A la chasse avec Telemann et ses pairs

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Ouvertures pour la chasse. Georg Philipp TELEMANN (1681-1767) : Ouvertures TW 44 : 8 « La Joie », TW 44 : 9 « La Fortune », TW 44 : 10 « La Chasse ». Georg Friedrich HAENDEL (1685-1759) : Marche, tirée d’Ezio HWV 29. Jean-Baptiste MORIN (1677-1745) : Trois Fanfares à deux trompes. Jean-Joseph MOURET (1682-1738) : Fanfare « La petite Chasse ». Johann Melchior MOLTER (1696-1765) : Marche MWV VIII/29. Alessandro Orlando, cor et Ensemble Sarbacanes. 2019. Livret en français et en anglais. 40.21. Initiale INL 01.

Masaaki Suzuki : Bach, mais pas que Bach 

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C’est l’une des stars de la musique baroque : le chef d'orchestre, organiste et claveciniste japonais Masaaki Suzuki est une tournée avec son ensemble Bach Collegium Japan à l’occasion des 30 ans de la fondation de son ensemble. Auteur d’une discographie essentielle des œuvres de Bach, pour le label Bis, le musicien répond aux questions de Crescendo. 

Le Bach Collegium Japan célèbre son 30e anniversaire. Qu'est-ce qui vous a motivé à créer cet ensemble en 1990 ? 

Depuis mes études, je me suis toujours beaucoup intéressé aux cantates de Bach. Nous avions un club d'étudiants, appelé "Cantata Club", dans notre Université des Beaux-arts et de la Musique de Tokyo pour jouer régulièrement (et avec ferveur) des cantates de Bach. C'est donc tout naturellement qu’à mon retour des Pays-Bas, j'ai créé un groupe dédié à l’interprétation de ses cantates et de sa musique sacrée et que j'ai obtenu le poste à l'Université féminine de Shōin où la magnifique chapelle et l'orgue venaient d'être construits. 

Quels ont été les défis à relever pour créer un ensemble spécialisé dédié à Bach au Japon ?

Le plus difficile est, et a toujours été, d'établir une stabilité financière. 

Compositrices du XIXe siècle : Louisa de Mercy-Argenteau

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Pendant plusieurs siècles, l’histoire de la famille des Caraman-Chimay est intimement liée à la musique et à l’art en général. On y trouve des musiciens, des mélomanes, des mécènes, des écrivains, des dessinateurs, parfois amateurs. En son sein, une personnalité du XIXe siècle attire particulièrement l’attention, c’est Marie-Clotilde-Elisabeth-Louise de Riquet, Comtesse de Caraman-Chimay plus connue sous son nom d’épouse, Comtesse Louisa de Mercy-Argenteau. Mélomane, pianiste et compositrice, elle a révélé au monde des musiciens talentueux devenus célèbres. Suivant l’exemple de ses ancêtres, elle a soutenu de jeunes artistes et rapproché la musique du plus grand nombre.

Louisa de Riquet de Caraman-Chimay (1837-1890) est née à Paris le 3 juin 1837. Ses parents, Michel Gabriel Alphonse Ferdinand de Riquet de Caraman-Chimay (dit Prince Alphonse de Chimay), et Rosalie de Riquet de Caraman, sont de la même grande famille. Elle compte, parmi ses ancêtres, Pierre-Paul Riquet, le concepteur du canal du Languedoc (Canal du Midi) et est une petite-fille de Theresia de Cabarrus (Madame Tallien). Elle épouse à Chimay, le 11 avril 1860, Eugène Arnould Henri Charles François Marie, Comte de Mercy-Argenteau (1838-1888), né à Liège.

Le jeune couple de Mercy-Argenteau s’installe dans la résidence parisienne des Mercy-Argenteau, l’ « Hôtel de La Marck » situé 25 Rue de Surène, dans le 8e arrondissement. Anciennement propriété du Marquis de La Fayette, elle deviendra la résidence des ambassadeurs de Belgique en 1936. 

Portrait ardent du violoniste Daniel Hope

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Belle Epoque. Ernest CHAUSSON (1855-1899) : Concert pour violon, piano et quatuor op. 21 (version avec orchestre à cordes). Claude DEBUSSY (1862-1918) : Rêverie, La Fille aux cheveux de lin et Minstrels. Jules MASSENET (1842-1912) : Méditation de Thaïs. Richard STRAUSS (1864-1949) : Morgen ! Arnold SCHOENBERG (1874-1951) : Notturno et Pièce en ré mineur. Edward ELGAR (1857-1934) : Chanson de matin op. 15/2 et Introduction et Allegro op. 47. Serge RACHMANINOV (1873-1943) : Romance op. 6/1. Alexander ZEMLINSKY (1871-1942) : Sérénade. Charles KOECHLIN (1867-1950) : Quatre petites pièces op. 32. Gabriel FAURE (1845-1924) : Andante op. 75 et Morceau de lecture. Maurice RAVEL (1875-1937) : Sonate posthume. George ENESCO (1881-1955) : Impromptu concertant. Paul JUON (1872-1940) : Berceuse op. 28/3. Alban BERG (1885-1935) : Winter. Frank BRIDGE (1879-1941) : Valse russe. Fritz KREISLER (1875-1962) : Liebesleid. Reynaldo HAHN (1874-1947) : A Chloris. Anton WEBERN (1883-1945) : Quatre Pièces op. 7. Daniel Hope, violon ; Lise de la Salle, piano ; Simon Crawford-Phillips, piano ; divers solistes ; Orchestre de chambre de Zurich. 2020. Livret en anglais et en allemand. 144.50. Un album de 2 CD DG 483 7244.

A Genève, un remarquable ensemble, Gli Angeli

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Depuis quinze ans, l’ensemble Gli Angeli, fondé par Stephan MacLeod, son infatigable directeur artistique, est l’une des composantes majeures de la vie musicale genevoise. Formation à géométrie variable jouant sur des instruments (ou copies d’instrument) d’époque, elle fait montre d’éclectisme en ouvrant son champ d’action à divers répertoires sans se cantonner dans la musique baroque. Mais, dès le début, son aventure s’est concentrée sur une intégrale des cantates de Bach données en concert à Genève, aventure qui se poursuit encore aujourd’hui. Parallèlement, est mise sur pied une présentation complète des symphonies de Joseph Haydn.

Et le huitième concert de cette seconde série s’ouvre par la 59e Symphonie en la majeur, dite Feuersymphonie, dont le matériau provient vraisemblablement de la musique de scène pour Die Feuerbrunst de Gustav Friedrich Wilhelm Grossmann représentée à Esterhaza en 1774. Et c’est bien dans l’esprit théâtral que Stephan MacLeod développe le Presto initial en insufflant une énergie vivifiante à son magnifique ensemble incluant seize cordes, deux cors et deux hautbois. Le mordant du trait s’estompe avec le balancement de l’Andante qui fait sourdre la veine mélodique irradiant de fiers accents le Menuetto puis un Finale brillant où les cors péremptoires se laissent amadouer par les bois, imprégnant de sérénité le paysage sonore.

Bart Van Reyn et le Vlaams Radio Koor superbes dans la Petite messe solennelle de Rossini

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Composée en 1863, alors que Rossini vivait depuis longtemps une retraite parisienne paisible, et classée avec l’humour propre à l’artiste parmi ses Péchés de vieillesse (Rossini décéderait en 1868, à 74 ans), cette Messe n’est petite ni sur le plan de la durée (près d’une heure et demie) ni sur celui de la facilité d’exécution. Elle n’est pas modeste non plus sur le plan formel, dans le sens où Rossini n’hésite pas à démontrer que son savoir va bien au-delà de sa légendaire facilité mélodique, mais qu’il maîtrise aussi les formes classiques. Une parfaite illustration en est le Prélude religieux (en fait un Prélude et Fugue) pour piano qui précède le Sanctus, et où le compositeur démontre qu’il connaissait bien son Bach, mais aussi les modernes comme Liszt et Franck. Elle n’est pas davantage petite pour ce qui est des exigences posées au choeur comme aux solistes. En effet, elle exige un choeur aguerri et des solistes capables de faire face aux exigences de ce maître de la voix. Là où elle est petite en revanche, c’est dans son instrumentation. Si Rossini l’orchestra par la suite, elle est prévue à l’origine pour un effectif instrumental réduit à sa plus simple expression, soit deux pianos et un harmonium, même si la version qu’en offrit le Choeur de La Radio flamande (Vlaams Radiokoor, ci-après VRK) à Flagey se satisfit d’un seul pianiste. Le programme ne disant rien de ce choix, on ne peut qu’espérer qu’il ne fut pas inspiré par des considérations budgétaires. Quant au terme « solennel », on se demande s’il faut vraiment l’appliquer à une oeuvre si fine et chaleureuse, et qui n’a vraiment rien de compassé.

Délicatesse et subtilité : Beethoven par François-Xavier Roth à Tourcoing

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François-Xavier Roth dirige Les Siècle -sur instruments anciens- ainsi que l’Ensemble Aedes et le Choeur Régional Hauts de France pour une interprétation délicate et subtile des 8e et 9e Symphonies de Beethoven. Douze années séparent l’écriture des deux symphonies. La Huitième, initiée en 1811, est terminée en 1812 dans la ville d’eaux de Teplitz en Bohème. Le caractère tout à fait souriant et vif de cette oeuvre, très classique dans sa durée et ses proportions, n’avait pourtant pas séduit le public viennois en 1814. Longtemps affublée du titre peu glorieux de « petite symphonie », elle est révélée par François-Xavier Roth et ses musiciens de manière tout à fait exceptionnelle. D’une main précise et élégante, une gestuelle dansante et totale, François-Xavier Roth offre au public une pièce toute au dialogue entre passé et présent, rusticité et raffinement. L’interprétation sur instruments à cordes en boyaux, archets et vents classiques, accordés à 430 Hzn, révèle la subtilité d’une pièce dont les magnifiques pianissimos de cordes de l’allegro vivace e con brio, réveillés par un allegretto scherzando sautillant, opèrent un retour à Haydn et Mozart avec un Menuet (Tempo di Menuetto) au rythme rustique, avant de s’épanouir en un Finale Allegro Vivace parfait.

Mozart malgré tout : Cosi fan tutte à La Monnaie

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Le duo de metteurs en scène Clarac-Deloeuil a donc fait un pari : considérer les trois opéras de Mozart-Da Ponte (Le Nozze di Figaro, Don Giovanni et Cosi fan tutte) comme « une seule et même histoire en trois épisodes », se déroulant dans un décor unique. Une immense bâtisse à plusieurs étages, façades ouvertes, et tournant (ce qu’elle avait refusé de faire la semaine dernière à l’occasion des Nozze) pour qu’apparaissent les différents lieux, situations et contrepoints de l’action. Ils ont inventé des liens de parenté entre les personnages : le Comte Almaviva est le frère de Don Giovanni, Cherubino le fils de Don Giovanni et de Dona Elvira… Ils ont actualisé les professions : Fiordiligi et Dorabella devenues Youtubeuses, Don Giovanni tenancier d’un club privé, Masetto tatoueur… Mais surtout, ils ont souhaité que tout cela soit très significatif quant au féminisme et aux genres. Pourquoi pas. Mais pour quel résultat ?

Un vrai bonheur est celui des voix, celui de l’orchestre. Une des retombées positives de leur initiative est en effet que, en un temps ramassé, nous découvrons les mêmes chanteurs dans des rôles mozartiens différents. C’est ainsi que Björn Bürger est Almaviva et Don Giovanni, Simona Saturova la Comtesse et Dona Anna. Dans Cosi, tous s’imposent, dans une caractérisation vocale bienvenue de leurs rôles qu’ils investissent aussi de l’énergie de leur jeu scénique : Ginger Costa-Jackson-Dorabella, Iurii Samoilov-Guglielmo, Juan Francisco Gatell-Ferrando, Caterina Di Tonno-Despina, Riccardo Novaro-Don Alfonso, et particulièrement Lenneke Ruiten-Fiordiligi. Quant à Antonello Manacorda, il dirige toute cette histoire de dupes dans un tempo aussi soutenu que nuancé. La musique est en fête.

Andris Nelsons perpétue la tradition viennoise dans Beethoven 

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Année Beethoven oblige, les intégrales des symphonies se multiplient pour les Parisiens. Ce mois-ci, ce sera l’Orchestre Les Siècles, dirigé bien sûr par François-Xavier Roth, à l’Opéra Royal du Château de Versailles. Le mois prochain, ce sera l’Orchestre de Chambre d’Europe, dirigé par Yannick Nézet-Séguin, à la Philharmonie.
Le mois dernier, c’était l’Orchestre Philharmonique de Vienne dirigé par Andris Nelsons, au Théâtre des Champs-Élysées. En quatre concerts, avec une journée off au milieu

Dans le livret, outre le remarquable essai de Dominique Druhen sur ces neuf monuments (Les neuf créatures de Prométhée), Rémy Louis retrace La tradition beethovénienne des Wiener Philharmoniker. Il nous rappelle que cet orchestre a été créé moins de vingt ans après la création, dans la même ville, de la Neuvième Symphonie. Plusieurs musiciens du nouvel orchestre avaient connu Beethoven personnellement et/ou joué lors de cette création. Ce concert s’inscrit donc dans une très émouvante continuité.

Cette intégrale des symphonies de Beethoven par cet orchestre est la quatrième donnée en France, après celles dirigées par Carl Schuricht au Théâtre Romain de Fourvière de Lyon en 1956, par Claudio Abbado à la Salle Pleyel de Paris en 1988, et par Christian Thielemann, déjà au Théâtre des Champs-Élysées, en 2010. Il en a par ailleurs réalisé sept enregistrements depuis 1959, sous les directions d’Hermann Scherchen, Hans Schmidt-Isserstedt, Karl Böhm, Leonard Bernstein, Claudio Abbado, Simon Rattle, Christian Thielemann et de notre Andris Nelsons tout récemment.