Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

L’hommage à Basquiat à la Fondation Louis Vuitton

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Présenté en clôture de l’exposition Jean-Michel Basquiat, ce concert de l’Ensemble intercontemporain associait grands maîtres américains (Cage, Crumb), jeunes compositeurs installés à Paris (Robin, Dessner) et la création mondiale d’une pièce pour trois trompettes du directeur musical de l’ensemble, Matthias Pintscher.

Skull de ce dernier se veut un hommage à Basquiat (le « crâne » étant une figure omniprésente chez le peintre américain). On repère bien un tâchisme instrumental, un travail de spatialisation à la manière de la superficie d’une toile, et une volonté d’accumulation expressive, mais Skull s’apparente avant tout à une œuvre de commande au modernisme apaisé, utilisant les sourdines des trompettes (Lucas Lipari-Mayer, Gustav Melander, Clément Saunier) avec beaucoup de goût dans un discours très élégant et architecturé. Oublions rapidement les 7 Haikus de John Cage interprétés par le valeureux pianiste Hideki Nagano. De l’aveu de Basquiat, le groupe de noise auquel il appartenait faisait de la musique inspirée par John Cage, c’est-à-dire « de la musique qui n’[était] pas vraiment de la musique ». On ne saurait donner tort aux propos de l’artiste new-yorkais, tant on ne sait quand commencent ni finissent ces piécettes au bord du néant. Seule reste l’idée de performance artistique, et la probable envie d’épater le bourgeois.

JoAnn Falletta, cheffe d’orchestre à la curiosité sans frontières

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La Maestra JoAnn Falletta est une exploratrice musicale, aimant découvrir et enregistrer des partitions tombées dans l’oubli. Avec ses fidèles musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Buffallo, elle a gravé pour la firme Naxos l’un des plus épatants panoramas de la musique orchestrale. L’ensemble compose l’un des legs les plus indispensables de notre époque et se doit d’être un modèle d’intelligence et d’inspiration pour les jeunes générations de musiciens. Alors qu’elle dirige au Concertgebouw d’Amsterdam un exigeant programme qui associe littérature et musique contemporaine, elle répond aux questions de Crescendo Magazine.  

Quand on regarde votre discographie, on est impressionné devant son amplitude. Vous avez enregistré un incroyable panorama de la musique orchestrale avec des oeuvres de Respighi, Novák, Glière, Schmitt, Holst, Schreker .... Comment avez-vous découvert ces partitions, car certaines sont des raretés absolues?

Le répertoire "moins connu" m'a toujours intéressée. J’ai cet attrait depuis ma jeunesse mais cette attirance s’est renforcée au moment où suis devenue directrice musicale du Womens Philharmonic. Notre mission au Womens Philharmonic était de jouer des musiques inconnues composées par des femmes (que ce soient des oeuvres du passé ou des oeuvres de notre temps). J'ai dû faire beaucoup de recherches sur le répertoire -de Hildegard von Bingen aux premières mondiales des femmes contemporaines. J'aimais découvrir de nouvelles partitions ou des trésors injustement tombés dans l’oubli. Cet appétit de trouver des œuvres inhabituelles a été ravivé lorsque Klaus Hermann, le fondateur du label Naxos, a invité l’Orchestre Philharmonique de Buffalo à devenir l'un de ses orchestres réguliers pour des d'enregistrements. Bien sûr, Klaus ne voulait pas ré-enregistrer les piliers du répertoire. Il m'a mise au défi de trouver des partitions qui seraient des joyaux à découvrir. J'ai décidé de me concentrer sur la musique européenne post-romantique tardive. Je me suis mise à regarder partout, je lisais d'innombrables livres et articles et j’écoutais tout ce que je pouvais trouver ! La recherche des musiques injustement négligées est devenue pour moi une force directrice dans ma vie musicale. L'orchestre et moi-même nous sommes sentis très privilégiés de pouvoir enregistrer ces raretés et de les présenter aux mélomanes du monde entier.

Beethoven Labyrinthus : Nouveau spectacle du Centre de Musique de chambre de Paris

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Un nouveau concept de la musique classique qui réinvente les formes de concerts

Le Centre de Musique de Chambre de Paris, créé à l’initiative du violoncelliste Jérôme Pernoo et inauguré en novembre 2015, vise à promouvoir la musique de chambre et les jeunes interprètes professionnels. Les musiciens, qui sont à l’aube de leur carrière professionnelle et, pour la plupart, encore étudiants, se voient offrir des occasions de se produire dans des conditions extrêmement formatrices : jouer sans partition les œuvres-clés du répertoire dans un spectacle-concert avec mise en espace, ce qui nécessite des coordinations bien rodées. Le même spectacle, sous forme de récits en musique, est présenté à la Salle Cortot à Paris (quartier général du Centre) chaque jeudi, vendredi et samedi à 21 heures pendant trois semaines consécutives soit neuf fois. Ces représentations -car ce sont de véritables représentations- sont précédées de préparations intensives non seulement de l’interprétation mais aussi d’approfondissement du contexte historique et artistique, pour que chaque musicien puisse entrer en immersion totale dans l’univers de l’œuvre et du compositeur. En première partie de ces spectacles, on peut entendre à 19 heures 30 un concert court (45 mn environ) concentré soit sur une seule œuvre, soit sur un seul compositeur. Entre les deux concerts, « freshly composed », un séance de dix minutes pour une ou plusieurs pièces de musique de chambre écrites par un(e) (très) jeune compositeur et présentées par son auteur(e). Nous avons ainsi entendu quelques œuvres dont l’opus 1 de Thomas Prechal, 14 ans (!)

A la Scala, un Casse-Noisette selon Balanchine

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En ouverture de sa saison 2018-2019, le Corps de ballet du Teatro alla Scala et son directeur, le niçois Frédéric Olivieri, se parent de couleurs festives en assumant la première représentation italienne d’un Casse-Noisette que George Balanchine avait conçu en 1954 pour le New York City Ballet et que, selon une tradition immuable, la compagnie reprend chaque mois de décembre depuis sa création. Pour ma part, j’ai eu l’occasion de voir quatre fois la production originale au New York State Theatre sis au Lincoln Center. Et c’est donc avec une extrême curiosité que j’attendais cette présentation milanaise.

Silvia Tro Santafé et Julian Reynolds dans un récital 100% espagnol à La Monnaie

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SILVIA DRO MARIO ROJAS 10-12-08

Nous retrouvions hier soir sur la scène de la Monnaie la mezzo-soprano Silvia Tro Santafé dans un récital de musique espagnole, accompagnée au piano par son mari, le pianiste et chef d’orchestre Julian Reynolds.

Les deux artistes ont débuté leur récital par les Tonadillas d’Enrique Granados, très courtes pièces inspirées de l’oeuvre du peintre Francisco Goya, suivies de quatre chansons espagnoles du compositeur Joaquin Turina. Petite déception pour ce début de récital avec un démarrage un peu difficile et des artistes pas tout à fait en phase. Il faut dire qu’il n’était pas non plus évident de rester concentré, car il y eut, entre chaque pièce, des applaudissements de fans « audiblement » présents dans la salle.

Michel Fourgon, compositeur sur les traces de Goethe

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Dans le cadre de son prochain festival Storytelling, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège et son chef, Christian Arming, ont notamment mis à l’affiche la création du dernier opus en date du compositeur belge Michel Fourgon, Goethes Fragmente. L’occasion est belle de faire plus ample connaissance avec un compositeur qui bénéficie d’une excellente réputation mais qui n’est sans doute pas (encore) assez connu du grand public.

Lorsqu’on parcourt le catalogue de vos œuvres, un élément apparaît avec force, c’est la présence répétée de la voix, et cela sous toutes ses formes, de la mélodie à l’opéra. Est-ce bien le reflet d’une volonté, d’un goût particulier de votre part ?

Il est incontestable que la voix résonne en moi de manière très particulière. Le recours à la vocalité m’apparaît très souvent comme une évidence, comme un moyen privilégié de transmettre quelque chose de fort, de profond. C’est sans doute d’abord une conséquence de mon éducation. J’ai eu la chance de grandir au sein d’une famille de musiciens pour qui la pratique vocale, et notamment des chants populaires, était quotidienne. J’ai adoré chanter moi-même, déjà enfant puis en tant que membre de divers ensembles vocaux.

Lausanne redécouvre Mam’Zelle Nitouche

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Pour le grand public d’aujourd’hui, qui est Hervé, alias Louis-Auguste-Florimond Ronger né à Houdain le 30 juin 1825 et mort à Paris le 3 novembre 1892 ? Pourquoi est-il considéré comme le père de l’opérette, titre que pourrait lui disputer son rival et ami Jacques Offenbach ? Cette assertion est en fait légitime puisque, durant les cinquante-cinq années qui s’écoulent entre L’Ours et le Pacha donné à Bicêtre en 1842 et Le Cabinet Piperlin joué à l’Athénée le 17 septembre 1897, le musicien a produit plus de 120 ouvrages légers en s’illustrant particulièrement dans un genre, le vaudeville-opérette. Créé triomphalement au Théâtre des Variétés le 24 janvier 1885, Mam’Zelle Nitouche en est le dernier fleuron important ; car il constitue pratiquement un véritable testament musical.

Le Prokofiev de Valery Gergiev

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Dans le cadre de sa série ‘Les Grands Interprètes’, l’Agence Caecilia organise, au cours de chaque saison, une série de concerts exceptionnels. Et le 10 janvier, elle a invité Valery Gergiev et l’Orchestre du Théâtre Marinsky. Il y a huit mois, dans le cycle des Concerts Migros, le chef et sa formation n’avaient laissé qu’une impression mitigée dans l’exécution boursouflée de deux des symphonies de Tchaïkovski. Et là, dans un programme plus éclectique juxtaposant Debussy, Prokofiev et Richard Strauss, le résultat est singulièrement différent. Depuis une vingtaine d’années, tant au théâtre qu’au concert, Valery Gergiev tente d’internationaliser le répertoire de la formation pétersbourgeoise en le confrontant  à d’autres horizons.

L’Inconnue de la Seine et des « artistic angels »

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i c o n, steve salembier & charlotte bouckaert

L’opéra contemporain vit ! Il inspire de jeunes créateurs talentueux. Mais -excusez la comparaison- de même que les starts-up ont besoin de business angels, ces jeunes talents ont besoin qu’on leur donne les moyens -qui ne sont pas seulement financiers- de s’épanouir. Ils ont besoin d’artistic angels !

ICON : au départ, une volonté de créer à partir d’un mythe, celui d’Orphée et de son Eurydice perdue, retrouvée, emmenée et définitivement disparue. Une image s’impose, qui peut en être une déclinaison : celle du masque mortuaire de « l’Inconnue de la Seine », réalisé à la fin du XIXe siècle à partir de la figure au sourire mystérieux d’une jeune femme tout aussi mystérieuse noyée dans la Seine. Un masque fascinant, qui a fasciné artistes et écrivains. Sabryna Pierre, la librettiste, et Frederick Neyrinck, le compositeur, lui ont redonné vie d’aujourd’hui. L’Atelier Baldraum (Charlotte Bouckaert et Steve Salembier) l’a installée dans un univers scénique qui à la fois la ressuscite et en fait un être d’interpellation quant au temps, à la vie, à la mort, à la beauté, au souvenir, aux traces laissées, aux illusions quant à celles-ci, au fleuve et au ciel… Un être d’évocation aussi dans la magnifique partie centrale de la représentation, focalisée sur « la noyée dans le bleu de la nuit/dans l’eau du rêve/à la dérive ».

Casse-Noisette par le Ballet de l’Opéra de Kiev

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Pour la première fois à Paris depuis sa dernière tournée en 1964 (cela fait 54 ans !), le Ballet de l’Opéra National de Kiev, également appelé l’Opéra National d’Ukraine, présente au Théâtre des Champs-Elysées l’un de ses spectacles phares : Casse-noisette de Tchaïkovski.

L’Opéra de Kiev, qui a fêté ses 150 ans, fut conçu en 1867 avec un ballet qui y était attaché. Une modeste troupe régionale au débuit, mais elle s’est progressivement professionnalisée pour devenir ce qu’on connaît aujourd’hui.

Quant à la troupe du ballet, c’est au début du XXe siècle qu’elle s’est réellement développée, en s’inspirant des danses occidentales et grâce à des figures de la danse ukrainienne, à l’image de Mikhail Mordkin (1880-1944), soliste des Ballets Russes.