Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Jonathan Bénichou face à Bach 

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Le pianiste Jonathan Bénichou, l’un des pianistes les plus stimulants de la scène musicale, propose sa lecture des Variations Goldberg à l’occasion d’un enregistrement publié par Calliope. C'est une belle occasion de parler de Bach et de ce monument du clavier dans une nouvelle version à écouter.   

Votre nouvel album propose les Variations Goldberg de Bach. Pourquoi Bach et pourquoi cette œuvre ?   

Jean-Sébastien Bach me donne  à renouveler sans cesse la recherche du travail pianistique et m’invite au questionnement existentiel de la vie quotidienne. Ce compositeur a éclairé de nombreux créateurs dans de multiples styles musicaux. Revenir sans cesse à lui est une façon de se connecter à toutes ces racines, celle de Bach les englobant toutes. Il  a en effet incarné une figure emblématique à une époque charnière de l’histoire de la musique.

 Pourquoi cette œuvre en particulier ?  

Ce monument pour clavier est une œuvre qui, pour tant de pianistes et mélomanes, tient une place unique dans le grand répertoire.  Ses proportions démesurées sont comparables à l’édification d’un temple. Par une recherche particulière du timbre, j’ai voulu m’approcher d’une facture instrumentale entre l’orgue, le clavecin  et l’orchestre. Attiré par l’inventivité toute singulière du discours narratif et contrapuntique dans lequel se déploie le développement thématique -bâti selon 32 étapes à partir de l’Aria qui revient à sa source première lors de son retour conclusif, renvoyant à l’idée du retour cyclique tel le cercle de la vie-, Bach a offert un modèle formel original aux compositeurs.

L'International Music Academy du Liechtenstein et les ICMA étendent leur coopération

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En 2016, le jury des International Classical Music Awards (ICMA) et la Fondation International Music Academy du Liechtenstein ont créé leur prix : le Discovery Award destiné à distinguer les jeunes musiciens de 12 à 18 ans, et qui, depuis cette année, constitue un élément important des prix annuels des ICMA. 

Les deux partenaires ont signé un nouveau contrat, assurant ainsi leur collaboration pour trois années supplémentaires, de 2022 à 2024.

Grâce à son jury indépendant composé de 19 critiques musicaux de 16 pays, les ICMA contribuent activement à permettre à  des jeunes musiciens d’obtenir la reconnaissance dont ils auront besoin dans ce monde en rapide évolution et ce prix  les encourage à relever les défis futurs. "Nous sommes très heureux d'organiser le “Discovery Award” en étroite coopération avec l'Académie internationale de musique du Liechtenstein et de recevoir le soutien financier nécessaire de la part de leur Fondation, ce qui nous permet de développer ce projet de la meilleure façon possible", déclare Remy Franck, président du jury ICMA. 

"La coopération entre notre Académie et les ICMA a été très fructueuse jusqu'à présent, et le Discovery Award vient compléter notre objectif de former des musiciens exceptionnels de manière holistique", déclare Drazen Domjanic, directeur artistique et directeur général de l'Académie internationale de musique du Liechtenstein.

Depuis  2016, les récipiendaires sont :  Nikola Song, flûte ;  Robert Neumann, piano ;  Yuan Yu, flûte ;  Eva Gevorgyan, piano ; Philipp Schupelius, violoncelle ;  Maya Wichert, violon et  Julian Kainrath, violon

Contrastes musicaux à Namur avec l'OPRL

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Samedi 30 avril 2022, 19h, j’entre pour la première fois dans la toute nouvelle salle du Grand Manège. Je suis tout de suite conquis par l’esthétique de la salle et la disposition des sièges qui permet à tous de voir parfaitement l’entièreté des musiciens. Mais la soirée a peiné à attirer les foules.  

L’Orchestre Philharmonique royal de Liège, sous la baguette du chef indonésien Adrian Prabava, débute cette représentation avec Phaéton de Saint-Saëns, poème symphonique contant l’histoire d’un jeune dieu incapable de mener le Char du Soleil au ciel. Bien que tout soit parfaitement en place, c’est une version plutôt terne du poème symphonique que nous livre l’orchestre liégeois. Une grande partie de l’œuvre est jouée sans guère de contraste, même si la dernière partie laisse entrevoir les nombreuses qualités de l’orchestre.

C’est sur la même lancée que les musiciens jouent le Concerto pour violon n°3 de Camille Saint-Saëns. Bien que le soliste Marc Bouchkov, lauréat du Concours Reine Elisabeth 2012, nous livre une très belle prestation, avec un son très rond et chaleureux, d’un bout à l’autre du concerto, l’orchestre met un peu plus de temps à entrer dans la pièce. Mais le jeu s’améliore sans cesse, annonçant une belle deuxième partie.

A Genève,  un OCL mi-figue mi-raisin  

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Faut-il vraiment qu’un orchestre de chambre aborde le grand répertoire symphonique ? C’est la question cruciale qui se pose au sortir du concert donné par l’Orchestre de Chambre de Lausanne dirigé par le jeune Jamie Phillips au Victoria Hall de  Genève le jeudi 28 avril.

Même si l’Ouverture Coriolan de Beethoven prend un caractère farouche par la véhémence tragique des accords initiaux, l’on doit rapidement se rendre compte que l’étoffe des cordes paraît bien mince avec ses six premiers et six seconds violons qui luttent contre la phalange des bois par deux, des deux cors, des deux trompettes et des timbales. 

Le fait s’aggrave avec le Concerto pour violoncelle en si mineur op.104 d’Antonín Dvořák  dont le canevas nécessite en outre deux cors de plus, trois trombones et un tuba. Et tout ce petit monde des instruments à vent s’ingénie à jouer sempiternellement forte, en oubliant que le dialogue avec un soliste requiert aussi l’obligation de savoir l’accompagner. Xavier Phillips transpire sang et eau pour faire entendre la magnifique sonorité ambrée de son violoncelle qui trouve néanmoins des accents bouleversants d’émotion à insuffler à un Adagio ma non troppo intimiste. Et dans le sillon labouré du Final, il réussit à imposer un discours pathétique faisant grand effet sur le public qui l’applaudit à tout rompre.

Après l’entracte « Fortunio » d’André Messager 

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Hasard de mes pérégrinations à l’opéra, après le Mignon de Liège, le Fortunio de Nancy. Deux « opéras-comiques », deux œuvres plutôt légères, destinées initialement à un public venu vivre de belles émotions qui ne l’engageaient ni ne l’effarouchaient pas trop et lui valaient un bon divertissement socio-musical. Mais les deux fois, des œuvres qui, finalement, se révèlent de réelle intensité. Ainsi, si ma critique de Mignon était significativement titrée « De l’opérette à l’opéra », cette fois, pour ne pas reprendre le même titre, j’ai choisi « Après l’entracte ».

C’est qu’en effet, la première partie de l’œuvre de Messager est éminemment légère, avec ses situations et personnages typés. Une petite ville de province profonde, son notable (le notaire André), la belle et prude épouse de celui-ci (Jacqueline), un régiment qui passe (et son séducteur galonné de capitaine Clavaroche), un jeune homme timide et poète (Fortunio). Tout est prêt pour une sorte de vaudeville avec un mari-papa, sa femme qui « se réveille » dans les bras du capitaine, et la bonne idée du « chandelier », une sorte de paratonnerre : Fortunio, leurre amoureux qui distraira le mari, le trompant sur la réalité de la situation. Léger ? Cela commence par une partie de pétanque, cela nous vaut des vers immortels : « Il était gris, la nuit était noire », « C’est un morceau de roi, c’est un morceau pour moi » ; et bien sûr un amant caché dans le placard ! La musique et les airs sont à l’exacte mesure de cette histoire attendue. Agréables à écouter.

Cellular Songs de Meredith Monk : un corps complexe en mouvement

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Captivée par le livre-somme de Siddhartha Mukherjee (L'Empereur de toutes les maladies : Une biographie du cancer), Meredith Monk met en relation Trio No. 1, sur lequel elle travaille à l’époque de sa lecture, et ce qu’elle apprend à propos de la biologie de la cellule, cette unité de base de la vie, son intelligence, sa capacité de coopération indispensable à un fonctionnement coordonné d’une ample complexité : comme la cellule humaine, chaque morceau est au service d’un tout et les voix s’entremêlent, se répondent, se complètent pour une musicalité qui les dépassent – qui chante quoi exactement, on a beau s’accrocher à un point de repère, on finit toujours par le perdre et se fondre dans l’ensemble.

Après la rétrospective de ses 50 ans de carrière (des performances-marathons avec Lukas Ligeti, John Zorn ou DJ Spooky au Carnegie’s Zankel Hall en 2015), Monk veut revenir sur scène (depuis toujours, elle interprète sa propre musique) avec plus de légèreté et du matériau neuf. Le cycle Cellular Songs, mis en forme pour le Vocal Ensemble, exclusivement féminin, s’impose comme un prototype pour une société qui ne reposerait plus sur la cupidité, la concurrence, la cruauté, mais sur la coopération, ingrédient principal de l’action des trente mille milliards de cellules de notre corps pour créer la vie : l’étroit entrelac de voix naît des manches qu’on retrousse, de la confiance qu’on se fait, d’une méditation en mouvement qui se joue des pensées parasites.

Requiem à la Monnaie : Mozart revisité par Romeo Castellucci et plus vivant que jamais

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Si les conceptions de Romeo Castellucci ne font pas toujours l’unanimité (on se souviendra autant de sa pénible et prétentieuse Flûte enchantée que de sa sensationnelle Jeanne d’Arc au bûcher), on ne peut dénier le sérieux du travail du metteur en scène italien et son souci de toujours vouloir interroger et remettre en question des oeuvres que nombre de ses confrères paresseux se contentent d’illustrer plus ou moins bien.

Aussi, lorsqu’on apprend que l’artiste a jeté son dévolu sur le Requiem de Mozart, on est en droit de se demander à quoi on peut bien s’attendre dans cette production déjà montrée à Aix-en-Provence en 2019 et présentée pour la première fois à la Monnaie.

En 1917 déjà, Victor Chklovski écrivait fort à propos que le propre de l’oeuvre de l’art était d’opérer une désautomatisation de la perception. Et si le théoricien russe avait à l’esprit la littérature, Castellucci applique ici parfaitement cette notion en faisant du remarquable choeur Pygmalion le véritable héros de la représentation. Nous n’avons plus devant nous des choristes en rangs d’oignons le nez dans la partition, mais des artistes qui chantent bien sûr, mais aussi -renforcés par une douzaine de danseurs- jouent et dansent avec une confondante habileté.

La sélection des concerts de mai 2022

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Pour cette sélection des concerts du mois, débutons avec de la musique de notre temps. A l’Opéra des Flandres, le compositeur belge Wim Henderickx propose la création mondiale de son opéra De Bekeerlinge (Le Coeur converti) à Anvers et Gand, tout au long de ce mois de mai. A Rouen, le compositeur Thierry Pécou fera entendre Cara Bali Concerto, son nouveau concerto pour piano : Alexandre Tharaud au piano, accompagné de Ben Glassberg au pupitre de l’Orchestre de l’Opéra de Rouen ( 6 et 8 mai). À Bozar, le Belgian National Orchestra accueille le percussionniste Martin Grubinger pour Frozen in Time d’Avner Dorman avec d’attaquer Javelin de Michael Torke sous la conduite de Hugh Wolff (20 mai).  

L’actualité lyrique est chargée avec un Parsifal en version de concert par les forces chorales et musicales de La Monnaie sous la baguette d’Alain Altinoglu (17 au 21 mai à Bozar). A Liège et Charleroi, l’Opéra Royal de Wallonie-Liège propose une reprise de son Don Giovanni de Mozart dans l’excellente mise en scène de Jaco Van Dormael. Christophe Rousset et Ayrton Desimpelaere seront dans la fosse (Liège du 13 au 21 mai et le 26 mai à Charleroi). De l’autre côté de la frontière, François-Xavier Roth sera le dénominateur musical d’un spectacle qui confrontera la La Princesse Jaune de Camille Saint-Saëns avec  Djamileh de Bizet dans une mise en scène de  Géraldine Martineau  (Atelier Lyrique de Tourcoing du 19 au 22 mai). 

Dido & Aeneas d’Henry Purcell à Luxembourg 

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 Au Grand Théâtre de Luxembourg, c’est tout sauf de l’abstraction que nous ont proposé Franck Chartier et son ensemble Peeping Tom dans leur approche d’un Dido & Aeneas de Purcell à la partition « augmentée », magnifiquement servie par Emmanuelle Haïm et son Concert d’Astrée. Une approche dont la radicalité cohérente a manifestement séduit un public enthousiaste.

Dido & Aeneas est un opéra d’Henry Purcell créé en 1689. Il nous raconte la rencontre d’Enée, en fuite de Troie dévastée, et de Didon, la reine de Carthage, l’amour qui s’impose. Mais les dieux et des sorcières sournoises pressent Enée de reprendre son chemin, d’accomplir sa destinée. Didon, écrasée de douleur, en meurt. 

Une petite œuvre d’à peine une heure, si convaincante dans sa brièveté qui l’oblige à atteindre immédiatement l’essentiel des êtres, si bouleversante grâce aux deux airs de son héroïne, dont le fameux « When I am laid in earth » conclusif. Un sommet humain et musical.

Portrait de compositrice : Imogen Holst

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La fille d’un compositeur honoré dans son pays peut-elle se créer une personnalité musicale reconnue ? C’est ce que nous allons découvrir en rencontrant Imogen Holst.

La Britannique Imogen Clare von Holst, connue sous le nom d’Imogen Holst, est une musicologue, compositrice, arrangeuse, cheffe d’orchestre et de chœur, enseignante, et auteure/éditrice qui a également été directrice artistique de festivals. Née le 12 avril 1907 à Richmond, dans le Surrey, elle est décédée le 9 mars 1984 à Aldeburgh, dans le Suffolk. Comme enseignante, elle a joué un rôle important dans l'éducation musicale britannique. 

Famille

Imogen est la fille unique de Gustavus Theodore von Holst, (Cheltenham, 21/09/1874 - Londres 25/05/1934) et d’Emily Isobel Harrisson (Londres 26/03/1876 - 16/04/1969). Les jeunes gens, connus comme Gustav Holst et Isobel Harrisson, se rencontrent lors d’un concert londonien organisé par l’Hammersmith Socialist Society. Gustav y dirige le Socialist Choir qu’a rejoint la jeune soprano Isobel. Le mariage a lieu à Londres au Fulham Register Office le 22 juin 1901, dès que la situation financière de Gustav le permet. Isobel se met à la couture pour qu’ils arrivent à assurer les fins de mois. 

Isobel Harrisson rejoint les « Independent-spirited women » et travaille, comme chauffeur volontaire, dans le Women’s Reserve Ambulance Corps venant en aide aux personnes dans le besoin pendant la guerre 14-18. En 1923, elle passe 2 mois en Amérique avec son mari et sa fille. Passionnée de décoration, elle préfère la vie à la campagne aux voyages lointains et rejoint plusieurs sociétés : l’English Folk Dance Society, l’Essex Society for Archaeology & History, l’Essex Agricultural Society, et supporte le British Women’s Institute et l’Eglise de Thaxed. Après son décès, le Times du 19 avril 1969 précise dans sa nécrologie qu’elle a été aimable et généreuse et qu’elle apporté, dans la vie de Gustav, grâce, aisance et confort. 

Gustavus Theodore von Holst (1874-1934), le père d’Imogen, est connu comme Gustav von Holst puis Gustav Holst parce que, en septembre 1918, il supprime officiellement le « von » trop germanique pour pouvoir participer à l’effort de guerre. Il est nommé organisateur musical pour la YMCA (Young Men's Christian Association) au Proche-Orient, basée à Thessalonique.