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Les graines de curieux : les découvertes un peu piquantes de la musique.
Musiques en pistes : pour une écoute active de la musique. Analyse et exemples sur partitions et écoutes d’extraits.
Focus : un événement particulier dans la vie musicale

Tamara Stefanovich, pianiste

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Fêtant cette année leur dixième édition, les Flagey Piano Days sont chaque année le rendez-vous à la fois des pianistes et des pianophiles curieux d’entendre valeurs confirmées et talents prometteurs de l’instrument classique se produire dans un répertoire souvent inattendu et toujours choisi par les interprètes.

Parmi les récitals les plus attendus figure certainement celui de l’aussi brillante qu’aventureuse pianiste serbe, Tamara Stefanovich qui a accepté de répondre à nos questions depuis son domicile berlinois. 

Votre programme qui fera entendre pas moins de dix sonates en une heure de temps sort résolument de l’ordinaire. Comment l’avez-vous choisi ?

En fait, je travaille un peu comme le ferait un bon cuisinier qui combinerait différentes saveurs. Lors de mes études au Curtis Institute de Philadelphie, je me rendais souvent à la Fondation Barnes -ce lieu extraordinaire où les œuvres ne sont pas montrées par ordre chronologique ou par école, mais par affinités artistiques- et cela m’a beaucoup marquée.

Je suis une passionnée de musique de notre temps et j’essaie ensuite de constituer des familles musicales apparentées par l’esprit plutôt que par la généalogie. Ce programme comportait à l’origine 20 sonates et je l’ai interprété il y a près d’un an au South Bank Centre de Londres. 

En fait, le problème est que les grandes sonates du répertoire sont trop jouées. Et que, trop souvent, on va au concert pour écouter ce qu’on connaît déjà et juger l’interprétation plutôt que l’œuvre. Franchement, je n’aime pas cette idée. Je me vois à la fois comme une détective et une archéologue : j’aime découvrir et faire découvrir des choses, et j’essaie de jouer, même pour mon usage personnel, tout ce qui existe, d’autant plus que j’ai la chance d’avoir une bibliothèque musicale extraordinaire chez moi. 

Pour revenir à votre question, j’ai réfléchi à l’histoire de la sonate, depuis ses débuts à l’époque baroque jusqu’à nos jours, sur une période de près de 300 ans. Comment l’habiter ?

Et ici, j’essaie de trouver une fraternité, des œuvres qui se répondent. On peut par exemple établir des parallèles entre C.P.E. Bach et Busoni (dont la Sonatina seconda est une espèce de fantasme) et le côté amateur et la naïveté de Ives. La Troisième sonate de Hindemith est passionnante, et j’aime retrouver des pièces souvent négligées ou même oubliées et montrer la fraternité qu’elles entretiennent, car ce sont des œuvres fortes qui doivent être entendues et exister.

Véronique Gens, la Voix humaine 

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C’est l’une des parutions les plus attendues de ce début d’année : le nouvel enregistrement de La Voix Humaine de Poulenc par Véronique Gens accompagnée de l’Orchestre National de Lille sous la direction d’Alexandre Bloch (Alpha). Alors qu’elle vient de triompher, en concert, à Lille et Paris, la grande chanteuse répond aux questions de Crescendo-Magazine.  

La Voix humaine de Poulenc est une œuvre très particulière dans le répertoire lyrique. Qu’est ce que cette partition représente pour vous ?  Quel a été votre premier contact avec elle ?  

C’est une œuvre que j’ai longtemps eu peur d’aborder pour multiples raisons : la longueur de cette « scène lyrique », un monologue sans aucun répit  ; sa durée avec quarante cinq minutes d’une intensité vocale et d’une violence psychologique que j’appréhendais beaucoup. C’était comme une chose inévitable et inaccessible à la fois. Il fallait être prête à de multiples points de vue : vocalement car l’orchestre est très lourd et large ; physiquement car c’est une pièce longue, et évidemment psychologiquement du fait de la   violence incroyable. Jean-Claude Malgoire m’en a parlé le premier.  Pendant des années, il m’a poussée à l’aborder ; j’ai finalement accepté de m’y frotter parce  que c’était lui, parce que c’était dans l’intimité idéale du Théâtre de Tourcoing et de son Atelier lyrique où j’ai eu la chance de faire tant de prises de rôles. Il a assisté à la première et nous a quittés le lendemain.

L’interprétation de La Voix humaine a été marquée par des grandes artistes, Denise Duval, Janes Rhodes, Françoise Pollet, Felicity Lott. Est-ce que leurs interprétations  sont pour vous une source d’inspiration ? 

Bien sûr,  j’ai vaguement écouté les versions dont vous parlez,…mais je n’aime pas trop essayer de copier les autres et j’aime bien me faire ma propre idée d’une pièce quand je l’aborde pour la première fois.  J’ai beaucoup réfléchi au texte de Jean Cocteau et, comme je le fais toujours, j’ai tenté de le dire tout simplement, avec honnêteté et sincérité. C’est un texte très moderne, comme une simple conversation qui pourrait avoir lieu aujourd’hui ( sauf la dame qui vous met en relation avec votre correspondant, et l’autre dame qui écoute votre conversation…quoique …aujourd’hui on peut hacker votre téléphone !)

Qu’est-ce qui vous a poussée à enregistrer cette œuvre ? Est-ce qu’elle est l’aboutissement de votre réflexion artistique qu'incarnent les albums "tragédiennes" ?  

J’ai passé une bonne partie de ma vie de chanteuse à interpréter des femmes trahies, trompées, abandonnées et malheureuses mais toujours amoureuses.  Cette pièce est un concentré de toutes ces femmes désespérées, de ces  tragédiennes folles amoureuses, et je commence à avoir une sacrée expérience de la façon dont je veux les interpréter. La clef est juste la sincérité. On ne ressort pas indemne de ces rôles lourds psychologiquement et on y laisse toujours une partie de soi, même si on sait que ce n’est que du théâtre.

Lanzelot de Paul Dessau, retour sur une production éditorialement majeure 

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Le label berlinois Audite propose un enregistrement du rare Lanzelot du compositeur Paul Dessau (1894-1979), par les forces musicales du Théâtre National de Weimar sous la direction de Dominik Beykirch. Cette parution est tirée d’une production scénique mise en scène par  Peter Konwitschny qui a remporté un grand succès. Crescendo a voulu en savoir plus sur les coulisses de cette parution importante pour notre connaissance du répertoire lyrique du XXe siècle. Nous remercions vivement Bettina Bartz, dramaturge ; Hans-Georg Wegner, ancien  directeur pour l’opéra au Deutschen Nationaltheater de Weimar (DNT) et Susann Leine, du service communication du DNT pour leurs précieuses contributions à cette interview. 

Qu'est-ce qui a motivé le Théâtre National de Weimar à programmer une nouvelle production et à enregistrer ce Lanzelot de Paul Dessau ? 

 Nous étions à la recherche d'une œuvre pour une coproduction avec l'Opéra d'Erfurt. Hans-Georg Wegner, notre directeur de l'époque, s'est souvenu que le metteur en scène Peter Konwitschny cherchait depuis de nombreuses années une maison avec laquelle il pourrait monter l'opéra Lanzelot. Peter Konwitschny connaissait très bien les auteurs de cet opéra légendaire, il connaissait donc l'esprit dont l'œuvre était issue.

Quelles étaient les intentions et la conception de la mise en scène de Konwitschny  ? 

Pour nous, le plus important était que la production ne porte pas un regard nostalgique sur l'époque où cet opéra a été écrit, mais qu'elle prouve sa validité encore aujourd'hui. En RDA, le dragon était au centre, en tant que symbole de l'État de surveillance dictatorial. Dans la production de Peter Konwitschny, le centre d'intérêt s'est déplacé : le public a eu l'impression d'être impliqué, car le metteur en scène a mis l'opéra en scène comme l'histoire d'une société installée dans des conditions intenables et mauvaises et qui a peur d'y changer quoi que ce soit. Ce n'est pas tant l'histoire du dragon d'aujourd'hui, mais celle d'un peuple accomodant et craintif, qui sait que tout est faux mais qui préfère un peu de sécurité à l'audace de la liberté. C'était très excitant de voir que cette véritable œuvre d'art peut être lue encore et encore. Dans notre production, l'énorme quantité de percussions fait partie du dragon (8 percussionnistes supplémentaires sur scène). Ainsi, la partie agressive et brutale de la musique constitue, avec évidence, un symbole du pouvoir oppressif et ne peut pas être considérée comme un manque de compétences du compositeur à écrire de la belle musique.

Quelles sont les qualités musicales et dramaturgiques de ce Lanzelot

La liste est trop longue pour être précisée ici. Dessau était un compositeur qui connaissait bien le domaine de l'opéra. Il a utilisé toutes ses connaissances pour écrire des scènes courtes avec une action complexe et une "musique de scène" toujours adaptée à la scène, au sens profond de l'action. Sa musique ajoutait une deuxième "couche" aux mots du livret. Le livret de Heiner Müller, quant à lui, était suffisamment concis pour laisser la place au compositeur. 

Qu’est ce qui vous a motivé à réaliser un enregistrement audio  de cette production ? 

Après que nous ayons communiqué sur le projet de produire scéniquement cet opéra, un responsable de la station de radio publique MDR Kultur nous a approchés avec la proposition de réaliser une captation live de la production qui serait ensuite diffusée. Nous avons estimé qu'il s'agissait d'une excellente occasion de faire connaître cet opéra à un public plus large. Le Label Audite a utilisé cet enregistrement pour l'album. 

La sélection du mois de février 2023

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Le mois de février commence avec le CPE Festival et deux concerts contrastés dans les répertoires mais qui illustrent les facettes de la musique. Le 4 février, le Quatuor Danel, que l’on ne présente plus, interprètera des œuvres de Fanny et Felix Mendelssohn. Le 12 février, l’Ensemble Astoria  proposera un voyage musical avec des partitions d’Astor Piazzolla et de Michel Lysight.

A Bruxelles, le piano règnera en maître ! On commence à Bozar un festival 100% Rachmaninov :  le Belgian National Orchestra, sous la direction de Cristian Măcelaru, accompagnera les pianistes Behzod Abduraimov et Denis Kozhukhin. A Flagey, ce sera les 10 ans du Festival Piano Days (du 8/2 au 12/2) avec une affiche bigarrée et passionnante : Jonathan Fournel, Boris Giltburg, Lukáš Vondráček, Tamara Stefanovich, Elisso Virsaladze.Le classique se mélangera au jazz pour une fête des claviers sans frontières. 

A l’Opéra de Liège, le rare Hamlet d’Ambroise Thomas prendra ses quartiers pour une série de représentations (du 26/02 au 7/3). A Anvers, l’Opéra des Flandres propose une reprise du fascinant Satyagraha dans une mise en scène de Sidi Larbi Cherkaoui (du 15/2 au 4/03). 

A Lille, l’Orchestre National de Lille proposera un concert avec le légendaire Jean-Claude Casadesus qui fêtera le Lillois Lalo avec l’Ouverture de son opéra le Roi d’Ys à l’occasion des 200 ans de sa naissance (16 et 17 février). D'autres belles affiches sont au programme de la phalange lilloise. 

Sophie Pacini, un récital en forme de puzzle 

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La  pianiste Sophie Pacini, qui fut jeune artiste des International Classical Music Awards 2017, fait paraître un nouvel album intitulé Puzzle (Fuga Libera).  Ce récital propose un parcours personnel avec des œuvres de Chopin et de Scriabine. Crescendo Magazine est heureux d’échanger avec cette formidable musicienne. 

Votre nouvel album s'appelle "Puzzle" ? Pourquoi avoir choisi ce titre ? 

J'ai décidé, le plus honnêtement possible, de mettre ma vie à l'envers, d'être moi-même et de laisser mes émotions attacher les pièces du puzzle qui forment ma vie jusqu'à présent à une chaîne de notes. Nos concerts sont basés sur des souvenirs, des impressions et des attentes qui sommeillent en nous comme la somme de nos expériences, de nos vies. J'en fais ici l'expérience à travers la musique de Chopin. C'est clairement ainsi que Scriabine se voit dans Chopin -c'est ainsi que la musique de film est créée et que les images apparaissent dans le miroir de ce que nous entendons ; c'est ainsi que la perception se développe et que la bande sonore de nos vies est créée.

Vos albums ont souvent des titres, est-il important pour vous de vous raconter une histoire au-delà de la musique ? 

Pour moi, il existe une combinaison naturelle entre la musique et les événements quotidiens de ma vie. Chaque composition partage une histoire en soi, chaque jour de la vie qui passe laisse une trace et, ensemble, ils créent comment la musique se fixe dans ma moëlle et comment ils créent un titre de souvenirs. Les couleurs et les images que je relie aux morceaux et à l'ensemble du programme que je choisis font également partie de cette histoire. La musique classique peut s'expliquer d'elle-même au moment où vous l'écoutez, mais avant cela, il y a un titre qui doit conduire et attirer l'auditeur potentiel vers une certaine route d'attentes pour rejoindre ce voyage très personnel de mon album. Et ainsi être capable de flotter à travers les chapitres de sa vie et les chambres de son âme. 

Cet album contient des œuvres de Chopin et de Scriabine. Pourquoi ces deux compositeurs ? 

Chopin est l'un des compositeurs qui m'ont aidé à grandir émotionnellement et c'est aussi un compositeur avec lequel j'ai partagé beaucoup des chapitres les plus formateurs de mon développement pianistique. Il a été une épaule sur laquelle m'appuyer pendant mon adolescence et a fait partie intégrante de tous mes programmes de concert. Sans Chopin, je ne peux exister. Et Scriabine offre une fenêtre sur le monde après Chopin, un aperçu provisoire d'une époque de déclin, d'oubli, de regards lugubres vers le passé, de complaisance et d'un faible espoir que la vue du squelette du nouveau siècle ne soit qu'une phase. J'ai donc voulu attirer l'attention sur ce compositeur, pour moi totalement "sous-représenté" dans les concerts, en utilisant le projecteur de Chopin. Car Scriabine est pour moi une facette complète de l'héritage de Chopin, développant et créant une nuance tonale unique du présent dans le miroir du passé et du futur dans le miroir du présent.

Jérémie Conus, à propos de la musique pour piano d’Arthur Honegger et Frank Martin 

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Le pianiste  Jérémie Conus fait paraître un premier album  qui propose des œuvres pour piano des compositeurs  Arthur Honegger et Frank Martin (Prospero). Ce choix éditorial qui sort des sentiers battus est remarquable et Crescendo-Magazine a voulu en savoir plus. Rencontre avec un jeune musicien épatant. 

Qu'est-ce qui vous a orienté vers l'enregistrement de cet album consacré à des œuvres d'Arthur Honegger et Frank Martin ? 

La musique de ces deux compositeurs m'est particulièrement proche. Il y a quelques années, en m'intéressant de plus près à la musique pour piano de différents compositeurs suisses, j'ai appris à mieux connaître la musique d'Arthur Honegger et de Frank Martin et je suis immédiatement tombé sous le charme de leurs univers sonores incroyablement riches et intenses. Parallèlement, la légèreté et l'élégance françaises de certaines pièces d'Arthur Honegger m’ont beaucoup touché. Bien qu'Honegger ait longtemps orné notre billet de 20 francs et que nous le considérions très volontiers comme citoyen suisse, nous ne devons pas oublier qu'il a vécu et travaillé en France pendant la plus grande partie de sa vie. Cette fibre française est donc facile à reconnaître  dans sa musique. 

Depuis mes premières rencontres avec les œuvres de ces deux compositeurs, ils occupent une place de choix dans mon activité musicale, et l'on retrouve l'une ou l'autre de leurs œuvres dans la plupart de mes programmes solo. J'ai donc assez rapidement décidé de consacrer mon premier CD à ces deux compositeurs.

C'est une proposition éditoriale courageuse pour un premier disque. Était-il important de sortir des sentiers battus et de faire cet album au programme original ? 

Oui et non. Pour cette production, il ne s'agissait pas en premier lieu de créer quelque chose d'original pour le seul plaisir d'être original. C'est plutôt que je me suis personnellement senti très attiré par la musique de Honegger et Martin, me sentant très à l’aise dans leur univers musical. C'est pourquoi l'enregistrement de cette musique était en premier lieu un souhait purement personnel. Le fait que cette musique soit comparativement moins jouée, et encore moins enregistrée, m'a encore plus conforté dans mon projet. Je voulais contribuer activement à faire connaître cette musique extraordinaire à un plus large public.

Est-ce qu'il y a des points communs entre les univers pianistiques de ces deux grands compositeurs que sont Arthur Honegger et Frank Martin ?

Les deux compositeurs ont en commun le fait qu'ils ne sont pas connus en premier lieu pour leur œuvre pour piano. On connaît davantage leur musique vocale et scénique (Le vin herbé (Martin), Le roi David (Honegger), ou encore les 5 symphonies de Honegger. L'œuvre pour piano des deux compositeurs se compose principalement de pièces de caractère plutôt courtes, la Fantaisie sur des rythmes Flamenco (Martin) et la Toccata et Variations (Honegger) constituant ici les seules exceptions. D'un point de vue stylistique, on peut parfois retrouver quelques points communs, tels que l'utilisation fréquente, malgré un langage musical plus moderne, d'accords majeurs et mineurs pour ainsi dire très traditionnels, enchaînés d'une manière inédite. Mais comme ils ont tous deux leur propre langage individuel, cela ne se remarquera sans doute qu'avec une approche analytique attentive de leurs œuvres et non pas lors d’une « simple » écoute.

Est-ce qu'il y a une dimension "suisse" dans l'œuvre de ces deux compositeurs ? 

C'est une question très intéressante que je me suis posée à plusieurs reprises au cours des dernières années. Ce qui est particulièrement frappant dans la musique, c'est le fait que la petite Suisse a été fortement exposée aux influences de ses grands voisins, et l'est encore à certains égards. En l'absence de grands centres culturels en Suisse à l’époque, de nombreux artistes se sont tournés vers l'étranger. Ainsi, Honegger a travaillé une grande partie de sa vie à Paris et était membre du « Groupe des Six » (l'association de six compositeurs, parmi lesquels figuraient notamment Francis Poulenc et Darius Milhaud). On retrouve donc dans la musique de Honegger de nombreuses caractéristiques stylistiques françaises. 

Frank Martin, quant à lui, s'est installé aux Pays-Bas, même si ce n'est qu'après une longue période de création en Suisse. Si l'on peut reconnaître dans sa musique de nombreuses influences du romantisme français (Fauré et Franck), sa musique présente de manière plus évidente encore des caractéristiques de l'école expressive d'Arnold Schönberg. 

Il est donc difficile de parler d'une véritable dimension helvétique dans l'œuvre de ces deux compositeurs. Personnellement,  si l’on tient compte de la modestie d’un petit pays tel que la Suisse, j’aurais envie de dire qu’on pourrait voir une « spécificité suisse » dans leurs tendances à une forme de musique plutôt réduite (du moins dans leur œuvre pour piano),  ou encore au travers de leur modestie envers une virtuosité instrumentale excessive. 

Les lauréats 2023 des International Classical Music Awards

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Le président du jury, Rémy Franck, déclare : "Solidement établis comme des récompenses d'excellence dans le secteur de la musique classique, les lauréats des ICMA 2023 ont été sélectionnés à partir d'une liste de nominations comprenant 391 productions et un large éventail d'artistes et de labels.

La liste des lauréats comprend de nombreux musiciens renommés, mais aussi moins connus et jeunes, et pas moins de 14 labels ! Nous sommes fiers et enthousiastes d’inaugurer le nouveau prix ICMA Classeek, organisé en collaboration avec la plateforme numérique à succès Classeek, et de poursuivre notre coopération de longue date avec l'International Music Academy Liechtenstein, de sorte qu'avec le Young Artist Award, nous sommes en mesure de promouvoir trois jeunes talents très prometteurs. Et comme l'une de nos missions est de promouvoir le talent musical des jeunes, nous sommes ravis que dans notre section de musique de chambre, deux musiciens de 20 ans, Tassilo Probst et Maxim Lando, aient remporté le prix dans l'une des catégories systématiquement des plus compétitives. 

Le jury des ICMA est international et indépendant. Il soutient l'excellence musicale et passe au crible l'industrie mondiale de la musique pour finalement trouver le meilleur du meilleur. Ainsi, près de 300 000 mélomanes ont regardé en streaming le concert de gala des ICMA 2022. Et maintenant, nous attendons avec impatience notre Gala à Wroclaw qui sera sans aucun doute une soirée passionnante et à nouveau mémorable."

Dans les catégories spéciales : le violoncelliste David Geringas remporte le prix pour l'ensemble de sa carrière ; la soprano Ermonela Jaho est l'artiste de l'année. Saò Soulez-Larivière est le jeune artiste de l'année et le violoniste de 15 ans Leonhard Baumgartner est le lauréat du prix de la découverte. David Philipp Hefti remporte le prix du compositeur. Naxos est le label de l'année. Le prix de l'orchestre est attribué à l'organiste Karol Mossakowski, désigné par le NFM Wroclaw Philharmonic. Le nouveau prix ICMA-Classeek est décerné au contrebassiste Marc-André Teruel. 

Les Special Achievement Awards sont attribués au Forum national de la musique de Wroclaw et au pianiste Alessandro Marangoni. Dans les catégories audio et vidéo, 16 productions ont été récompensées. 

Crescendo Magazine est particulièrement heureux que l'enregistrement de Semele de Handel par le Choeur de Chambre de Namur et le Millenium Orchestra sous la direction de Leonardo García Alarcón (Ricercar) soir primé dans la catégorie Baroque Vocal. Cet enregistrement réalisé sur la scène du Grand Manège de Namur figurait dans les Millésimes 2022 de notre média.

Les lauréats recevront les trophées de l'ICMA lors de la cérémonie annuelle de remise des prix qui aura lieu au Forum national de la musique à Wroclaw, en Pologne, le 21 avril. Cette soirée comprendra également un concert de Gala avec la participation d'un certain nombre de lauréats et du NFM Wroclaw Philharmonic dirigé par le directeur musical Giancarlo Guerrero.

Les lauréats 2023 des ICMA

Le contrebassiste Marc-André Teruel remporte le premier ICMA Classeek Award.

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Marc-André Teruel, contrebassiste franco-autrichien, est le premier lauréat du nouveau ICMA Classeek Award, créé en collaboration entre les International Classical Music Awards, l'ICMA, et la plateforme pour jeunes artistes Classeek. Il recevra son trophée lors de la cérémonie de remise des prix ICMA à Wroclaw, en Pologne, le 21 avril.

Le jeune contrebassiste a déjà remporté de nombreux prix  et il a déjà obtenu un grand succès international à la fois en tant qu'artiste solo et musicien de chambre passionné. Il donne régulièrement des concerts dans les salles de concert les plus renommées, comme le Wiener Konzerthaus, le Wiener Musikverein, le Salzburger Mozarteum, l'Auditorio Nacional de Música Madrid, le Grand Auditorium de Radio France Paris, pour n'en citer que quelques-unes.

Les autres nominés pour le Prix ICMA Classeek étaient une sélection d'artistes prometteurs issus de la candidature du programme Ambassadeur 2022-23, notamment les pianistes Callum McLachlan et Zhu Wang, la violoniste Julia Blachuta, le violoncelliste Ivan Skanavi et le clarinettiste Arthur Stockel.

 

En plus du nouveau Prix ICMA Classeek, Classeek soutiendra également le lauréat du Prix ICMA pour jeunes artistes, Sào Soulez Larivière, en lui offrant une place dans son programme Ambassadeur 2023-24 pour jeunes artistes.

Alain Altinoglu, à propos de César Franck 

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C’est sans aucun doute, la parution symphonique majeure des célébrations du bicentenaire de la naissance de César Franck : un album intégralement symphonique par l’Orchestre de la Radio de Francfort (Hr-Sinfonieorchester)  sous la direction de son directeur musical Alain Altinoglu. Ce disque propose la Symphonie en ré mineur, le poème symphonique Le Chasseur Maudit et la symphonie de Rédemption (1ère version de 1872) dit Ancien Morceau symphonique, partition redécouverte par le musicologue Joël-Marie Fauquet.  A  l'occasion de la sortie de ce disque, Alain Altinoglu répond aux questions de Crescendo-Magazine. 

Qu’est ce que représente César Franck pour vous ? 

J’ai rencontré la musique de César Franck alors que j’étais très jeune. Ce premier contact s’est fait par sa musique d’orgue. Comme je suis d’origine arménienne, j’allais à la messe à l’Eglise arménienne catholique dans le Marais qui s’appelle désormais Saint-Jean-Sainte-Croix et où j'ai joué l’orgue. Il se trouve qu’au XIXe siècle, cette église nommée Saint-Jean-Saint-François et dont l’orgue est l’un des premiers Cavaillé Coll construits à Paris, est liée à Franck car le compositeur en fut titulaire ! J’ai joué sur cet instrument dont l’un des tuyaux, au-dessus la console, est gravé d’une phrase qui signale que l’instrument fut joué par Franck !  Quelques années plus tard, j’ai pratiqué ses Variations symphoniques à l’occasion de l'examen pour l'obtention de mon prix au CRR de Saint Maur. Ma professeur m’avait suggéré de jouer ces Variations symphoniques comme pièce de concerto. Depuis que je suis en Belgique, je me suis de plus en plus intéressé à Franck et j'ai approfondi ma connaissance de sa musique et de sa biographie.  

César Franck est né à Liège, ville frontière des mondes latins et germaniques. Sa musique, et sa symphonie en particulier, a été jouée et enregistrée tant par des chefs de l’école franco-belge (Cluytens, Munch, Monteux, Paray,...), que par des chefs issus de la tradition germanique (Furtwangler, Karajan, Masur)... César Franck, et sa symphonie, sont-ils latins ou germaniques ? 

Étant en Belgique, j’ai mieux compris César Franck. Il a quelque chose de très belge, dans ce pays situé géographiquement entre la France et l'Allemagne. C’est certes très schématique d'énoncer cette évidence, mais il y a quelque chose dans le son, que j’essaie de cultiver à La Monnaie : un son qui n’est ni français, ni allemand. C’est pareil dans la musique de César Franck, il y a quelque chose dans la ligne mélodique et dans le rubato, qui est proche musique française, mais si on regarde dans l’architecture, l’harmonie, dans la manière d'orchestrer, nous sommes plus proches des grands compositeurs allemands.  Il faut être attentif à cet équilibre car je pense que cela ne marche pas si on va soit trop dans un sens, soit trop dans un autre.  C’est ce que j’ai tenté de faire dans notre approche pour cet enregistrement. Il ne faut par ailleurs pas perdre de vue que Franck a pas mal changé au cours de sa vie. Il est intéressant de noter qu’il a écrit ses œuvres les plus lyriques et les plus romantiques à un âge avancé, quand il tombait amoureux de ses élèves.  Ce mélange de maturité et d’élan amoureux romantique tardif,  est intéressant à faire ressortir.