Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

A ne pas rater ici et ailleurs : le Top de Crescendo Magazine (mars 2020)

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Une nouvele rubrique pour vous guider dans vos choix de concerts et d'opéras autant en Belgique, qu'en France et qu'ailleurs dans le monde

  • Belgique : 

Le mois de mars, c’est comme chaque année le Klara Festival à Bruxelles et son flot d’orchestres et de solistes de prestige. Dans ce programme de haut vol, on note un concert qui sort particulièrement des sentiers battus par le Belgian National Orchestra sous la direction du brillant Stanislas Kochanosky dans Paweł Łukaszewski, Henryk Mikolaj Górecki, Witold Lutoslawski et Sergueï Rachmaninov avec ses Cloches pour solistes, chœurs et orchestre (Bruxelles, Bozar, 20 mars). On retrouvera la vaillante formation fédérale et le chef Dirk Brossé pour un concert très attendu avec le saxophoniste Branford Marsalis dans un programme en technicolor (Bruxelles, Bozar, 27 mars

Suzana Bartal et les "Années de pèlerinage" de Franz Liszt 

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Le cycle des Années de pèlerinage de Franz Liszt est l’un des monuments du répertoire pianistique. La pianiste Suzana Bartal affronte cet Everest dans un nouvel enregistrement qui fera date. La musicienne répond aux questions de Crescendo Magazine. 

La première question est simple ! Qu’est-ce qui vous a poussé à enregistrer le cycle complet des Années de pèlerinage de Liszt ? 

En 2016, j'ai eu une proposition singulière de la part de Bruno Belliot, directeur de l'Académie de Sainte-Anne d'Auray en Bretagne, important lieu de pèlerinage en France. Il rêvait d'organiser une journée itinérante à travers le Morbihan, où ce cycle serait donné en trois concerts sur une même journée et dans trois chapelles différentes. Comme j'adore les projets fous, j'ai tout de suite dit oui ! Deux ans de travail intense ont suivi, puis une première intégrale en concert en mai 2018. Par la suite, j’ai donné à nouveau tout ce cycle en une après-midi au Festival Berlioz où, grâce à son directeur, Bruno Messina, j'ai trouvé le piano et le lieu rêvé pour un enregistrement. Celui-ci était une conséquence naturelle de tout ce travail et le fruit de l'enthousiasme partagé autour de ce projet avec Naïve et Pierre-Antoine Devic. 

Quelle est la place de ce cycle dans le répertoire pianistique ? 

Sa place est certainement spéciale, tout d'abord parce que l'écriture de ce cycle s'étend sur quasiment toute la vie de Liszt : du jeune fougueux et amoureux au mystique ayant pris les ordres mineurs. D'où la présence, dans ces pièces, à la fois d'une grande virtuosité et d’une grande profondeur émotionnelle et spirituelle. En résumé, un cycle qui pousse l'interprète à creuser autant sur le plan musical que technique.

Erica Piccotti, jeune artiste de l’année 

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La jeune violoncelliste Erica Piccotti, née à Rome en 1999, est un talent dont la carrière est déjà bien établie. Nicola Cattò, membre du jury des International Classical Music Awards pour le magazine italien Musica et Secrétaire Général, a rencontré la jeune artiste qui a remporté le Prix du Jeune Artiste 2020 .

Comment en êtes-vous venue à étudier le violoncelle ? Quelles sont les principales étapes de votre formation ?

C'était un cheminement naturel, parce qu'à la maison je "respire" la musique depuis que je suis petite, ma mère joue du piano, mon frère du violon. Après avoir "joué" avec ces deux instruments, un jour, un violoncelle est arrivé à la maison. J'avais quatre ans et demi, et me voilà ! Mon premier professeur a été Francesco Storino, violoncelliste de l’Orchestra dell'Accademia di Santa Cecilia à Rome. J'ai eu l’opportunité de le rencontrer lorsque je faisais partie de l’Orchestre junior de la même Académie. Il m'a prise par la main quand j'étais enfant et m'a fait grandir avec passion et dévouement. Il m'a suivie jusqu'à l'obtention de mon diplôme au conservatoire, mais il reste encore aujourd'hui une référence pour moi. J'ai poursuivi mes études avec Antonio Meneses, un grand violoncelliste pour lequel j'ai toujours eu une grande admiration, d'abord à la Hochschule der Künste de Berne, puis à l'Académie Walter Stauffer de Crémone et à l'Accademia Chigiana de Sienne.

Actuellement, j'ai réalisé un autre de mes rêves en étudiant avec un autre grand violoncelliste et professeur, Frans Helmerson, à l'Académie Kronberg. Cette académie m'a fait découvrir un environnement international et m'a permis d'être en contact avec des artistes de renommée mondiale.

Femmes compositrices du XIXe siècle : Clara Wieck (Schumann)

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Les « Histoires de la Musique » contemporaines ne citent pas ou très peu de femmes compositrices en général et, en particulier, du XIXe siècle. Devenaient musiciennes, les jeunes filles issues de familles aisées ou de familles de musiciens. Dans le premier cas, la jeune fille ne faisait pas usage de ses talents hors du cercle familial. C’était un moyen d’améliorer ses perspectives de mariage. Dans le second cas, la pratique professionnelle était plus facilement acceptée, mais comme interprète plutôt que comme compositrice.

Une des constantes est le rôle prépondérant du père dans leur éducation musicale, soit comme incitateur et soutien…momentané, soit comme pédagogue. 

Clara Wieck (Leipzig,1819 - Frankfurt am Main, 1896) 

Allons à la rencontre de Clara Wieck, plus connue comme Clara Schumann, du nom de son époux, le compositeur Robert Schumann.

En 1838 « Clara Wieck und Beethoven », un poème de Franz Grillparzer, poète dramatique en vue, est publié dans la prestigieuse revue Wiener Zeitschrift für Kunst, Literatur, Theater und Music. La jeune pianiste de 18 ans a encore une fois enthousiasmé le public viennois, la noblesse et la famille impériale autrichienne. Elle serait même élevée au titre de « Paganini du piano » !

Une belle et singulière aventure musicale

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Pour Que l’Esprit Vive, association fondée en 1932, œuvre pour lutter contre l’isolement rural par l’art et la culture. Son infatigable directrice, Agnès Desjobert, développe le réseau des petits villages dont les habitants accueillent, le temps d’un week-end bien rempli, ponctuellement, puis régulièrement, des artistes professionnels. Dernier de la saison, le concert d’aujourd’hui se déroule à Jailly-les-Moulins, village de Bourgogne, très enclavé. Dix minutes avant, des dizaines de voitures stationnent, la nef de la petite église est bondée, certainement deux fois l’effectif total de la population (88 habitants).

Le quatuor Hélios, justement réputé, se compose d’une flûte et d’un trio à cordes, formation relativement rare, particulièrement lorsqu’elle est permanente. Pas moins de 78 œuvres ont été écrites à son intention. Deux d’entre elles, de deux compositrices, s’insèreront entre trois quatuors avec flûte de Mozart. Ainsi constitué, le programme répond à toutes les attentes. D’autant que la flûtiste, Christel Rayneau, captive le public en lui présentant chaque œuvre de façon claire, démonstrative et juste.

Le Nozze di Figaro à La Monnaie et la panne technique du décor

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Antonello Manacorda

L’opéra, comme le théâtre et la danse, est un « art vivant », qui se vit en direct dans l’éphémère d’une représentation. Il n’est donc pas à l’abri de l’un ou l’autre aléa, ce qui se traduit le plus souvent à l’opéra par un problème de voix chez l’un des interprètes. Plus rares sont les problèmes techniques. Quoique.

Ce dimanche, je devais assister au premier épisode d’un projet ambitieux de l’Opéra de La Monnaie à Bruxelles : considérer comme une œuvre unique les trois opéras de Mozart écrits par Da Ponte et les représenter en soulignant les conséquences dramaturgiques de cette unicité. 

Un élément scénographique essentiel du projet est la présence sur le plateau d’un seul lieu de jeu, une immense maison aux étages et pièces multiples, façades ouvertes, et qui tourne afin de faire découvrir toutes les strates de l’action.

Patatras ! La tournette a rendu l’âme, refusant définitivement les rotations indispensables. D’où la décision de ne proposer aux spectateurs qu’une « version de concert », supprimant ainsi toutes les intentions et concrétisations qui font l’originalité du propos.

De quoi s’agissait-il -et que je pourrai découvrir, je l’espère, les prochains dimanches, lors des épisodes 2 (Cosi fan tutte) et 3 (Don Giovanni) ?

Un baroque d’aujourd’hui ?

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Pygmalion de Jean-Philippe Rameau et L’Amour et Psyché de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville, dirigés par Emmanuelle Haïm et mis en scène par Robyn Orlin.  

Choisir Robyn Orlin comme metteure en scène, c’était espérer qu’une contemporanéité interpellante se conjugue avec des œuvres absolument typiques de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le résultat escompté : un baroque d’aujourd’hui. 

Une attente d’abord plutôt déçue avec Pygmalion dont la lecture révèle vite une conformité à « l’air du temps ». On se souviendra que le sculpteur tombe éperdument amoureux de la statue qu’il a conçue, au détriment de sa relation avec son amie Céphise. Amour s’en mêle pour que tout finisse bien. Une bonne idée scénique est celle de la création de la statue par un empilement d’images arrêtées de corps, projeté sur une immense toile. Mais le reste est convenu, comme l’évocation du snobisme mondain d’une soirée de vernissage, ou faussement innovateur avec ce Pygmalion narcissique vite attiré par d’autres conquêtes possibles. D’autre part, la chorégraphie -que l’on attendait- ne se déploie guère, condamnant les protagonistes à quelques gestes ressassés. Il est vrai que cette œuvre, si belle dans sa partition -et à laquelle rendent justice solistes et orchestre- est difficile à mettre en scène. Sa seule action est : « la statue se met en mouvement ».

Stéphanie D'Oustrac enflamme le Liceu avec La Clemenza di Tito 

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L’avant-dernier opéra de Mozart, fruit d'une commande pour fêter le couronnement de Léopold II de Habsbourg-Lorraine, frère de Marie-Antoinette et éphémère empereur d'Autriche, fut écrit pratiquement en même temps que la Zauberflöte, pendant les derniers mois de vie du compositeur. Pressé par le temps, Mozart chargea son élève Süßmayr d'écrire une grande partie des récitatifs. Ouvrage à peine joué pendant le XIXe siècle, il ne fut présenté à Barcelone qu'en 1963, partageant le sort ingrat d'ouvrages aussi intenses que Così fan tutte ou Idomeneo. Si La Clemenza n'a pas la densité dramatique de la trilogie Da Ponte, elle n'est pas pour autant moins transcendante, aussi bien dans sa dramaturgie musicale que par l'ineffable beauté d'un grand nombre d'airs. Dont ceux avec instrument « obbligato », un genre pour lequel Mozart laissa des œuvres majeures comme « Ch'io mi scordi di te », pour la reprise d’Idomeneo avec piano soliste qu'il joua lui-même plusieurs fois. Ici, le « Parto, parto » de Sesto avec clarinette et le « Non più di fiore » de Vitellia avec le « corno di bassetto » sont des moments-clé de l'œuvre. 

Le livret de Caterino Mazzolà est un remaniement de Metastasio, lui-même inspiré des Bérénice de Corneille et Racine. Le sujet, au départ quelque peu pamphlétaire au bénéfice de la monarchie des Habsbourg pendant les convulsions de la période révolutionnaire, n'est pas moins l'objet de réflexions philosophiques sur le pardon et la rédemption, thèmes biens chers à la franc-maçonnerie. Et certainement empreint aussi de « cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la Tragédie », dont parlait Racine.

Le Ballet de l’Opéra de Paris reprend vie avec un triptyque Balanchine

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Après la longue période de grève qui a causé l’annulation de 45 représentations et une perte de plus de vingt millions d’euros durant les fêtes de fin d’année, l’Opéra de Paris reprend peu à peu son activité, même si les soirées de première n’ont pas eu lieu jusqu’à présent. Et le Ballet qui n’a pas pu représenter Raymonda de Glazounov dans la production de Rudolf Nureyev, ni Le Parc d’Angelin Preljocaj et n’a assuré qu’une partie des reprises de Giselle, est maintenant en mesure de reprogrammer ses spectacles ; mais avant le lever du rideau, un communique projeté sur écran rend le public attentif à la précarité du régime des retraites, ce qui soulève une salve d’applaudissements de soutien. 

Est ainsi proposée une soirée George Balanchine comportant trois de ses ballets, donnée en accord avec le Balanchine Trust conformément aux normes d’exécution en matière de style et de technique. Le programme comporte d’abord l’une de ses chorégraphies les plus célèbres, Serenade, élaborée d’après la Sérénade pour cordes op.48 de Tchaikovsky (à l’ordre des mouvements modifié) qui avait été créée par les élèves de l’American Ballet School le 10 juin 1934 et qui était entré au répertoire du Ballet de l’Opéra le 30 avril 1947. Sans argument, les danseuses en longs tulles azurés conçus par Barbara Karinska sont figées, le bras droit tendu vers l’espace, sous les lumières bleutées de Perry Sylvey ; puis elles se mettent en mouvement, se groupant sporadiquement selon une ordonnance précise que règle Sandra Jennings. L’entrée du premier danseur, Marc Moreau le 22, Simon Le Borgne le 23, se synchronise avec le début de la Valse, entraînant dans ses tourbillons aériens le trio féminin conduit par Ludmila Pagliero puis Marion Barbeau. L’Elégie conclusive unit cinq des premiers plans en une émouvante déploration à laquelle se joindra l’ensemble se tournant vers l’Au-delà, tandis que l’Orchestre de l’Opéra National de Paris, remarquablement dirigé par Vello Pähn, réexpose le motif initial du tutti.

Pascal Dusapin, compositeur

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Après la première mondiale retentissante de son dernier opéra, Macbeth Underworld, à la Monnaie en septembre dernier, Pascal Dusapin était de passage à Bruxelles où sa maison d’opéra de prédilection, BOZAR et le Belgian National Orchestra ont donné un bel aperçu de son œuvre. Au programme, le concerto pour violon Aufgang le 14 février, le Quatuor à cordes n°4 le 16, et Extenso (solo n°2 pour orchestre) le 22. Le 16 mai prochain aura lieu la création belge du concerto pour orgue et orchestre Waves

En dépit d’un agenda chargé, le compositeur nous avait donné rendez-vous à son hôtel. Son train matinal au départ de Strasbourg avait pris du retard. L’incident aurait presque été digne d’un opéra de John Adams : à mi-chemin, le convoi s’était immobilisé et une unité d’élite était montée à bord; un homme armé (celui d’Ockegem, de Josquin Des Prez ou de Palestrina ?) avait été aperçu arpentant un tunnel. Résultat des courses : de déviation en déviation, neuf heures de trajet pour rejoindre Bruxelles ! En de telles circonstances, d’aucuns auraient annulé l’entrevue. Pas lui. Exténué mais heureux comme Ulysse d’avoir enfin gagné ses pénates, il s’excusa d’ « avoir un peu l’air d’un fauve », s’empressa de combler son estomac vide depuis tôt le matin et nous accorda, entre deux bouchées, un entretien convivial de plus d’une heure, intarissable comme à chaque fois qu’il parle de son art. Avant de s’éclipser en coup de vent vers son prochain rendez-vous…

Lors de la remise des Prix Caecilia 2019, le 11 février dernier, vous avez tenu des propos très chaleureux envers la Belgique -et en particulier à l’égard de la Monnaie, qui, à vous croire, ne serait rien moins que votre « maison d’opéra de cœur »…

C’est tout à fait comme ça que je considère la Monnaie. C’est la seule maison d’art lyrique -et j’ai pourtant généralement de la chance avec l’opéra- à m’avoir consacré sept ou huit productions, dont trois créations mondiales : c’est au Théâtre Royal de la Monnaie qu’ont eu lieu les premières de Medeamaterial, Penthesilea et Macbeth Underworld, respectivement sous le mandat de Bernard Foccroulle et sous celui de Peter de Caluwe ; et Passion, O Mensch! et To Be Sung, ainsi qu’une nouvelle Medea, y ont également été portés à la scène. Parler de « fidélité » n’est donc pas exagéré. Et puis, je me suis toujours senti très bien à la Monnaie. À vrai dire, la Belgique, depuis ma prime jeunesse, a été toujours été très généreuse à mon égard ; mes œuvres y sont régulièrement exécutées en concert. L’une de mes grandes partitions orchestrales et chorales, Melancholia, a, elle aussi, été créée par l’Orchestre de la Monnaie. S’ajoute à tout cela l’amabilité du public et des interprètes belges. C’est très particulier. Les gens avec lesquels j’ai travaillé ici ont toujours fait preuve d’une grande bienveillance envers moi et à l’égard de mon travail. Mes rapports avec eux sont toujours assez doux et très professionnels. Je le dis sans aucune démagogie et sans vouloir flatter personne.