Mendelssohn de raison avec Lahav Shani 

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Felix Mendelssohn (1806-1847) : Symphonie n°3 en ma mineur, MWW N18 “Écossaise” ; Mer calme et heureux voyage MWW P5 ; 3 Lieder sans paroles (orchestration de Lahav Shani). Rotterdam Philharmonic Orchestra, direction : Lahav Shani. 2022 et 2024. Livret en : anglais, français et allemand. 60’23’’. Warner Classics. 5021732 723253. 

À la découverte d’un Bizet moins fréquenté ou inédit, mais indispensable

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Georges Bizet (1838-1875) : Djamileh, opéra-comique en un acte ; Vasco de Gama, ode-symphonie ; Le Retour de Virginie et Clovis et Clotilde, cantates pour le Prix de Rome ; Musique chorale ; Mélodies ; Pièces pour piano. Karina Gauvin, Cyrille Dubois, Adèle Charvet, Reinoud van Mechelen, Isabelle Druet, et une dizaine d’autres chanteurs ; Célia Oneto Bensaid, Nathanaël Gouin, Florian Caroubi et Anthony Romaniuk, piano ; Flemish Radio Choir, Chœur de l’Opéra de Lille ; Orchestre national de Lyon, direction Ben Glassberg ; Le Concert de la Loge, direction Julien Chauvin ; Les Siècles, direction François-Xavier Roth ; Orchestre national de Metz, direction David Reiland. 2022 à 2024. Notices en français et en anglais. Textes chantés reproduits, avec traduction anglaise. 304’ 40’’. Un livre-disque de 4 CD Bru Zane 1059.   

Le festival Pianopolis à Angers : des générations d’âmes au clavier 

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Le festival Pianopolis a eu lieu du 27 mai au 1er juin. Pour cette troisième édition, deux temps particulièrement forts ont été offerts par deux femmes appartenant à deux générations éloignées : Elisso Virsaladze et Arielle Beck.

Récirtal d’Elisso Virsaladze : une leçon de piano

Le vendredi 30 mai, Elisso Virsaladze, née en 1942, qui a joué dans les salles les plus prestigieuses du monde, donnait son premier récital aux Greniers Saint-Jean d’Angers. Son art, unique, est tout un monde et impose le respect. Tout au long de la soirée en compagnie de Chopin, nous sommes frappés par ses rubatos extrêmement ondoyants, dans des mesures qui restent absolument rigoureuses. Ces mouvements subtils surprennent parfois par leurs originalités rythmiques ; ils sont si prodigieux qu’on se dit sans réserve qu’elle est peut-être la seule capable de produire de telles merveilles. Deuxième miracle : le son compact. À l’intérieur d’une dynamique très restreinte, elle exprime toutes les nuances que la partition exige. Ainsi, une montée vers une nouvelle section — notamment vers le début de la longue coda dans la Polonaise-Fantaisie ou de la Sonate n° 3 — ne débouche pas sur une explosion libératrice, mais la musique reste retenue en un certain sens, laissant à l’auditeur le soin d’entendre sa propre nuance. Dans la Troisième Sonate, sous ses doigts, plusieurs voix s’entrelacent et tissent une polyphonie aussi parfaite que celle de Bach, notamment dans la partie médiane du scherzo. Il s’agit d’une élaboration constante de la musique qui se déroule en direct, comme si elle se créait à nos oreilles. Les Nocturnes, Mazurkas et Valses suscitent la même sensation, avec un rubato encore plus mis en évidence. Les « refrains » de la Grande Valse op. 42 sont prodigieux d’agilité, de légèreté et de nuances. Chez elle, aucun pathos, aucun romantisme exacerbé, et pourtant, chacun les ressent intérieurement, guidé par la force de la musique — celle de Chopin, mais aussi celle qu’Elisso Virsaladze nous transmet à travers lui. Quelle leçon de piano !

Arielle Beck, jeunesse et maturité

Le lendemain, en fin d’après-midi, Arielle Beck, 16 ans, nous confirme que la maturité musicale n’est pas une question d’âge. Son programme — la Suite anglaise n° 2 de Bach, la Sonate en la mineur D. 784 de Schubert, la Première Sonate en fa dièse mineur op. 11 de Schumann — exige un sens de la construction et de la synthèse dont elle fait preuve avec une efficacité redoutable. Chaque pièce de la Suite anglaise est parfaitement bien cadrée dans son propre style, interprétée avec une rigueur admirable, même si elle ne laisse pas encore beaucoup de place à la fantaisie. Son Schubert est tout aussi solidement construit, chaque mouvement étant joué dans un tempo adéquat. Si l’expression de l’éternité et de l’intériorité propres à la musique du compositeur est encore à venir, Beck sait déjà mettre en avant la notion de temps suspendu, et celle du chant, si essentiels chez Schubert. À travers la Sonate de Schumann, elle fait montre d’une rigueur d’architecte. Telle une façade ou un intérieur contrasté par des éléments variés savamment introduits, elle exprime la douceur ici, la passion là, où l'inquiétude à un autre endroit. Bref, elle entre aisément dans le langage schumannien, fait d’oscillations d’humeur. Après un tel programme, la pianiste joue en bis les Variations sérieuses de Mendelssohn, avec une maîtrise ahurissante de précision et de structure. Là encore, son sens de la construction fait merveille : la longue montée vers la fin, avec une accalmie chorale au milieu, puis le retombé final, exprimant une sorte d’introspection après tant d’agitation… Tout y est mis en place avec une intelligence stupéfiante, rendant cette œuvre le sommet de la soirée.

Au-delà de la nuit 2 : un pari sur l’avenir

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Dans le le Grand Salon du Botanique, je m’installe cette fois (pour cause d’arrivée tardive, la faute à une réunion, que je quitte pourtant avant la fin) sur la mezzanine (au niveau visuel, ce n’est pas la meilleure idée car je me coupe d’une partie de la scène, mais ça m’ouvre à une plaisante conversation avec des membres des Amis d’Arsonic, venus en autocar – et en nombre) pour un programme, installé dans le temps, qui propose 3 fois 3 concertos sur 6 ans par 3 compositeurs du paysage créatif belge.

Avant cela, si, il y a deux ans, Bruno Letort s’en prenait à La sollasitude de Stromae pour en proposer une vision, personnelle et impliquée (il intervient sur plusieurs morceaux de l’album du chanteur), aujourd’hui, c’est Daniel Capelletti, pianiste, compositeur et arrangeur (dans les champs du classique, du jazz, du rock et de la chanson) qui propose, avec …calme et volupté…, ses variations sur l’album Il Viaggio, voyage de retour aux sources pour la musicienne jazz carolorégienne d’origine italienne Mélanie De Biasio (son père quitte les Abruzzes pour travailler dans les mines hennuyères) – mu par les cordes, Capelletti fait moutonner l’ambition, le charme, l’esprit à la fois mélancolique et aventureux de l’œuvre originale.

En faisant le choix de la forme concertante, les Nuits Botanique et Musiques Nouvelles privilégient un dialogue entre soliste et orchestre au service de l’expressivité, de l’émotion : le Concerto con piano de Jean-Paul Dessy s’y plonge avec gourmandise, mené par le piano de Frank Braley, instrumentiste aussi français que belge, premier prix 1991 du Concours Reine Élisabeth – à un premier mouvement à l’appel cinématographique (surgissent sur mon écran intérieur les grandes gueules du cinéma d’Henri Verneuil), succèdent l’intrigue et l’ascension paroxystique, des espaces de tension noyautés par un désordre sous-jacent, un piano à l’esprit un brin récalcitrant, qui parle, d’une façon peut-être trop convenue, de beauté, fragile et incertaine.

Nouvel orgue de Vouvant : le concert inaugural 

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Inauguration de l’orgue Yves Fossaert à Vouvant. Œuvres de César Franck (1822-1890), Louis Vierne (1870-1937), Éric Lebrun (*1967), Jehan Alain (1911-1940), Maurice Duruflé (1902-1986), Marcel Dupré (1886-1971), Philippe Lefebvre (*1949). Éric Lebrun, Marie-Ange Leurent, Michel Bourcier, Guillaume Marionneau, Philippe Lefebvre, orgue de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Vouvant. Mai 2021. Pas de livret hormis un feuillet. 74’32’’. Chanteloup Musique OMV 001

Siegfried : Le Ring se poursuit à l’Opéra Royal de Versailles

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Aile Asszonyi

De Louis XIV à Louis II de Bavière, il n’y a jamais que 12 numéros d’écart. Portée par une solide distribution, nonobstant un protagoniste éponyme légèrement en deçà, la troupe de l’Opéra de la Sarre continue de livrer une Tétralogie de globalement bonne facture.

Sur scène, l’on retrouve l’orchestre du Théâtre national de la Sarre sous la baguette de son directeur musical Sébastien Rouland, dans une disposition similaire à celle des deux derniers épisodes. L’effectif demeure certes réduit — toutes proportions gardées pour un Wagner : comptez tout de même quatre contrebasses et six violoncelles —, mais cela a pour avantage de donner une lisibilité accrue à chaque pupitre et donc de l’intrication des différents leitmotivs. Au surplus, la disposition des cuivres et percussions en fond de scène, sans conque, permet d’en atténuer le mordant, procurant par là même un rendu non sans une certaine similarité avec celui du Festspielhaus.

Dommage que l’ouverture, bien que correcte, manque de cohésion intra-pupitre dans la première phrase des bassons, et que les cors se caractérisent dans la leur par une précocité excessive ; le tout sans jamais retrouver le relief rendu possible par le long crescendo du Vorspiel. Dans le final du 1er acte, l’on ne peut que déplorer le placement de l’enclume hors scène, complètement étouffée, nous privant ainsi d’un des passages les plus roboratifs de la partition, avec un rendu global encore une fois bridé. Dans le troisième acte, la direction conserve cette souplesse caractéristique depuis maintenant trois ans, mais offre un rendu trop souvent émoussé, bien que quelques passages, à l’image de l’éveil de Brünnhilde, permettent à la phalange de prendre son envol.

Vous avez dit bizarre ? suite

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S’il est une qualité que tout chef d’orchestre doit posséder au plus haut niveau, c’est la précision du langage. Savoir se faire comprendre, dans quelque langue que ce soit, est fondamental. Mais, parfois, cela relève du parcours du combattant. Par exemple, dans le monde entier, la petite flûte s’appelle piccolo. Mais si vous êtes en Italie et demandez au piccolo de jouer un peu plus fort (ou moins fort, peu importe), tout le monde se demandera à quel « petit » vous vous adressez, car l’instrument s’appelle ottavino au-delà des Alpes. Autre confusion : le tambourin. En France, ou plutôt en Provence, c’est un petit tambour. Mais en anglais, le mot tambourine désigne le tambour de basque (ah ! les faux amis). L’exemple le plus notable de confusion se trouve dans L’Arlésienne où le tambourin (provençal) est souvent remplacé par un tambour de basque (Karajan notamment). Un peu de respect pour nos spécificités régionales, SVP !

Continuons : le bugle, en France c’est une trompette à la sonorité plus large ; en anglais c’est un simple clairon, donc sans pistons. En espagnol, le cor s’appelle tromba. En italien, la trompette s’appelle… tromba. Aie, aie, aie, ça va déraper. Au Québec, le mot trompe désignait la guimbarde avant qu’on l’appelle guitare à bouche ! Il y a de quoi… se tromper.

Ajoutez une mauvaise prononciation, et vous déchaînerez un fou rire généralisé parmi les musiciens : la percussion en italien s’intitule batteria. Prononcez à la française en avalant la dernière syllabe et vous obtenez batteri, donc bactérie.  

Au rayon des curiosités, Monsieur Jourdain et sa trompette marine, qui n’a rien d’une trompette puisque c’est un instrument à cordes de forme triangulaire à une corde dont le nom serait peut-être lié à l’usage qu’on en faisait sur les bateaux pour réveiller l’équipage. En Allemagne, on l’appellait violon des nonnes, car il remplaçait la trompette dans les couvents où les religieuses s’adonnaient à la musique d’ensemble. Il est vrai que la sœur tourière armée d’une trompette, c’était difficile à imaginer dans un monastère allemand : à la rigueur dans Les Mousquetaires au couvent.