Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Gala Puccini à l’ORW

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À l’occasion du centenaire de la mort de Giacomo Puccini, l’orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie nous a proposé une soirée consacrée au maestro italien. Giampaolo Bisanti, directeur musical de l’ORW et chef du soir, a décidé de centrer le concert sur la jeunesse de Puccini. Nous avons donc pu entendre la Messa di Gloria ainsi que son opéra Le Villi en version concert. 

La Messa di Gloria fut composée en 1880 par un Puccini âgé de seulement 22 ans. Écrite à l’occasion d’un examen, l'œuvre est la seule pièce religieuse d’envergure composée par Puccini. L’opéra Le Villi fut quant à lui composé en 1883 lors de la participation de Puccini au concours de composition de l’éditeur Sonzogno. Bien qu’il n’ait pas reçu le premier prix, l’opéra fut un succès. 

Giampaolo Bisanti a mené ses musiciens d’une main énergique et sautillante. Véritable attraction à lui tout seul, il a dégagé une énergie considérable afin d’emmener les musiciens et chanteurs là où il le voulait. L’orchestre a donné entière satisfaction tout au long du concert. Sérieux et attentifs au moindre geste du chef, les musiciens ont livré une prestation pleine de couleurs et de contrastes. Le travail accompli est d’autant plus apprécié que la production simultanée de Rusalka demande également une très grande implication de tous les musiciens. 

Un opéra contemporain de deux cents ans

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A l’Opéra-Comique de Paris, les spectateurs découvrent avec émotion, ravissement et enthousiasme un opéra contemporain… qui a deux cents ans : « L’Autre Voyage » d’après Franz Schubert.

Voilà qui nécessite bien quelques mots d’explication.

Comme le précise Agnès Terrier dans sa note de mise en perspective du spectacle, « on a pu considérer que l’inachèvement caractérisait la démarche et l’œuvre d’un artiste [Schubert] dont la vie brutalement rompue à 31 ans obéit à la même logique ». Cela se vérifie dans son corpus de chambre, dans ses œuvres pour piano (douze sonates achevées sur vingt-trois entamées) ou pour l’orchestre (sept symphonies complètes sur une quinzaine mises en chantier). Pour l’opéra aussi : une vingtaine de projets dont trois seulement ont vu le jour de son vivant : deux musiques de scène et un petit singspiel en un acte, difficiles à monter, plus que rarement montés.

Dans ces ébauches, Raphaël Pichon a découvert des « pages de premier ordre ». Qu’il a donc « mises en ordre, puis entremêlées à d’autres composition de Schubert de façon à former une véritable partition, à laquelle les arrangements et orchestrations de Robert Percival ont apporté une unité ».

Ce qu’il en résulte est une « œuvre nouvelle » d’une beauté séduisante, admirablement servie et enrichie dans son interprétation par l’ensemble Pygmalion de Raphaël Pichon, alternant moments d’intense émotion, délicatesses instrumentales, flux orchestraux. Quant aux interventions des solistes et du choeur, elles semblent aller de soi dans ce qui est un puzzle aux pièces magnifiquement découpées et assemblées. Quelle merveilleuse rencontre que celle qui nous est offerte avec ces pépites retrouvées.

Pour donner vie à tout cela, Silvia Costa l’a inscrit dans un « argument » qui lui confère cohérence et pertinence, qui le « dramatise », qui nous attache à son héros. Une œuvre sans actions ni rebondissements, mais qui, issue de la situation humaine sans doute la plus douloureuse, la mort d’un enfant, nous fait parcourir le cheminement qui mène au deuil réconcilié.

Adrien Perruchon et l’Orchestre Lamoureux 

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Le chef d’orchestre Adrien Perruchon vient d’être renouvelé à la direction musicale de l’Orchestre Lamoureux. Cette annonce vient récompenser un travail exemplaire auprès de l’un des grands orchestres associatifs français, une phalange qui a tant marqué l’histoire de la musique symphonique. En prélude à un concert autour de Ravel, Adrien Perruchon répond aux questions de Crescendo Magazine. 

L’Orchestre Lamoureux est historiquement lié à l'œuvre de Ravel, est-ce que vous pouvez revenir un peu sur cette relation historique entre Ravel et l'orchestre ? 

Les liens entre l’Orchestre Lamoureux et Ravel sont en effet très forts avec plusieurs premières mondiales, l’orchestre ayant en quelque sorte accompagné le développement de l'œuvre de Ravel des Valses Nobles et Sentimentales (1912) jusqu’au Concerto pour piano (1932). L’Orchestre Lamoureux c’est donc la création d’autres grandes œuvres avec en plus de celles déjà citées La Valse, la version de concert de Bolero (création française), mais aussi des partitions moins emblématiques, voir oubliées comme l’orchestration hélas perdue du Noël des jouets  ou celle très belle de la Tarentelle styrienne de Debussy. 

Cette relation, c’est aussi un lien avec des interprètes directement liés à Ravel : les chefs d’orchestre Gabriel Pierné, Camille Chevillard, Paul Paray ou la pianiste Marguerite Long. Cette filiation ravélienne s’est poursuivie au fil des années avec des mandats de chefs d’orchestre comme Eugène Bigot, Jean Martinon, Igor Markevitch, Yutaka Sado. Un formidable capital discographique témoigne de cet héritage. Il est intéressant de noter, en regardant les programmes de saison que, déjà du vivant de Ravel, en marge des créations, son œuvre est  très rapidement entrée au répertoire régulier de l’orchestre. Daphnis et Chloé, par exemple, a été introduit par Camille Chevillard et donné en une décennie par une demi-douzaine de chefs dont Ravel lui-même, et Eugène Bigot en fit, bien avant Charles Munch, un des ses chevaux de bataille.   

Quand on pense orchestre français, et Ravel, on pense sonorité. Quelles étaient les particularités sonores de l'orchestre tel que Ravel a pu le connaître ?  

Le profil sonore des instruments était autre, avec une palette de timbres à coup sûr plus différenciée. Les cordes naturelles, les sourdines en bois, la perce plus petite des cuivres et bien entendu l’insensée richesse de la facture chez les bois. Paris seul comportait plus d’une dizaine de fabricants de hautbois alors qu’il y’en a probablement une poignée dans le monde actuel. L’outil qu’est la salle de concert est aussi un paramètre intéressant à envisager. Jouer une partition comme Daphnis et Chloé dans un espace comme la Salle Gaveau produisait certainement un effet différent du point de vue des auditeurs et des interprètes que celui que nous avons intégré en jouant dans des salles au lustre et au volume bien différents. 

Début prometteur du cycle Mahler à Zürich avec Paavo Järvi

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Ce samedi 3 février a lieu le concert de l’Orchestre de la Tonhalle de Zürich sous la baguette de son directeur musical, Paavo Järvi. En soliste, nous retrouvons la hautboïste espagnole Cristina Gómez Godoy. Après des enregistrements mettant Tchaïkovsky et Bruckner à l’honneur (ICMA du meilleur enregistrement symphonique de l’année 2023 pour la Symphonie n°8 de Bruckner), Paavo Järvi et l’Orchestre de la Tonhalle de Zürich s’attaquent à un des compositeurs-phares du répertoire : Gustav Mahler et ses symphonies. Paavo Järvi le considère comme un des plus grands compositeurs de musique symphonique germanique. Mahler résume à lui seul toute la musique qui l’a précédé. C’est donc dans une logique de continuité que le choix d’un nouveau cycle s’est porté sur Mahler. Ce concert, le dernier d’une série de trois, est synonyme du début de ce cycle, marquant encore un peu plus la fructueuse collaboration entre le chef estonien et la phalange zurichoise. Au programme, le Concerto pour hautbois en do majeur, KV 314 de Mozart et la Symphonie n°5 en do# mineur de Gustav Mahler.

Tout d’abord, place au Concerto pour hautbois en do majeur, KV 314 de Mozart. Cette œuvre est composée en 1777 pour son ami hautboïste Giuseppe Ferlendis, lui aussi membre de la Chapelle Royale de Salzbourg. Cette pièce en trois mouvements est considérée comme l'œuvre symphonique classique de référence pour le hautbois. La soliste du soir, Cristina Gómez Godoy, nous propose sa version de ce concerto. Son interprétation est convaincante. Elle fait preuve de musicalité avec de beaux contrastes. Le son qu’elle développe est rond et chaleureux, on dirait presque de la clarinette. Paavo Järvi et l’orchestre (évidemment en formation réduite par rapport à ce qui nous attend après) prêtent une grande attention à la soliste afin de suivre ses idées musicales. Ce concerto, réussi avec brio, est une très belle entrée en matière avant la suite du programme. En bis, nous avons droit à un sublime extrait tiré de l’opéra Orphée et Eurydice de Glück. Cristina Gómez Godoy parvient à aller chercher des pianissimos totalement bluffant, surtout au hautbois où la tâche est plus ardue qu’à la clarinette par exemple. Le public applaudit chaleureusement au bout de cette première partie.

Festival Prokofiev à Bozar 

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Plus de 70 ans après son décès, le grand Prokofiev est mis à l’honneur d’un petit festival de 3 jours au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Du jeudi au dimanche, différentes facettes du grand musicien sont ainsi illustrées avec des concerts, des conférences et même un happening avec de l'électro pour un concept présenté comme déconstruisant Prokofiev... Mais le grand intérêt de ce festival est de proposer des œuvres bien moins connues aux côtés de tubes. Certes, le public jeune et moins jeune pouvait entendre Pierre et le Loup et le Concerto pour violon n°1, mais aussi les Symphonies n°2 et n°6 ainsi que les suites du Pas d’Acier et de Chout. Au final, on pointait une majorité d'œuvres rares, voire très rares au concert. 

En ouverture d’une soirée de samedi contrastée avec un concert symphonique et un happening mêlant Prokofiev et DJ, le Antwerp Symphony Orchestra proposait la Symphonie n°6 sous la baguette d’Osmo Vänskä. La venue de l’immense chef finlandais en Belgique est déjà en soi un événement et la Symphonie n°6 est une œuvre fascinante par son ton tragique en angoissé.  Osmo Vänskä en livre une lecture noire et dramatique, d’une portée mahlérienne dans la tension qu’elle véhicule. Sa direction tend l’arc dramatique avec d’emblée un premier mouvement sombre, angoissé et traversé d’orages instrumentaux. La masse orchestrale est toujours parfaitement lisible avec une idéale mise en avant des interventions solistes (superbe vents). Le second mouvement poursuit cette tragédie avec un superbe galbe des cordes et des vents magistraux avant que le final, faussement joyeux, explose dans le cataclysme conclusif. L’Antwerp Symphony Orchestra livre une prestation magistrale tant dans ses tutti que dans ses individualités. On sent les musiciens en osmose totale avec leur chef d’un soir. 

A Genève, Un pianiste de classe : Piotr Anderszewski

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Pour sa prestigieuse série ‘Les Grands Interprètes’, l’Agence de concerts Caecilia a invité, au Victoria Hall de Genève le 30 janvier, un pianiste hors pair qui se fait rare depuis plusieurs saisons, Piotr Anderszewski.

Son programme inclut nombre de nouveautés à son répertoire mais commence par l’un de ses chevaux de bataille, la Sixième Partita en mi mineur BWV 830 de Bach. Dès les premières mesures de la Toccata, l’on retrouve cette clarté de jeu n’utilisant les pédales qu’avec parcimonie, ce qui confère une extrême fluidité aux formules en arpège s’appuyant sur des basses de grand orgue. L’Allemande se confine dans les demi-teintes pour se développer rigoureusement en incorporant les ornements à la ligne mélodique, alors que la Courante joue sur les accents alternés entre les deux mains afin d’encadrer de virevoltants passaggi. L’Aria tient du dialogue à deux voix annonçant la Sarabande voilant un insondable mystère que dissiperont la Gavotte articulant délibérément les triolets de croches puis la Gigue, véritable kaléidoscope opposant les lignes de force en un fugato policé.

Piotr Anderszewski a ensuite la judicieuse idée de mettre en parallèle trois des mazurkas de Chopin à cinq extraites de l’opus 50 de Karol Szymanowski. De ce Chopin qui n’a jamais fait partie de son répertoire d’élection, il donne une lecture singulière en s’attachant à l’opus 59 dont il laisse affleurer un rubato rêveur libérant le cantabile sur de sombres accords, quand la seconde s’embue de douces larmes qu’assèche la troisième, plus extravertie, évoquant le souvenir des jours heureux. Les cinq mazurkas composées par Karol Szymanowski dans les années 1924-1925 passent de la confidence à fleur de clavier (n.3) à la veine folklorique à la Bartók (n.7) que tempèrent la 8e par ce triste dialogue à deux voix, la 5e par sa noble progression et la 4e, véritable mazurka aux contrastes virulents.

A Lausanne, un Così fan tutte en reality show

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Pour quatre représentations, l’Opéra de Lausanne reprend la production de Così fan tutte que Jean Liermier, l’actuel directeur du Théâtre de Carouge, avait conçue durant l’automne de 2018 en faisant appel à Rudy Sabounghi pour les décors et costumes et à Jean-Philippe Roy pour les lumières. Elaboré comme un reality show de la firme Alfonso Produzione ayant pour titre La Scuola degli Amanti, ce spectacle n’a pas pris la moindre ride avec ce continuel chassé-croisé de cameramen, perchistes, régisseurs-son, script girls qui déplacent les parois coulissantes d’un loft dernier cri à grande baie vitrée donnant sur la Cathédrale La Major de Marseille et ses alentours. 

Follement éprises de leur soupirant, les deux sœurs, Fiordiligi et Dorabella, ne songent qu’à convoler en justes noces, l’une revêtant déjà la traditionnelle robe de mariée avec voile, quand l’autre opte pour un décolleté affriolant sous capeline de soie crème face à Ferrando et Guglielmo, engoncés dans leur uniforme d’officier de marine. En apartés moqueurs, Don Alfonso, le producteur-animateur, se gausse de cet exhibitionnisme tapageur en soudoyant une Despina délurée qui use du tuyau d’aspirateur à des fins grivoises ô combien suggestives. Travestis en loubards à mèches décolorées ou à crinière léonine à la Demis Roussos, les deux fiancés roulent les mécaniques pour tirer des selfies en provoquant l’hilarité du public. Et cet éclat de rire salue l’apparition du pseudo samu de service qui brandit un commutateur phosphorescent pour ranimer les deux éconduits ayant absorbé de l’arsenic à haute dose. Au deuxième acte, les masques tombent, alors que les rouages de la séduction mettent à nu la vanité des serments d’autrefois.

Ces quiproquos en cascades sont continuellement galvanisés par la direction de Diego Fasolis qui sert la partition géniale de Mozart avec une irrépressible énergie qu’il insuffle à un Orchestre de Chambre de Lausanne tout en nuances, tandis que le Chœur de l’Opéra de Lausanne en formation réduite n’intervient que depuis les loges de scène latérales.

Une si belle histoire si triste, Rusalka à Liège

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Rusalka d’Antonín Dvořák, créé à Prague en 1901, n’avait jamais encore été représenté à l’Opéra de Wallonie-Liège. C’est dorénavant chose faite, et bien faite. 

Il est vrai que cet opéra, pendant longtemps, n’a pas compté parmi les « têtes de liste » lyriques. Mais ces dernières années, on l’a en quelque sorte retrouvé et nous pouvons donc l’entendre un peu partout. Jugez-en : la saison dernière, il était à l’affiche de 38 maisons d’opéras !

Rusalka, c’est un conte dans une lignée de contes : « La Petite Sirène », « Ondine » ou encore « Mélusine ». C’est le récit d’une métamorphose sans issue. Rusalka est une nymphe des eaux désespérément amoureuse d’un prince qui vient parfois se baigner dans son lac. Pour vivre son amour, elle veut devenir un être humain. Les mises en garde de l’ondin Vodnik, le vieil esprit des eaux, sont impuissantes. Une sorcière, Jezibaba, accepte d’exaucer sa prière… mais à une terrible condition : elle en deviendra muette et, si son amour est déçu, elle sera précipitée au fond des eaux, entraînant avec elle celui qu’elle a aimé. Métamorphose accomplie, le prince, d’abord subjugué, se lasse vite de cette fiancée muette et cède aux avances insistantes de « la princesse étrangère ». Au grand désespoir de Rusalka, qui doit rentrer « chez elle ». Mais le prince comprend son erreur. Ils se retrouvent. Elle le prévient du danger. Il n’en a plus cure. Il se jette dans ses bras et meurt…

Cette histoire désespérée -mais qui n’est jamais désespérante pour nous, les spectateurs- nous atteint dans la partition magnifique d’Antonín Dvořák. Quel bonheur mélodique. Cette musique nous immerge dans les atmosphères envoûtantes du conte, que ses thèmes récurrents intensifient, densifient. Aux grands développements symphoniques succèdent de délicates séquences chambristes (harpe, hautbois, flûtes, cordes), essentielles dans l’expression et la compréhension des états d’âme des protagonistes. Cette musique-là est personnage à part entière de la tragique histoire. Et il est un peu dommage que Giampaolo Bisanti, exalté sans doute par ce « poème symphonique », en ait parfois privilégié la puissance au détriment des voix. N’empêche, ce qu’il nous a donné à entendre de cette partition, avec son Orchestre et les Chœurs de l’Opéra de Wallonie-Liège, a été un « ravissement ».

Jean-Luc Tingaud, Franck et Chausson symphonique 

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L’excellent chef d’orchestre Jean-Luc Tingaud poursuit son exploration du répertoire symphonique français. Après de précédentes parutions marquantes dont des volumes consacrés à César FRanck et Jules Massenet, il fait paraître un album consacré aux deux grandes symphonies françaises du XIXe siècle : celles de Franck et de Chausson. A cette occasion, il est au pupitre du Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin (RSB). Alors qu’il vient d’enregistrer un projet Fauré pour Naxos, il s’entretient avec Crescendo-Magazine. 

Votre nouvel album propose le couplage “classique” des symphonies françaises du XIXe siècle : celles de Franck et Chausson. Qu’est-ce qui vous a poussé à enregistrer maintenant, ces deux œuvres ? 

Après avoir enregistré plusieurs symphonies françaises -Dukas, d’Indy- d’inspiration franckiste, le moment paraissait venu d’aborder le couple parfait que forment la symphonie de Franck et celle de Chausson. Ayant beaucoup dirigé Franck en concert, j'ai mûri une interprétation qui, je l’espère, restitue la forme si unique et le détail de cette orchestration magnifique. Quant à Chausson, c’est une partition qui me fascine depuis que je l’ai découverte pendant mes études ; cela fait donc longtemps que je pense à elle !

Ces deux partitions sont des monuments de la musique symphonique française. Que représentent-elles pour vous ? 

La Symphonie de Franck est une absolue perfection formelle, une symphonie qui couronne à la fois la grande tradition germanique et la polyphonie colorée, chère à l’école des organistes français. Du point de vue thématique, la simplicité des thèmes et leur correspondance entre eux sont des éléments fascinants de cette composition ; cela rappelle bien sûr le modèle beethovenien et ce n’est pas par hasard que pendant les décennies qui ont suivi la création de la Symphonie de Franck, Romain Rolland, Paul Dukas et tant d’admirateurs l’ont appelé 'l'autre ré mineur’ en référence à la IX° de Beethoven. 

La Symphonie de Chausson est beaucoup plus influencée par Wagner que par Beethoven ; en outre elle poursuit un programme, pas nécessairement explicité par le compositeur, mais tellement exprimé dans la musique, d’élévation des ténèbres vers la lumière, de rédemption au sens wagnérien. Du point de vue formel, elle n’a pas la perfection de celle de Franck, mais on l’aime comme une œuvre tellement singulière, regorgeant d’inspirations fulgurantes et de prémonitions de couleurs impressionnistes.

La symphonie n°4 de Bruckner à Bruges avec Anima Eterna

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Ce samedi 27 janvier a lieu le concert de l’orchestre Anima Eterna Brugge au Concertgebouw de Bruges. Ils sont placés sous la direction de Pablo Heras-Casado, l’un des quatre chefs attitrés de l’ensemble. Au programme, un mastodonte du répertoire symphonique : la Quatrième Symphonie dite « Romantique » en Mib majeur d’Anton Bruckner. C’est la version révisée de 1880 qui nous est proposée ce soir. Le concert est d’ailleurs enregistré et fera l’objet d’un disque pour le label Harmonia Mundi.

Tout d’abord, quelques mots concernant Anima Eterna. Cet ensemble, créé par Jos van Immerseel en 1987, est un orchestre à projets se réunissant six fois par an. Leur but est de travailler rigoureusement et de manière historiquement informée des pièces du répertoire. Ils se sont notamment démarqués avec un cycle sur les symphonies de Beethoven ou encore grâce à des œuvres de Mozart et Schubert. Anima Eterna propulse dans le présent la musique écrite entre 1750 et 1945 grâce à son étude des sources historiques. L’orchestre est composé de musiciens internationaux. Il n’y a pas d’auditions pour entrer dans cet orchestre puisque les musiciens sont choisis sur la base des affinités artistiques.

Avant que l’orchestre n’entre sur scène, une présentation a lieu afin de présenter le projet et le but de celui-ci. Nous apprenons ainsi que l’orchestre joue sur des instruments historiques de l’Europe centrale. Le présentateur fait venir sur scène quatre membres de la section de cuivres afin d’expliquer quels instruments ils ont choisis et pourquoi ils les ont choisis.