Stéphane Orlando et Henri Storck, le son et l’image d’une même relation

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Stéphane Orlando fréquente obstinément l’image animée (et muette) depuis une vingtaine d’années : à la Cinematek, il est pianiste et improvisateur et ce soir, deux pas plus loin, il prend la scène de la salle Henry Le Bœuf, à la tête de l’Ensemble Musiques Nouvelles (qui s’investit volontiers dans des projets mêlant les disciplines) et devant deux œuvres majeures d’Henri Storck, le père fondateur du documentaire en Belgique.

« Un ciné-concert, c’est toujours un moment, unique et vivant, où des musiciens, d’aujourd’hui, font revivre un moment, unique du passé ». L’exercice est ambivalent : quelle place tient la musique par rapport à l’écran ? Quel sens (l’ouïe, la vue) le public privilégie-t-il ? D’ailleurs, s’agit-il de spectateurs ou d’auditeurs ? Comment les musiciens se connectent-ils à l’histoire qui se déroule dans leur dos ? A quoi veille le chef : à l’orchestre, à la projection, à l’interaction entre les deux ? La musique se cantonne-t-elle à un décor sonore ? Ajoute-t-elle une signification à la narration ? En dérive-t-elle le cours ?

Au fond, improviser devant l’image ou écrire pour elle, en quoi la mission diffère-t-elle pour le compositeur ? La réponse, aujourd’hui à Bozar, dans cette belle acoustique d’un Victor Horta qui, de retour des Etats-Unis, fait évoluer son Art nouveau vers un Art déco plus monumental et géométrique, semble ne pas laisser de place au doute : « l’intention est la même, créer une relation entre les images et le public ».

Un portrait du violoniste Jean Fournier rappelle son élégante musicalité 

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Œuvres de Ludwig van Beethoven (1770-1827), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Igor Strawinsky (1882-1971), Ernest Bloch (1880-1959), Jean Martinon (1910-1976), Josef Suk (1874-1935), Claude Debussy (1862-1958), Gabriel Fauré (1845-1924), Joseph Haydn (1732-1809), Franz Schubert (1797-1828), Johannes Brahms (1833-1897), Antonín Dvořák (1841-1904), Fritz Kreisler (1875-1962), Christoph Willibald Gluck (1714-1787), Manuel de Falla (1876-1946) et Isaac Albéniz (1860-1909). Jean Fournier, violon ; Ginette Doyen, Paul Badura-Skoda, André Collard et Jacques Février, piano ; Antonio Janigro et Pierre Fournier, violoncelle ; Orchestre de l’Opéra d’État de Vienne, direction Milan Horvat et Hermann Scherchen. 1952-1957. Notice en allemand et en anglais. Environ onze heures de musique. Un coffret de 10 CD Profil Hänssler PH22003.

A Genève, un sublime Grigory Sokolov

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Pour sa prestigieuse saison ‘Les Grands Interprètes’, l’Agence de concerts Caecilia invite une fois de plus le grand pianiste Grigory Sokolov au Victoria Hall de Genève le jeudi 7 avril.

Devant une salle comble, l’artiste présente un programme Beethoven – Brahms – Schumann en commençant par une page moins connue du maître de Bonn, les Quinze Variations et Fugue en mi bémol majeur op.35 dites Variations Eroica. Le thème figurant dans le ballet Die Geschöpfe des Prometheus puis repris dans le final de la Symphonie Héroïque, Grigory Sokolov l’expose pianissimo à la basse tout en martelant les si bémol aigus qui le concluent, avant de développer l’introduction en étirant chaque ligne avec une extrême précision. En une architecture rigoureuse, il enchaîne les variations en répondant à une main gauche vrombissante par des traits de la droite parsemés d’acciaccature agressives. Et la Fugue conclusive bénéficie d’un jeu articulé qui clarifie l’entrelacs mélodique.

Les Trois Intermezzi op.117 de Johannes Brahms impressionnent par leur sonorité décharnée. Le Premier en mi bémol majeur, à fleur de clavier, n’est que tristesse résignée, alors que le Deuxième en si bémol mineur est enveloppé de volubiles demi-teintes laissant affleurer d’anxieuses interrogations. Le Troisième en ut dièse mineur s’étire en une progression tourmentée qui devient pathétique, mais qui laisse les voix intérieures imposer peu à peu un réconfort apparent.

Maria-João Pires à Monte-Carlo avec l'OPMC

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La pianiste Maria-João Pires était l’invitée de prestige de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo sous la direction de Kazuki Yamada, son directeur musical et artistique pour des concerts à l’Auditorium Rainier III de Monaco et au Festival de Pâques d’Aix-en-Provence. 

Le public retrouve la pianiste dans le Concerto n°9 "Jeunehomme" de Mozart, l’un de ses favoris. Pires capture l'esprit du compositeur comme personne. Chacun de ses doigts est possédé comme par des anges, c'est un don qui ne s'apprend pas. Elle a un phrasé unique, une qualité de pianissimo, legato et staccato sublime, tout coule de source.  Le public lui réserve un triomphe et Pires prolonge le bonheur avec un bis : le célèbre Clair de lune de Debussy.

Le quatuor MP4 et Jean-Luc Fafchamps : un sympathik Piknik à Flagey

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Cela se passe à midi, un verre et un sandwich inclus dans le prix (serré) du ticket : les Piknik Concerts se concentrent le plus souvent sur les albums releases de piano, de musique de chambre ou de jazz – aujourd’hui, Carnets de Voyage, de Jean-Luc Fafchamps, enregistré à Flagey et présenté par le l’ensemble MP4 car, « pour avoir joué mes quatuors un peu partout, c’est eux qui les connaissent le mieux ». 

Quatrième mouvement des Désordres de Herr Zoebius, créé en 2003 par le Quatuor Danel -il s’empare de la première pièce pour cet effectif écrite par le compositeur, qui la peaufine pendant plus de 10 ans-, Chant magnétique clôt un quatuor en recherche de limite, une recherche à l’autodérision infiltrée de modestie, comme en témoignent des titres à la façon d’Edgar-Pierre Jacobs, une limite où le complexe deviendrait désordre à nos oreilles : une mélodie microtonale faussement ethnique (slave ? balkanique ? mais non…), à l’équilibre précaire et d’une beauté plombante.

Au court et mélancolique Nuages gris de Franz Lizst arrangé pour quatuor à cordes succède, car il s’en souvient, même de fort loin, Nuages vus du ciel, morceau de 2009 pour trio à cordes et clavier (ici, Fafchamps est au piano), qui déploie une caressante pluie de perles, égrenées avec une irrégularité irréelle sur un plancher de chêne à peine ciré : le piano, préparé, est aérien, les cordes chuchotent, les corps des instruments percutent -et déjà, c’est fini.

Le Choix d’Hercule et le Dettingen Te Deum, stimulant écho du Festival Haendel de Göttingen

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Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : The Choice of Hercules, oratorio HWV 69. Dettingen Te Deum, HWV 283. Diana Moore, mezzo-soprano. Fflur Wyn, Rachel Kelly, soprano. Nathan Haller, ténor. Cody Quattlebaum, baryton-basse. Christ Church Cathedral Choir, dir. Stephen Darlington. FestspielOrchester Göttingen, dir. Laurence Cummings. Mai 2018. Livret en allemand, anglais ; paroles en anglais et traduction allemande. TT 49’11 + 37’38. 2 CDs Accent ACC 26415