Peter Donohoe complète brillamment son intégrale  des chansons sans paroles de Mendelssohn

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Felix Mendelssohn (1809-1847) : Lieder ohne Worte, volume 2. 17 Variations sérieuses op. 54 ; Lieder ohne Worte : Livre I op. 19 b n° 5 et 6 ; Livre II op. 30 n° 1, 2, 5 et 6 ; Livre III op. 38 n° 1, 3, 4 et 5 ; Livre IV op. 53 n° 1, 3 et 6 ; Livre V op. 67 n° 6 ; Livre VI op. 102 n° 3, 4 et 5 ; Phantasie op. 15 ; Scherzo du « Songe d’une nuit d’été », transcription de Serge Rachmaninov. Peter Donohoe, piano. 2021/22. Notice en anglais, en allemand et en français. 81.26. Chandos CHAN 20267.

A l’OSR, Charles Dutoit grand seigneur 

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Au cours de ces dernières saisons, Charles Dutoit a accepté régulièrement l’invitation à diriger l’un des concerts de l’Orchestre de la Suisse Romande. Bardé de deux prix prestigieux, la ‘Royal Philharmonic Society Gold Medal’ et le ’Premio Una vita nella musica’ remis par le Teatro La Fenice de Venise, il défie aujourd’hui le poids de ses quatre-vingt-six ans avec une vigueur qui abasourdit.

Entièrement consacré à la musique française, son programme comporte la première exécution d’une nouvelle révision de l’orchestration du Concerto pour piano et orchestre de Ravel. Mais il débute par la musique de scène que Gabriel Fauré élabora en mai 1898 pour les représentations londoniennes du Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck. Charles Dutoit en aborde le Prélude dans un tempo extrêmement lent empreint de mystère, dominé par un legato expressif dont la charge émotionnelle sera décantée par le cor lointain et le violoncelle solo réexposant pianissimo le motif initial. La Fileuse est dépeinte par le moto perpetuo des cordes déroulant l’écheveau, alors que le hautbois développe sa cantilène qu’assombrit l’intervention du cor et de la clarinette. La Sicilienne oscille au gré de la flûte et de la harpe imitant les reflets changeants dans l’eau de la fontaine. Les bois tragiques évoquent la Mort de Mélisande en chargeant les tutti d’un extrême désespoir que les cordes dilueront en accords vides…

Intervient ensuite Jean-Yves Thibaudet qui reprend l’un de ses chevaux de bataille, le Concerto pour piano et orchestre de Maurice Ravel qu’il aborde avec un jeu clair où le trait est acéré avant de se fluidifier en arpèges amenant un cantabile sobre ponctué par une basse nerveuse. Les miroitements de la harpe produisent une atmosphère étrange dont Charles Dutoit se délecte à souligner les innovations audacieuses, tandis que le soliste livre un flux de doubles croches envenimées par le trille débouchant sur une stretta effrénée. Par contraste, l’Adagio assai n’est que méditation intériorisée, à peine troublée par une tension du tutti que dissipera le cor anglais. Le piano en ornementera la mélopée en sachant se mettre au second plan. Par contre, c’est lui qui se placera à l’avant-scène dans un Presto échevelé aux éclats fauves qui maintiendra cette dynamique haletante jusqu’aux percutants accords conclusifs. Aux insistantes requêtes de bis, Jean-Yves Thibaudet finira par céder en déroulant la Pavane pour une infante défunte comme dans un songe lointain…

Sentiments mitigés au Namur Concert Hall

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À l’occasion du premier Concours National de Trompette organisé à Namur, l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, renforcé par quatre étudiants de l’IMEP, a proposé un programme construit autour de deux concertos pour trompette.

Pour ouvrir le concert, nous avons pu entendre le très célèbre Adagio pour cordes Op.11 de Samuel Barber. Dirigés par Vahan Mardirossian, les musiciens ont très bien commencé l’œuvre, avec une belle nuance piano. Malheureusement, nous avons dû attendre de longues minutes avant qu’ils n’insufflent plus de tensions dans leur jeu. Bien que les musiciens aient été extrêmement précis d’un bout à l’autre de la pièce, c’est avec un goût de trop peu que nous sommes passés au premier concerto de la soirée.

Celui-ci était le Concerto pour piano, trompette et orchestre à cordes en do mineur Op. 35 de Dimitri Chostakovitch. Avec Tristan Pfaff au piano et Dominique Bodart à la trompette, l’orchestre nous a livré une belle prestation. Malgré un début quelque peu hésitant et un léger problème de balance entre le piano et l’orchestre, le premier mouvement fût joliment interprété. Tristan Pfaff a déployé tout son talent de virtuose dès le début de l’œuvre, tandis que Dominique Bodart a bien assuré chacune de ses interventions (la trompette ayant un rôle plutôt secondaire). Le deuxième mouvement fut beaucoup plus équilibré, bien que les pizzicato des cordes furent systématiquement inaudibles. Ce fut l’occasion d’entendre des interventions plus longues du trompettiste belge et d’ainsi pouvoir apprécier la sonorité très ronde de son jeu. Partie la plus réussie de la pièce, le troisième mouvement fut interprété avec plus d’énergie et de caractère que les précédents. La balance entre le pianiste, le trompettiste et l’orchestre était parfaite.

Très applaudi par le public, Tristan Pfaff a interprété en bis la Danse du Sabre de Khachaturian dans un arrangement pour piano seul. Impressionnant de calme et d’aisance dans cette pièce requérant une virtuosité et une précision chirurgicale, le pianiste a conquis le public.

Les affres du poète Rilke, reflétées dans un Livre d’orgue de Jacques Lenot, intensément valorisé

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Jacques Lenot (*1945) : Troisième Livre d’orgue. 1 Je suis peut-être enfoui au sein des montagnes solitaire comme une veine de métal pur ; 2 Je suis perdu dans un abîme illimité, dans une nuit profonde et sans horizon ; 3 Neige éternelle qui fait pâlir les étoiles ; 4 Que je sois le veilleur de tous tes horizons ; 5 O mon Dieu, donne à chacun sa propre mort, donne à chacun la mort née de sa propre vie où il connut l'amour et la misère ; 6 Mais des anges sont venus comme une nuée d'oiseaux ; 7 Seigneur, nous sommes plus pauvres que les pauvres bêtes ; 8 Fais, Seigneur, qu’un homme soit saint et grand et donne-lui une nuit profonde infinie ; 9 Alors se levait l’âme errante des plaines ; 10 Car la pauvreté est comme une grande lumière au fond du cœur ; 11 Et comme la main qui monte aux yeux pour cacher des larmes trop tristes ; 12 Et que sont, devant toi, tous les oiseaux qui tremblent ; 13 Et ils vont dans l’espace qu’embrasse ton regard comme vont les mains sur les cordes de la harpe ; 14 Que ne se lève-t-il dans leur crépuscule, lui l’étoile du soir de la grande pauvreté. Jean-Christophe Revel, orgue. Mars 2021. Livret en français. TT 75’18. L’oiseau prophète 007

Holger Falk magnifie les mélodies et les chansons de Darius Milhaud

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Darius Milhaud (1892-1974) : Mélodies et chansons, volume 1 : Trois Poèmes de Jean Cocteau, op. 59 ; Dans les rues de Rio op. 44a ; Poèmes juifs op. 34 ; Les Soirées de Pétrograd op. 55 ; Quatre Poèmes de Léo Latil, op. 20 ; Deux Chansons extraites de « Première Famille » op. 193 ; Vocalise op. 105. Holger Falk, baryton ; Steffen Schleiermacher, piano. 2021. Notice en anglais, en français et en allemand. Texte complet des mélodies en français avec traduction anglaise. 59.53. MDG 613 2271-2.

Deuxième volume consacré par Elinor Frey aux sonates pour violoncelle du fils Dall’Abaco

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Giuseppe Clemente Dall’Abaco (1710-1805) : Sonates en sol majeur ABV 28, en mi bémol majeur ABV 37, en ré mineur ABV 45. Duetto en sol majeur ABV 47. Duos en fa majeur ABV 48, en la mineur ABV 49. Elinor Frey, Catherine Jones, violoncelle. Michele Pasotti, théorbe. Federica Bianchi, clavecin. Avril 2022. Livret en anglais, français, allemand. TT 74’51. Passacaille PAS 1122 

Vincent Bernhardt retend les Brandebourgeois sous la haire

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concertos Brandebourgeois no 1-6 BWV 1046-1051. Mindaugas Bačkus, direction artistique, violoncelle. Vincent Bernhardt, direction musicale, clavecin. Konrad Levicki, violon. Vytenis Giknius, traverso, flûte à bec. Rodrigo Calveyra, flûte à bec. Emmanuel Laporte, Jon Olaberria, Martin Roux, hautbois. Florian Gazagne, basson. Bruno Fernandes, trompette. Nina Daigremont, Nicolas Chedmail, cor. Anna Luiza Aleksandrow-Bertash, Ivan Bertash, alto. Piotr Waclawik, Julia Karpeta, viole de gambe. Orchestre de chambre Klaipeda. 2021. Livret en français, anglais. TT 41’29 + 58’01. Indésens Calliope Records IC004

Paavo Järvi : Haydn en perspectives

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Lors de notre dernier entretien avec Paavo Järvi, nous parlions de Messiaen, à propos d’un album avec la Tonhalle de Zürich. Changement de style et d’orchestre avec cette nouvelle rencontre. En effet, le chef et Deutsche Kammerphilharmonie Bremen se lancent dans l’enregistrement des 12 Symphonies londoniennes de Haydn. C’est l’occasion de le rencontrer afin d’en apprendre plus sur ce nouveau projet, qui prend place dans les célébrations du 20e anniversaire de leur collaboration marquée par tant de projets majeurs dont une intégrale des symphonies de Beethoven qui a fait date. En marge des concerts à Bremen, Paavo Järvi s’entretient avec Thimothée Grandjean. 

Vous êtes le directeur artistique de la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen depuis 2004. Quel bilan rétrospectif tirez-vous de ce parcours commun ? 

J’ai réalisé de nombreux projets et concerts avec la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen. J’occupe le poste de directeur artistique depuis presque 20 ans mais l’aventure a déjà commencé en 1995, lors de mon premier concert avec cet orchestre. J’entretiens d’excellentes relations aussi bien sur le plan musical que sur le plan personnel. Arturo Toscanini a dit une phrase célèbre : « toute chose de plus de sept ans est trop longue ». Pourtant je dirige cet orchestre depuis plus de 27 ans, c’est donc possible.

La spécificité de cet orchestre est qu’il n’est pas un orchestre normal. Il n’y a pas de répétitions tous les lundis, il n’y a pas de routine. Cet ensemble fonctionne par projets et non pas par semaines. Lors de la création de cet orchestre, le but était d’éviter d’installer une routine et d’offrir de la flexibilité aux musiciens. De plus, nous avons beaucoup voyagé et fait un nombre incalculable de concerts dans des villes, des pays et des continents différents. Pour finir, j’ai une réelle compréhension musicale avec cet orchestre à l'identité forte et bien définie. Ils défendent leur façon de jouer depuis plusieurs décennies maintenant.

Un mandat aussi long, c’est désormais exceptionnel, les chefs d’orchestres restent rarement plus de 10 ans en place. Quels sont les secrets de la longévité de votre collaboration ?

Si vous avez un projet commun intéressant pour l’orchestre et le chef, cela fonctionnera toujours. C’est d’ailleurs notre cas ici à Brême. Par exemple, un de nos projets a été de travailler sur l’intégrale des symphonies de Beethoven. Nous nous sommes plongés dans ces œuvres, les avons longtemps travaillées, données en concerts et finalement enregistrées. C’est un travail de longue haleine et de profondeur qui a été réalisé afin d’obtenir un résultat de qualité. Ensuite, nous avons fait la même chose avec Schumann, bien qu’avec une approche différente. Il s’agit donc d’identifier et de travailler d’une manière unique parce que, dans le monde d’aujourd’hui, tout est bien joué mais pas toujours de la meilleure manière qu’il soit. C’est un petit peu le problème actuel, les interprétations sont d’un bon niveau, mais les orchestres ne prennent plus le temps nécessaire pour travailler les pièces en profondeur. C’est donc ce que nous essayons de faire ici avec la DKAM. Nous abordons avec minutie un répertoire spécifique qui correspond à l’identité et à la culture que nous développons. La DKAM est considérée comme l’un des meilleurs orchestres de chambre au monde.


Pouvez-vous nous parler de votre expérience de travail avec cet orchestre et de ce qui le rend la DKAM si spéciale ?

La structure est particulière. Il s'agit d'un orchestre qui fonctionne et s'autogère. Leur vie est pour ainsi dire entre leurs mains. Ils prennent leurs propres décisions, que ce soit sur le plan musical ou sur des questions plus pratiques. Ils n’y a pas la routine de beaucoup d'autres orchestres, en raison de la nature de leurs projets. Il s'agit d'un groupe de passionnés qui ont vraiment créé l'orchestre pour eux-mêmes. C'est une grande différence, car la plupart des orchestres auditionnent des musiciens qui deviennent ensuite des employés de l'organisation. Ici, ils sont copropriétaires. Une fois qu'ils sont acceptés dans l'orchestre, ils en deviennent les actionnaires. Cela change considérablement l'attitude. D'autre part, comme il n'y a pas la sécurité de la plupart des orchestres, chaque concert est important, chaque répétition est importante. Il n'y a pas de sécurité sur laquelle on puisse s'appuyer. Cela crée bien sûr une atmosphère extrêmement concentrée et particulière.