Gina Bachauer, une grande pianiste trop oubliée

par

Gina Bachauer ; the Rare Recordings. Oeuvres de Edvard Grieg, Ludwig van Beethoven, Jean-Sébastien Bach, Wolfgang Amadeus Mozart, Camille Saint-Saëns, Gabriel Fauré, Maurice Ravel, Claude Debussy, Johannes Brahms, Franz Liszt. Gina Bachauer, piano.  Chefs et orchestres divers. 1949 à 1962-ADD-66'05, 75'13, 71'01 et 74'59-Textes de présentation en anglais et allemand-Profil Günter Hänssler PH 18018 (4 cd)

Eternelle oubliée parmi les « grands » pianistes du 20ème siècle, la Grecque Gina Bachauer était cependant douée d'un talent qui ne le cède en rien face à ses collègues demeurés plus célèbres. Le label Mercury l'avait d'ailleurs bien compris en lui permettant d'enregistrer quelques disques de toute beauté, déjà réédités mais presque aussitôt disparus. Certains d'entre eux font leur retour dans ce petit coffret qui rassemble une anthologie pertinente de ce que cette artiste discrète nous a laissé. Si nous en faisons l'inventaire, nous trouvons donc une part de l'héritage laissé chez Mercury, déjà évoqué: 2ème de Brahms et 5ème de Beethoven sous la direction de Stanislaw Skrowaczewski à Londres ainsi que Gaspard de la nuit de Ravel et Pour le piano de Debussy. L'éditeur a cependant laissé de côté bien des choses, entre autres le 4ème concerto de Beethoven et les deux de Chopin avec Dorati, ainsi que des Liszt, Debussy, Beethoven et Stravinsky en solo.

Deuxième pan: les enregistrements HMV. Le disque publié vers 2005 par APR est repris intégralement ici, c'est-à-dire : Rhapsodie espagnole, Funérailles et Rhapsodie hongroise n° 12 de Liszt, Toccata, Adagio et fugue de Bach et 26ème concerto de Mozart ; les pages concertantes sont dirigées par Alec Sherman et le tout date des années 1949 et 1951. Nous trouvons en plus un 24ème de Mozart, un 2ème de Saint-Saëns et la Ballade de Fauré. Enfin, on se régalera d'un concerto de Grieg capté pendant la « Last night of the Proms » de 1961 au Royal Albert Hall de Londres où le public, chauffé à blanc comme il se doit lors de cet événement annuel, fait une délirante ovation à la pianiste et au chef, Basil Cameron. Le concert presque complet, où Malcolm Sargent tenait la baguette pour le reste, a été édité par le magazine BBC Music en 1998 mais ne semble plus avoir été disponible depuis.

A l'écoute, le style de la pianiste native d'Athènes semble avoir évolué sensiblement entre la fin des années 40, celles d'HMV, et les années 60, époque à laquelle ont été enregistrés les disques Mercury. Dans ses premières gravures, le toucher est d'une délicatesse aristocratique qui rappelle beaucoup la manière de Lili Kraus. Par la suite, les sonorités se font plus massives mais sans tomber dans la lourdeur, et elles impressionnent par un impact immédiat très différent et efficace qui ne renonce jamais à la subtilité: c'est cette fois à Myra Hess que l'on pense. Tenez-vous à être convaincu ? Ecoutez le larghetto du K.491: le piano semble flotter quelques centimètres au-dessus du sol, soutenu par un orchestre en état de grâce et une direction particulièrement inspirée. Délectez-vous aussi de l'approche ludique avec laquelle elle aborde le 2ème mouvement de l'opus 22 de Saint-Saëns. Ceci devrait emporter sans difficulté une adhésion inconditionnelle.

Bernard Postiau

Son: 8 Livret: 2 Répertoire: 10 Interprétation: 10

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