Dossier Mendelssohn (III) : la musique sacrée

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La musique sacrée, on l’oublie parfois, occupe une place privilégiée, sinon centrale, dans l’oeuvre de Felix Mendelssohn. Elle en constitue le volet le plus important en nombre, comme en témoigne toute une série d’opus, publiés ou non, qui vont de simples et brèves pièces à caractère liturgique jusqu’aux majestueux oratorios.

Si la musique d’essence spirituelle a tellement préoccupé le compositeur, ce n’est pas vraiment en tant que musicien d’église au sens strict, bien qu’il ait occupé l’un ou l’autre poste officiel dans ce domaine (chef de choeur d’église à Düsseldorf, organiste de la Cathédrale de Berlin). C’est d’abord en tant que croyant sincère, en effet, que Mendelssohn a fait preuve d’une inspiration particulière pour traduire le sens du sacré en musique. A l’image de Jean-Sébastien Bach, puissante figure tutélaire et modèle incontournable, Mendelssohn a dédié ses oeuvres sacrées au Créateur, en inscrivant en exergue l’une ou l’autre formule par laquelle il invoque Son aide au moment de coucher sur le papier le fruit de son travail. Les oeuvres qu’il écrit suite à une commande sont très rares. C’est donc mû par un réel besoin intérieur qu’il entreprend l’édification de ce gigantesque corpus, comme l’atteste cet extrait de l’une de ses lettres : "J’ai composé récemment plusieurs oeuvres sacrées, poussé par une impérieuse nécessité, tout comme il arrive que le besoin de lire tel ou tel livre en particulier, la Bible ou autre, se fasse expressément sentir et que seule la lecture de l’ouvrage puisse nous apaiser". 

Artyom Dervoed, « le tsar de la guitare », joue Koshkin et Paganini

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Nicolo PAGANINI (1782-1840) : Grand Quatuor, arrangement par Nikita Koshkin de la Grande Sonate en la majeur MS3. Nikita KOSHKIN (1956) : « Megaron », Concerto pour guitare et orchestre à cordes. Artyom Dervoed, guitare ; Alexey Lundin, violon ; Kirill Semenovykh, alto ; Daniil Shavyrin, violoncelle ; Orchestre de Chambre de Kazan, direction : Rustem Abyazov. 2020. Livret en russe et en anglais. 67.30. Melodia MEL 10 02638.

Eugène Ysaÿe en coffret

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Œuvres de Ysaÿe, Chausson, Lekeu, Franck, Debussy. Solistes, Orchestre Philharmonique Royal de Liège, Brussels Philharmonic, Coffret de 5 CDs, Texte de présentation en français, anglais et allemand, Fuga Libera, FUG 758 

Liszt en Italie avec Maciej Pikulski 

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Franz LISZT ( 1811 - 1886) : Tarentella-Venezia e Napoli S.162 ; Miserere du Trovatore (Verdi) : Paraphrase de concert S.433 ; I Lombardi (Verdi) : Salve Maria de Jerusalem, S.431 ; Rigoletto (Verdi) : Paraphrase de Concert, S.434 ; Sonetto 47   del Petrarca - Années de Pélérinage II, Italie S.161 ; Sonetto 104 del Petrarca - Années de Pélérinage II, Italie S.161 ; Sonetto 123 del Petrarca - Années de Pélérinage II, Italie S.161 ; Après une lecture du Dante: Fantasia Quasi Sonata. Années de Pélérinage II, Italie S.161. Maciej Pikulski, piano. 2018 - Livret en anglais et en français  - 74'. Orpheus   OR 7181-0246

Le label Ricercar a quarante ans (3) : enregistrements des années 2010

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Nous clôturons un choix sélectif de rééditions du label Ricercar (lire ici et ici les précedents articles), à l’occasion de ses quarante ans d’aventure discographique. Il s’agit de quatre CD, enregistrés entre 2009 et 2013.

Girolamo FRESCOBALDI (1583-1643) : Il Regno d’Amore. Mariana Flores, soprano ; Clematis (Stéphanie de Failly, violon ; Marie Bournisien, harpe ; Andrea de Carlo, basse de viole ; Quito Gato, théorbe et guitare ; Leonardo Garcia Alarcon, clavecin et orgue). 2020. Livret en anglais, en français et en allemand. 60.27. Ricercar RIC 149.

Issu d’une famille aisée, Frescobaldi étudie à Ferrare avec Luzzaschi ; à quatorze ans, il est déjà organiste. Il bénéficie aussi de l’enseignement de Gesualdo et se retrouve à Rome au service de la famille Bentivoglio dont un membre va être nommé nonce apostolique en Flandres en 1607 ; Frescobaldi l’accompagne à Bruxelles pendant une petite année au cours de laquelle il publie des madrigaux. De retour en Italie, il occupe le poste d’organiste de Saint-Pierre à Rome. Au cours de sa carrière, il est au service de plusieurs employeurs, notamment à Florence. Ricercar a publié en 2016 des œuvres pour orgue de Frescobaldi jouées par Bernard Foccroulle (RIC 372) ; le présent CD, enregistré en juin et octobre 2009 en l’église Notre-Dame de Centeilles, propose une autre facette de son art, plus précisément liée à ses relations avec Florence. C’est là qu’il publie les Arie musicali ; il dédie aussi en 1628 son premier recueil de musique instrumentale au Grand-Duc de Toscane, Ferdinand II. Dans ce panorama qui se compose de dix-huit pièces, des pages instrumentales alternent avec les parties chantées, le tout étant construit en trois parties : Canti d’amor, canti sacri et Ballo. La soprano Mariana Flores, à la voix fraîche et envoûtante, traduit avec bonheur les sentiments amoureux tout comme la désolation dramatique (sublime Maddalena a la croce) ou l’expiation des fautes, mais aussi les joies bucoliques. Des moments magiques que l’ensemble Clematis porte à un haut niveau d’élévation émotionnelle.

Les improbables du classique : Luciano Berio et les Beatles 

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La musique est parfois le témoin de rencontres improbables entre deux univers à la base complètement différents. On peine ainsi à imaginer Jay Z se rendre à un concert de Mason Bates ou Adèle se passionner pour la musique Pierre Slinckx. Mais dans les années 1960, une avant-garde musicale des plus radicales, portée par Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen, Luciano Berio ou Henri Pousseur, jeunes enragés de la composition qui veulent faire table rase du passé et des stars de la pop en recherche de nouvelles sonorités s'attirent mutuellement.

Nous évoquerons ici la rencontre bien réelle de Luciano Berio avec Paul McCartney et les Beatles qui déboucha sur l’arrangement par le compositeur de trois chansons du célèbre groupe anglais. 

Le label Ricercar a quarante ans (2) : enregistrements d’après l’an 2000

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Nous poursuivons une sélection, non exhaustive, parmi les rééditions proposées par le label Ricercar à l’occasion des quarante ans de sa fondation par Jérôme Lejeune. Après un premier article et avant un troisième article nous nous attachons ici à cinq enregistrements réalisés entre 2004 et 2009. Désormais, Ricercar a intégré le groupe Outhere mais Jérôme Lejeune en demeure le directeur artistique.

Marc-Antoine CHARPENTIER (1643-1704) : Te Deum H. 146 ; Messe pour plusieurs instruments au lieu des orgues H. 513. Claire Lefilliâtre, soprano ; François-Nicolas Geslot, haute-contre ; Bruno Botere, ténor ; Jean-Claude Sarragosse, basse ; Chœur de chambre de Namur, Les Agrémens ; La Fenice, direction Jean Tubéry. 2020. Livret en anglais, en français et en allemand. 49.49. Ricercar RIC 143

Coup de chapeau à un artiste hors du commun, Gabriel Bacquier 

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Quatre jours avant son 96e anniversaire, Gabriel Bacquier tire sa révérence avec une ultime pirouette qui sied si bien à ce personnage haut en couleurs qui pouvait jouer sur les registres les plus variés en passant des emplois légers de l’opérette et de l’opéra-bouffe aux rôles nobles de l’opéra. Sa voix de baryton ample, chaude et souple s’adaptait aisément aux personnages majeurs des répertoires français, mozartien et verdien ; et son jeu d’acteur savait les rendre intelligents et sensibles, modifiant souvent les concepts standards établis par la tradition.

Mais qui aurait imaginé que le rejeton né à Béziers le 17 mai 1924 dans une famille modeste entreprendrait une importante carrière lyrique de près d’un demi-siècle ? Passant d’une formation de graphiste chez son oncle imprimeur à un emploi de journalier aux Chemins de fer locaux, il est fasciné par le chant dont une certaine Mme Bastard lui inculque les rudiments, avant de le présenter, en octobre 1945, au Conservatoire de Paris où il aura notamment pour professeurs Yvonne Gall et Paul Cabanel. Durant l’été de 1945, avec une troupe d’amateurs, il campe… le Grand-Prêtre de Samson et Dalila aux Arènes de Béziers puis, au Théâtre Municipal, l’Ourrias de Mireille. Pour la saison 1949-50, il joue les seconds plans à l’Opéra de Nice ; mais en juin, il sort du Conservatoire avec un premier prix de chant et d’opéra-comique, un second prix d’opéra. Refusé à l’Opéra de Paris comme sa consoeur Régine Crespin, il doit courir le cachet, pousser la chansonnette dans les cabarets, les cinémas, en cultivant la muse légère à la Gaîté-Lyrique. L’été à Valenciennes, il ébauche Escamillo ou Scarpia. Puis avec la Compagnie Lyrique Française fondée par le baryton José Beckmans, il part en tournée au Maroc. En 1953, il auditionne devant Joseph Rogatchewsky qui l’engage pour trois ans dans la troupe du Théâtre de la Monnaie à Bruxelles où il se forge son répertoire. En octobre 1956, il est accepté par l’Opéra-Comique où il débute avec Marcello de La Bohème, Sharpless de Madama Butterfly et Albert de Werther ; et il finit par apparaître à l’Opéra durant la saison 1958-9 en incarnant Giorgio Germont, Rigoletto, Valentin et Alvar dans Les Indes galantes. Le 19 mars 1959, à la Salle Favart, il prend part à la création de La Véridique Histoire du Docteur de Maurice Thiriet, tandis que le 31 décembre, il est affiché au Teatro La Fenice de Venise dans le rôle du muletier Ramiro de L’Heure espagnole. Au Palais Garnier, le 10 juin 1960, il incarne le Baron Scarpia face à la Tosca de Renata Tebaldi ; et à ce propos, il me narrera avec humour : « Elle ouvrait la bouche et la voix était de l’or pur ! Elle m’avait dit : « Gabriel, si Scarpia doit mourir, venez vers moi, car je ne peux pas courir vers vous ! ». Je le faisais galamment, elle plantait le couteau, je tombais…et l’effet était réussi ! ». Et en juillet 1960, il paraît pour la première fois au Festival d’Aix-en-Provence où il remporte un triomphe sous les traits de Don Juan.