pénètre les profondeurs de notre âme et les coins les plus secrets de notre esprit. Il a un toucher, un ton, un phrasé d'une profondeur remarquable.

Volodos est un des meilleurs interprètes de Scriabine. Il est un des rares pianistes capables de capturer la nature du compositeur et de s'approcher de ses exigences musicales, émotionnelles et techniques.