Macbeth de Pascal Dusapin : très beau et très laid, inventif et convenu

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A peine deux ans après sa création remarquée à La Monnaie à Bruxelles, « Macbeth Underworld », le huitième opéra de Pascal Dusapin, nous revient dans une nouvelle co-production, celle du Staatstheater Saarbrücken et des Théâtres de la Ville de Luxembourg.

C’est à la fois très beau et très laid, inventif et convenu. 

La beauté et l’inventivité sont musicales ! Pascal Dusapin nous invite à retrouver le couple maudit dans « un monde souterrain », aux enfers, en enfer. Macbeth et Lady Macbeth sont condamnés à revivre leurs péripéties maudites : « Regardez ! Ils reviennent encore et encore. Ils vont chanter encore et encore les choses qu’ils ont faites. » Cette idée de « retrouver » les personnages d’une grande oeuvre, Pascal Dusapin l’a déjà exploitée dans son « Passion » : Eurydice refusait de suivre Orphée, préférant demeurer aux enfers.

La partition, bien servie par le Saarländisches Staatsorchester dirigé par Julius Thorau, est magnifique, convaincante et séduisante dans des exigences qui ne rebutent pas. Le compositeur multiplie les atmosphères, avec notamment de superbes séquences confiées à un archiluth solo, des interventions d’un orgue, une panoplie absolument significative de percussions, dont certaines, exotiques, viennent même de la collection personnelle de Pascal Dusapin. Vocalement, il donne à entendre aussi, avec une identique exigence, notamment dans l’amplitude des tessitures, les différents modes d’expression, du chuchotement au style récitatif, de la chanson populaire au sprechgesang. C’est convaincant parce que dramaturgiquement pertinent. Une partition qui justifie donc et justifiera encore des reprises.

Retour de Jeanne Demessieux chez Decca Eloquence

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Jeanne Demessieux - L’Héritage Decca. Œuvres de Johann Sebastian Bach (1685-1750), Jean Berveiller (1904-1976), Dietrich Buxtehude (1637-1707), Jeremiah Clarke (1674-1707), Jeanne Demessieux (1921-1968), César Franck (1822-1890), Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Franz Liszt (1811-1886), Felix Mendelssohn (1809-1847), Olivier Messiaen (1908-1992), Édouard Mignan (1884-1969), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Heinrich Schütz (1585-1672), Charles-Marie Widor (1844-1937). Suzanne Danco, soprano. Jeanne Demessieux aux orgues de l’Église Saint-Marc, North Audley Street, Londres ; de l’Église de La Madeleine, Paris ; du Victoria Hall, Genève ; de la Cathédrale métropolitaine du Christ-Roi, Liverpool ; du Colston Hall, Bristol. L’Orchestre de la Suisse Romande, direction : Ernest Ansermet. Enregistré entre le 6 mai 1947 et le 7 septembre 1967. Édition 2021. Livret substantiel en anglais (D’Arcy Trinkwon). 1 coffret 8 CD Decca « Eloquence » 4841424. Durée : 9 h 22 min.

Trois coffrets pour trois portraits de pianistes :  Louis Kentner, Artur Balsam et Hélène Boschi

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Le label allemand Profil Hänssler poursuit sa série de coffrets dédiés à des portraits pianistiques après ceux - liste non limitative -, de Solomon Cutner, Halina Czerny-Stefánska, Sviatoslav Richter, Gina Bachauer, Emil Gilels ou Shura Cherkassky. Avec un même schéma : un panorama représentatif de l’interprète, en soliste, avec orchestre ou en musique de chambre, une notice réduite à sa plus simple expression, centrée sur des aspects biographiques, mais bénéficiant de la datation de l’exécution des pages du programme. Quant à la qualité sonore, elle a fait l’objet, la plupart du temps, d’un travail de restauration, mais ne peut pas toujours cacher l’ancienneté de certaines gravures ou les aléas de la captation en public. Proposés à prix doux, ces coffrets sont précieux, en particulier pour une meilleure (re)connaissance d’une série de pianistes qui font partie de la mémoire collective. C’est le cas pour trois d’entre eux, sujets de nouvelles publications : Louis Kentner, Artur Balsam et Hélène Boschi.

Louis Kentner (1905-1987) : Concertos et sonates de Johannes Brahms, Béla Bartók, William Walton, Mili Balakirev, Antonin Dvořák, Sergei Lyapunov, Franz Liszt, Jean-Sébastien Bach, Wolfgang Amadeus Mozart, Ludwig van Beethoven, Maurice Ravel, Ernest Chausson et Jenö Hubay. Louis Kentner, piano ; Yehudi Menuhin, Henry Holst, Jenö Léner et Erica Morini, violon ; Frederick Riddle, alto ; Gaspar Cassado et Anthony Pini, violoncelle ; Reginald Kell, clarinette ; Quatuor Pascal ; BBC Symphony Orchestra, direction Sir Adrian Boult ; Orchestre Philharmonia, direction Harry Blech ; Sadler’s Wells Orchestra, direction Constant Lambert. 1929-1961. Notice en allemand et en anglais. Plus de dix heures de musique. Un coffret Profil Hänssler de dix CD PH20085.

Airs sérieux et à boire, volume 3, par les Arts florissants et William Christie

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N’espérez plus, mes yeux… Airs sérieux et à boire, volume 3. Airs de cour et pièces instrumentales de Claude Lejeune (c. 1530-1600), Etienne Moulinié (1599-1676), Pierre Guédron (c. 1565-1620), Antoine Boesset (1587-1643), Pierre Verdier (c. 1627-c. 1706) et Anonymes. Les Arts florissants, clavecin et direction William Christie. 2019. Notice en français, en anglais et en allemand. Textes des airs chantés, avec traductions anglaise et allemande. 81'40''. Harmonia Mundi HAF 8905318.

Johann Strauss et le cavalier Pásmán de l’ennui 

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Johann Strauss II (1825-1899) :  Ritter Pásmán. Josef Hopferwieser (Karl Robert von Anjou), Sona Ghazarian (Königin), Artur Korn (Ritter Pásmán), Trudeliese Schmidt (Eva), Eberhard Waechter (Rodomonte), Horst Witsche (Omodé), Axelle Gall (Gundy), Peter Drahosch (Mischu), ORF Radio-Symphonieorchester Wien, Heinz Wallberg ; Johann Strauss II : Musiquede ballet  de Ritter Pásmán ; Slovak State Philharmonic Orchestra, Alfred Walter. 1975-1993. Livret en anglais et allemand. Pas de texte chanté. 133”. 2 CDs. Orfeo  C 20062.

L’orgue de Beethoven et quelques contemporains

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The Organ in the Age of Beethoven. Andrea Luchesi (1741-1801) : Sonate en ut. C. Guillaume Lasceux (1740-1831) : Symphonie concertante en sol (offertoire). Christian Gottlob Neefe (1748-1798) : Sonate en ré mineur. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fugue en ré WoO 31 ; Fugue en ré mineur Hess 238-2 ; Adagio assai, Allegro non più molto WoO33. Justin Heinrich Knecht (1752-1817) : Andantino et six variations en fa ; Cantabile en mi bémol. Johann Georg Albrechtsberger (1736-1809) : Fugue en mi mineur. Johann Baptist Vanhal (1739-1813) : Prélude en ut. Giovanni Morandi (1777-1856) : Elevazione en mi bémol. Franz Schubert (1797-1828) : Fugue en mi mineur, opus posthume 152. Eugenio Maria Fagiani, orgue de l’église San Michele de Breno (Italie). Mai 2020. Livret en anglais. TT 77’43 Da Vinci Classics C00337

« Fast Forward » - 20 years United Instruments of Lucilin

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En fait d’anniversaire, c’est plus le 21ème que le 20ème qu’on fête, ce lundi 10 mai, au Grand Auditorium de la Philharmonie du Luxembourg, toujours en configuration minimale (100 personnes largement parsemées dans cette salle à l’acoustique accueillante), le petit virus renommé ayant rassemblé, en quelques mois, une impressionnante palette de super-pouvoirs, dont celui de se jouer des intervalles temporels au point de bouleverser tout calendrier un peu construit.

Un an plus tard et un programme (au livret copieusement illustré) remanié – du « voilà ce que nous avons fait de mieux » au « voilà vers où nous allons » –, United Instruments of Lucilin se prête à l’interview pré-concert avec bonne grâce et un zeste de réserve : la formation est née de l’envie de jouer ensemble, bien sûr, mais surtout de la volonté de choisir le programme, de se concentrer sur la création contemporaine, vaste, qui parfois effraye et souvent rejoint l’envie des musiciens de sortir de l’ordinaire. Des discussions, des centaines de créations, encore des discussions, des concerts traditionnels, des spectacles mis en scène, des improvisations, des opéras, toujours des discussions, des publics de tous âges, des collaborations, des commandes, des master class de composition et bien sûr on discute : l’ensemble se réunit virtuellement chaque quinzaine, envisage les idées de chacun pour composer le programme, tient compte de la diversité des penchants et des goûts – l’éclectisme est une valeur –, essaie de faire vivre et de concrétiser chaque projet – et cette démocratie permanente, faite aussi de tensions, résistante à la professionnalisation, construit probablement, avec la foi du début et le plaisir de se retrouver, la longévité du groupe. Danielle Hennicot (alto), André Pons-Valdès (violon) et Guy Frisch (percussions) égrènent quelques moments forts de la vie de l’ensemble : la naissance, bien sûr, The Raven de (monodrame qui envoie UIL à Paris ou à Tokyo), la rencontre avec Alexandre Schubert pour le concert-installation Black Mirror et sa réflexion sur la façon de jouer, Kein Licht, l’aventure du thinkspiel (mi-opéra mi-singspiel) de Philippe Manoury, joué près de 20 fois en 2017…