The Snow Queen de Hans Abrahamsen : fascinante, mais déroutante…

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Hans Abrahamsen (°1952) : The Snow Queen, opéra en trois actes. Version anglaise. Barbara Hannigan (Gerda), Rachael Wilson (Kay), Katarina Dalayman (La Grand-Mère, La vieille dame, la Finnoise), Peter Rose (La Reine des neiges, Le Renne, L’Horloge), Caroline Wettergreen (La Princesse), Dean Powers (Le Prince), Kevin Conners (La Corneille de la forêt), Owen Willetts (La Corneille du château) ; Thomas Grässle, Louis Veronik, Anna Ressel, Sophie Veronik, comédiens ; Bayerischer Staatsopernchor ; Bayerisches Staatsorchester, direction Cornelius Meister. 2019/20. Notice et synopsis en allemand et en anglais. Pas de livret. 116.35. Un DVD Bayerisches Staatsoper Recordings BSOREC1002 (Aussi disponible en Blu-Ray).

A Genève, un Pogorelich ahurissant 

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Alors que la plupart des sociétés de concert genevoises proposent régulièrement les mêmes têtes d’affiche, l’Agence MusiKa s’ingénie à faire appel à des pianistes moins médiatisés comme Arcadi Volodos ou Ivo Pogorelich qui, au Victoria Hall le jeudi 24 février, a dédié l’intégralité de son programme à cinq œuvres majeures de Fryderik Chopin.

Depuis plus de quarante ans, sa réputation d’artiste innovateur brisant les tabous conventionnels n’est plus à faire. Et la preuve en est donnée immédiatement par la Polonaise-Fantaisie en la bémol majeur op.61 dont l’introduction est énigmatique par ses cadenze arachnéennes noyées dans la pédale qui désarticulent la transition jusqu’au a tempo giusto extrêmement retenu, s’allégeant avec l’Agitato abondamment ornementé. Quelle poésie enveloppe le Poco più lento, choral blafard qui fait chanter les basses sous la ligne de chant. Le da capo des mesures initiales contraste par sa lenteur avec la péroraison triomphante dont le dessin devient anguleux sur une main gauche délibérément appuyée. 

La Troisième Sonate en si mineur op.58 est tout aussi surprenante avec un Allegro maestoso qui accumule les brefs segments mélodiques jusqu’à la boursouflure. Mais le Sostenuto se liquéfie par les moirures d’un phrasé libre qui se pare d’arabesques évanescentes. Le Scherzo virevolte de mille couleurs qui laissent affleurer de mystérieuses inflexions dans le trio, alors que le Largo se veut péremptoire dans le declamato précédant le cantabile à fleur de touche s’appuyant sur une basse estompée qui assimilera le da capo à une lointaine réminiscence. Quant au Final, il est emporté par une houle vrombissante qui privilégie le grave au détriment d’une mélodie à peine perceptible.

Chostakovitch : contrastes symphoniques

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En ce deuxième jour du “Chostakovich Festival : The Other Revolutionary”, c’est l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège qui nous a accueilli dans la salle Henry Le Boeuf à Bozar. Au programme, deux pièces de Dmitri Chostakovitch et son orchestration des Chants et danses de la mort de Modeste Moussorgski.

C’est sous la baguette de Marko Letonja, qui remplace Michail Jurowski qui a dû annuler  sa venue, que se déroule cette représentation. Le chef slovène, grand admirateur de Chostakovitch, est un habitué du compositeur. Il lui a, par exemple, consacré en 2019 un cycle de concerts avec l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg. 

Le concert débute avec la Suite Katerina Ismailova, op. 114a. La suite est une sélection d’extraits instrumentaux de l’opéra Lady Macbeth du district de Mtsensk. Composé en 1932, l’opéra rencontre un beau succès, jusqu’à la parution d’une critique, non signée, dans le journal du parti communiste Pravda. L'œuvre est alors interdite pendant près de trente ans. Une version censurée sera composée à la fin des années 1950 sous le nom de Katerina Ismailova. Malgré quelques petits soucis chez les vents au début de la pièce, c’est une très belle version que nous a proposé l’orchestre liégeois. Des musiciens très attentifs au moindre mouvement du chef et cela nous a offert une œuvre pleine de contraste. 

Révélation de la version récemment orchestrée des cycles vocaux de Paderewski

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Jan Ignacy Paderewski (1860-1941) : Quatre mélodies Op. 7 ; Six mélodies Op. 18 ; Douze mélodies Op. 22 [arrgmts Marcin Gumiela]. Suite en sol majeur. Nocturne en si bémol majeur, Op. 16 no 4 [arrgmt Marius Smolij]. Alina Adamski, soprano. Agata Schmidt, mezzo-soprano. Marius Smolij, Capella Bydgostiensis. Livret en anglais ; pas de texte des paroles mais elles sont disponibles sur le website de Naxos, en langue originale non traduite. Août 2020. TT 71’06. Naxos 8.579085

A Genève, un violoniste à la rescousse

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Comme une appellation tape-à-l’œil peut être vide de contenu quand elle doit montrer  la triste réalité ! Le Wiener Concert-Verein fondé en 1987 regroupe des membres de l’Orchestre Symphonique de Vienne qui ont décidé d’instaurer une collaboration avec les compositeurs autrichiens contemporains,  tout en exhumant un pan du répertoire oublié comme les symphonies d’Ignaz Pleyel ou les œuvres de Michael Haydn. Invitée par le Service culturel Migros Genève, c’est donc cette formation qui paraît au Victoria Hall le 23 février sous la direction du chef argentin Pablo Boggiano qui consacre l’essentiel du programme à Mozart. 

Inutile de faire cas de la Symphonie en ré majeur constituée par l’ouverture de La Finta giardiniera K.196 et un final postérieur K.121, car elle donne l’impression d’être bâclée en une esthétique baroquisante aux arêtes tranchantes, livrant un Andantino grazioso aux accents maladroits tournant à la grosse cavalerie dans le Final. La sublime Symphonie n.29 en la majeur K.201 révèle le manque d’empathie du chef pour ce répertoire, tant l’Allegro moderato est d’une navrante platitude en restant à la surface du propos, alors que les violons détaillent minutieusement les appoggiature puis s’ingénient à produire un coloris triste dans un Andante pris à tempo plutôt rapide. Sous la conduite d’une baguette qui n’a jamais de premier temps, le Menuetto anodin cède la place à un Final plus convaincant qui recherche judicieusement les contrastes d’éclairage.

Fabuleux Igor Levit

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Pour clôturer en beauté le mini-festival consacré à Chostakovitch par Bozar et le Belgian National Orchestra sous le curieux titre « The Other Revolutionary » (l’autre révolutionnaire, mais par rapport à qui ?), le pianiste Igor Levit qu’on sait aussi artistiquement ambitieux qu’insolemment doué avait choisi d’offrir à un public venu en nombre et connaisseur (quasi pas de toux pendant près de trois heures de musique, juste une impardonnable sonnerie de téléphone portable en deuxième partie et des bruits de chute de quelque chose -peut-être l’excellent et volumineux programme- de temps à autre) l’intégrale des 24 Préludes et Fugues, Op. 87 du compositeur russe.

On sait le pianiste germano-russe toujours prompt à commenter les événements de l’heure. Avant même que ne retentît la première note du cycle, Igor Levit annonça dédier ce concert « au peuple ukrainien mais aussi à tous ceux qui en Russie comme ailleurs s’opposent à Vladimir Poutine ». Chaleureusement applaudi, le pianiste exécuta ensuite l’hymne national ukrainien, le public se levant comme il se doit.

Trois figures du piano polonais de la première moitié du XIXe siècle

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Franciszek Lessel (1780-1838) : Polonaise nouvelle en ré majeur ; Variations en la mineur op. 15 n° 1 et n° 2. Karol Kurpiński (1785-1857) : Polonaise en la mineur ; Variations en do majeur ; Fugue et Coda sur le thème du chant des légions polonaises en Italie « La Pologne n’a pas encore péri » ; Pot-Pourri ou Variations sur divers thèmes nationaux composés au pianoforte à l’occasion des sept ans de Józef Krogulski. Józef Elsner (1769-1854) : Sonate n° 2 en ré majeur ; Polonaise en fa mineur ; Rondo à la mazurek en sol mineur. Tomasz Lupa, piano. 2020. Notice en polonais et en anglais. 73.32. Dux 1784.

La Chanson du vent de Clothilde Van Dieren 

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Oeuvres de Adolphe Biarent  (1871-1916), Hector Berlioz (1803-1869),  Charles Gounod  (1818-1893), Georges Bizet (1838-1875), Camille Saint-Saëns ( 1835-1921), Ernest Chausson (1855-1899).  Clotilde Van Dieren, mezzo-soprano ; Katsura Mizumoto, piano. 2020. Booklet en français et anglais, texte chanté en français. 54’16’. Cyprès. CYP 8614.

Chostakovitch mis à l’honneur à Bozar par le Belgian National Orchestra

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Ce concert a lieu dans le cadre du Festival Chostakovitch organisé à Bozar du 25 au 27 février. C’est donc tout naturellement que les deux œuvres interprétées ce soir sont du compositeur russe. Le Belgian National Orchestra, sous la direction de Hugh Wolff, commence avec le Concerto pour piano, trompette et cordes. Le soliste du soir est l’excellent Lucas Debargue, rapidement devenu une star du piano depuis son 4e Prix du Concours Tchaïkovski en 2015. Il sera accompagné des cordes du BNO et du chef de pupitre des trompettistes Léo Wouters. Ensuite, ils interprètent la Symphonie n°13 « Babi Yar » avec l’ensemble vocal Octopus et Mikhail Petrenko.

Avant le concert, un mot concernant la situation en Ukraine : il est souligné que des musiciens d’origine russe et ukrainienne font partie de l’orchestre et jouent ensemble. Une minute de silence est observée pour rendre hommage aux victimes de ce conflit.

Le Concerto, en quatre mouvements, est une pièce humoristique qui reflète une période héroïque, animée et pleine de joie de vivre. Dans le premier mouvement, le pianiste joue de manière puissante et presque hypnotisante, et il fait résonner le piano dans salle Henry Le Boeuf. Il est accompagné par des pizzicati précis, avec un chef qui mène son orchestre à la baguette et un trompettiste qui vient ponctuer certaines phrases du piano. Le deuxième mouvement est une valse lente. Le début est assez neutre jusqu’à l’arrivée du pianiste. Un moment calme et apaisant se profile avec l’intervention du trompettiste en sourdine mais avec plusieurs fausses notes. Le troisième mouvement est un intermezzo assez court, sans trompette, qui commence avec le pianiste, rejoint par les cordes avant d'enchaîner avec le dernier mouvement, un Allegro con brio où nous pouvons apprécier une belle connexion entre le soliste, le chef et l’orchestre. La cadence est jouée dans un style assez  guilleret. Nous avons droit à un véritable récital du pianiste, accompagné par un orchestre très précis grâce à son chef et un trompettiste solennel malgré sa prestation en demi-teinte. Le Concerto est dûment applaudi par le public et le pianiste français nous gratifie d’un bis de toute beauté : le mouvement lent, à l’allure de mazurka, d’une sonatine du compositeur polonais Milosz Magin.