Prokofiev entre chez Henle
Serge Prokofiev (1891-1953) : Visions fugitives, Henle HN 1158, ISMN 979-0-2018-1158-1 et Sonate pour piano N° 7, Op. 83, HN 1620, ISMN 979-0-2018-1620-3
Serge Prokofiev (1891-1953) : Visions fugitives, Henle HN 1158, ISMN 979-0-2018-1158-1 et Sonate pour piano N° 7, Op. 83, HN 1620, ISMN 979-0-2018-1620-3
Wiener Oktett The Decca Recordings. 1948-1972. Livret en anglais. 24 CD Decca Eloquence 484 2220.
New Vienna Octet. Vienna Wind Soloists The Decca Recordings. 1977-1992. Livret en anglais. 18 CD Decca Eloquence 484 2248.
Frédéric Chopin (1810-1849) : Études op. 10 et op. 25. Anastasia Zorina, piano. 2023. Notice en allemand, en anglais et en français. 61’11’’. TYXart TXA24186.
La musicologue Caroline Potter fait paraître un livre tant magistral qu'essentiel pour notre connaissance de Pierre Boulez : Pierre Boulez: Organised Delirium aux éditions britanniques Boydell & Brewer. Ce livre passionnant nous plonge dans les jeunes années d’un Pierre Boulez étudiant au Conservatoire de Paris, mais cet ouvrage ne se cantonne pas à une simple biographie, il nous immerge dans le tourbillon du contexte artistique bouillonnant. On découvre ainsi des influences, passées jusqu’à ici inaperçues dans la construction intellectuelle du jeune homme, énergique et tempétueux comme un lion écorché.
Votre livre se concentre sur les jeunes années de Pierre Boulez quand il était un jeune homme turbulent, dans le Paris d'après-guerre, et sur ses premières œuvres. Qu'est-ce qui vous a amenée à consacrer un ouvrage spécifiquement à Boulez et à cette période ?
Je peux faire remonter cette idée à un moment précis : le 6 octobre 2013 à Londres, Tamara Stefanovich a donné un récital de piano avec la monumentale Deuxième Sonate de Boulez (1948). C'était une performance extraordinaire. Ce qui m’a surtout frappée, c’est la force émotionnelle et déchirante de la sonate de Boulez et son impact bouleversant sur moi. Je me demandais déjà pourquoi ce que je connaissais de la littérature sur Boulez ne parlait pas de ce genre de réaction émotionnelle. Je n’ai jamais compris pourquoi on considère Boulez comme un compositeur cérébral et froid et à ce moment-là, je savais que j’avais quelque chose à dire sur sa musique et que j’écrirais un jour à ce sujet.
Pourquoi cette période? Boulez n’était pas du tout un enfant prodige en musique, mais il est devenu le compositeur qu’on connaît étonnamment vite -la première œuvre qu’il reconnaît, Notations pour piano, date de 1945 et en 1946, il a écrit la première version du Visage nuptial. Et je montre que les idées qu’il a conçues durant cette période sont restées importantes tout au long de sa carrière de compositeur.
rescendo Magazine est heureux de vous présenter la sélection de ses Millésimes 2024. Un panorama en 13 albums et DVD qui vous propose le meilleur du meilleur des parutions.
Pour ce cru 2024 des Millésimes de Crescendo Magazine, la rédaction vous présente un nouveau prix consacré à la mise en œuvre de l’art des compositrices. Ce Millesime Matrimoine ambitionne de mettre en avant une initiative qu’elle soit déclinée en phonographe, livre, partition, série de concerts… Ce premier Millésime récompense un album CPO consacré à la compositrice Johanna Senfter par le Else Ensemble, une redécouverte importante.
Le Millésime “enregistrement de l’année” récompense le coffret Erato en hommage à l’art de la grande Catherine Collard. Ce coffret qui présente l’intégralité des albums de la grande musicienne pour les labels Erato, EMI et Virgin, remet enfin à disposition des enregistrements incontournables comme ses gravures dédiées à Robert Schumann.
La scène musicale belge est représentée par deux parutions majeures des ensembles Het Collectief (Messiaen/Murail chez Alpha) et Clematis (David Pohle chez Ricercar). Du côté de la musique de notre temps, rendez-vous outre atlantique avec un opéra majeur de l'infatigable John Adams (Nonesuch) et les partitions évocatrices de Margaret Brouwer une compositrice à découvrir d’urgence (Naxos) magnifiée par la grande Marin Alsop.
Ces Millésimes mettent aussi en avant des découvertes comme l’opéra occitan Daphnis et Alcimadure de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (Ligia), des relectures magistrales des chefs d’oeuvres à l’image de Schumann par le pianiste Sergey Tani (Prospero) ou Purcell en perspective par Jean-Luc Ho au clavecin (Musica Ficta).
Cette année 2024 marque les anniversaires Gabriel Fauré et Bedřich Smetana. Du premier, saluons l’album que lui a consacré la pianiste Aline Piboule (Harmonia Mundi) et du second, réjouissons de l’interprétation du cycle intégral de Ma Patrie par Semyon Bychkov et l’Orchestre philharmonique tchèque (Pentatone).
Les parutions phonographiques se plaisent à proposer des confrontations éditoriales et celle qui place en relief à l’orgue Jean-Sébastien Bach et Trevor Grahl (Cobra Records) est fabuleuse.
Enfin, même si les partitions en DVD se font de plus en plus rares, il ne faut pas manquer le DVD Bel Air qui propose Platée de Rameau dans le cadre de l’Opéra Garnier.
Cette sélection n'est bien sûr qu’une fenêtre éditoriale sur les parutions qui, en dépit des difficultés du marché et de la baisse d’intérêt certain pour les parutions, ne cessent de nous parvenir. Crescendo Magazine est heureux de continuer à proposer des centaines de critiques de parutions par an, qu’elles soient aux formats physiques, numériques ou vidéo.
Heinrich Schütz (1585-1672) : Il Primo Libro de Madrigali SWV 1-19. Les Arts Florissants, dir. Paul Agnew. Miriam Allan, Hannah Morrison, soprano. Mathilde Ortscheidt, Nicolas Kuntzelmann, alto. Paul Agnew, Sean Clayton, ténor. Jonathan Sells, Anicet Castel, basse. Livret en français, anglais, allemand. Texte des paroles en italien, traduction trilingue. 2022. 60’54’’. Harmonia Mundi HAF 8905374

Origins. Arno Babadjanian (1921-1983) : Prélude, Vagharshapat Dance, Impromptu, Capriccio, Sonate Polyphonique, Elégie ; Gérard Gasparian (né en 1960) : Ballade, Poème ; Aram Khachaturian (1903 – 1978) : Toccata opus 11, Spartacus “Adagio de Spartacus et Phrygia” de Spartacus ; Komitas (1869 – 1935) : 6 danses (extraits). Jean-Paul Gasparian, piano. 2023. Livret français et anglais. 58’00’’ Naïve V8444.
Avec son nouveau spectacle, Grace, sous-titré Jeff Buckley Dances, le chorégraphe Benjamin Millepied met en mouvements la vie et l’œuvre du chanteur et guitariste américain Jeff Buckley. En convoquant également le cinéma et la comédie musicale, il propose une plongée saisissante et sensible dans l’univers éphémère et puissant de cette étoile filante du rock de la fin des années 90.
La grande salle de la Seine musicale (Boulogne-Billancourt) accueille actuellement le nouveau spectacle du chorégraphe Benjamin Millepied, Grace, consacré au chanteur et guitariste américain Jeff Buckley. Pendant que les 3200 personnes du public s’installent dans les gradins de cette vaste arène, de lentes et pénétrantes ondulations musicales se font entendre, jouées par Ulisse Zangs, auteur-compositeur mais également danseur.
Puis les lumières s’éteignent, le silence se fait et Ulysse s’avance, seul sur scène avec sa guitare. Peu à peu, ses ondulations musicales s’agrègent en une série d’accords. Un banc se trouve au milieu de la scène ; il s’y assoit, rejoint par une jeune femme, Victoria Rose Roy, armée d’un micro. Ensemble ils reprennent, dans un joli duo vocal, la chanson Song to the Siren, de Tim Buckley. Sa nostalgie, elle aussi pénétrante, donne le ton du spectacle : la grâce est un rêve inaccessible, comme celui de pouvoir toucher une sirène. Et pourtant, la quêter permet de s’élever, même fugacement. Jeff Buckley a consacré son unique album à cette notion, expliquant notamment que “la grâce est ce qui compte dans tout, surtout dans la vie, la croissance, la tragédie, la douleur, l’amour, la mort. Elle empêche de saisir l’arme trop rapidement” (Muchmusic interview, Toronto, Canada, 28 octobre 1994).
Rita Strohl (1865-1941), volume 3 : Symphonie de la forêt ; Mélodies avec orchestre : Les Cygnes, La flûte de Pan, La Momie, La cloche fêlée ; Yajnavalkya, mystère sacré en trois actes : Prélude de l’Acte II. Marie Perbost, soprano ; Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Orchestre national d’Île-de-France, direction Case Scaglione. 2023. Notice en français et en anglais. Textes chantés avec traduction anglaise. 74’. La Boîte à pépites BAP 10.
Alors que la fermeture du Palais Garnier pour travaux vient enfin d'être officialisée, d'aucuns noteront que certaines productions, pourtant récemment rentrées aux répertoires, pourraient elles aussi bénéficier d'une rénovation. Les liens de MacMillan avec la Grande Boutique ne sont au demeurant pas nouveaux ; la seule saison 78/79 -rappelons que Mayerling fut créé à Covent Garden le 14 février 1978- avait vu donner trois de ses œuvres avant que l'intéressé ne vienne personnellement remonter l'Histoire de Manon en 1990.
Tel ne fut hélas pas le sort de Mayerling qui attendit 30 ans après la mort de son démiurge pour arriver à l'ONP. Conséquence logique, il faut désormais traiter avec les ayants-droits et les modifications deviennent bien ardues -on note au demeurant que les dernières secondes du premier acte sont fort édulcorées par rapport à la version d'outre-Manche. Il y aurait pourtant fort à faire, tant cette production demeure par bien des aspects, notamment les lumières, étoffes et palettes chromatiques de Georgiadis et Pantani, un archétype londonien de son époque.