Jean-François Heisser et l’alchimie du son de Ravel

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Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour piano et orchestre en sol ; Ma Mère l’Oye, cinq pièces enfantines, version orchestrale ; Le Tombeau de Couperin, suite d’orchestre ; Pavane pour une infante défunte, transcription pour orchestre. Orchestre de chambre Nouvelle-Aquitaine ; Jean-François Heisser, piano et direction. 2020/21. Notice en français et en anglais. 59’. Mirare MIR 582.

Un regard renouvelé et inspiré sur les quatuors à cordes de Schubert par l’Alinde Quartett. 

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Franz Schubert (1797 - 1828) : Quatuor à cordes n° 13 en la mineur D 804 (opus 29 n°1) – Bartolomeo Dandolo Marchesi (né en 1994) : Ach, Alinde ! (2023, hommage à Schubert) pour quatuor à cordes - Franz Schubert : Quatuor à cordes n° 8 en si bémol majeur D 112 (opus posth. 168). Alinde Quartett.  2022 et 2023. Livret en allemand et en anglais.  71’24’’ Hänssler classic HC24020.

Donizetti en mélodies

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Gaetano Donizetti (1797-1848) Songs,  Volume 1. Lawrence Brownlee, Ténor ; Carlo Rizzi, Piano. 2024. Livret en anglais- texte chanté en italien.  70’52’’. Opera Rara.  ORR254   

Gaetano Donizetti (1797-1848) Songs,  Volume 2. Nicola Alaimo, Baryton  ; Carlo Rizzi, Piano. 2024. Livret en anglais- texte chanté en italien.  80’50' . Opera Rara.  ORR255   

A Genève,  un Kissin éblouissant   par Paul-André Demierre

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Depuis de nombreuses années, Yevgeny Kissin est l’invité régulier de l’Agence de concerts Caecilia pour sa série ‘Les Grands Interprètes’. Au fil de chaque récital, l’on perçoit une maturité dans son jeu qui cherche l’équilibre des plans sonores en laissant de côté le brillant factice d’une virtuosité tapageuse. 

La Deuxième Partita en ut mineur BWV 826 de Bach en donne la preuve éclatante par son entrée en matière qui se veut péremptoire, tout en nimbant d’un son clair l’allegro et le fugato de la Sinfonia initiale soutenus par une main gauche d’une rare précision. Dans une logique parfaitement naturelle, il enchaîne l’Allemande avec son canon agençant deux voix qui s’écoutent attentivement avant de les laisser s’affirmer brillamment dans la Courante. La Sarabande se confine dans une introspection rassérénée qui distille les audaces harmoniques pimentant ensuite le Rondeau qui déroule ses formules en cascades. Et c’est avec la sobre rigueur d’un Capriccio à trois voix que s’achève cette Partita qui, d’emblée, a mis en lumière la pondération d’un jeu qui évite de durcir le son.

Le programme se poursuit avec deux des Nocturnes de Chopin, l’opus 27 n°1en ut dièse mineur déroulant une basse ondoyante sur tessiture large soutenant le chant éperdu de deux voix nostalgiques qui survivront à un Più mosso fébrile, alors que l’opus 32 n.2 en la bémol majeur renoue avec une fluidité mélodique qui saura se maintenir dans le Più agitato médian avec ses accords en triolets. Le Quatrième Scherzo en mi majeur op.54 cultive la même veine en insérant les traits arachnéens dans une ligne de chant qui se gorge d’atavique mélancolie dans le Più mosso médian avant de reprendre la partie initiale et de conclure par une stretta échevelée. 

En seconde partie, chaussant ses lunettes pour affronter une partition redoutable, Yevgeny Kissin s’attaque à un ouvrage peu connu de Dmitri Chostakovitch, la Deuxième Sonate en si mineur op.61 datant de 1943. Sur une basse aux rythmes pointés qui lui sert de support mélodique, la main droite livre un trait en vrille qui amène un cantabile à la pointe sèche se déroulant dans l’aigu de la tessiture. Une marche aux tutti carillonnants se résorbe en une polyphonie où les mains se croisent pour jouer avec les modes majeur ou mineur. Le Largo fait dialoguer deux voix dans une poésie intime ponctuée par d’étranges accords en sourdine étirant la péroraison vers d’irréelles sphères. Le Final égrène un thème monodique à la main droite donnant naissance à une ample passacaille dont les lignes se resserrent pour ériger de massifs tutti que la coda diluera en un choral pianissimo s’éteignant dans les méandres d’une basse mystérieuse. 

CPE Bach, les symphonies hambourgeoises par Arte dei Suonatori : un théâtre bien appris

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Instrumental theatre of affects. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Symphonies en sol majeur, si bémol majeur, ut majeur, la majeur, si mineur, mi majeur Wq 182/1-6. Fantaisies pour clavier en ut mineur Wq 63/6:III, en fa majeur WQ 59/5, en sol mineur WQ 117/13. Arte dei Suonatori, Marcin Świątkiewicz, clavecin, pianoforte. 2022. Livret en allemand, anglais, français. 84’27’’. SACD BIS-2459

Peer Gynt d’Olivier Py au Châtelet : un spectacle hallucinant

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Peer Gynt est un poème dramatique d’Henrik Ibsen, mis en musique par Edvard Grieg. Adapté en Français et mis en scène par Olivier Py, il se donne actuellement au Théâtre du Châtelet, à Paris. Porté par un Bertrand de Roffignac absolument époustouflant, ce spectacle est hallucinant à plus d’un titre.

Henrik Ibsen, auteur norvégien, en avait écrit le texte, en 1866. Qualifié de Lesendrama (drame en lecture), c’est alors une pièce destinée à être lue mais non représentée. En 1874, Edvard Grieg, jeune compositeur norvégien prometteur, lui adjoint une musique d’accompagnement. En 2025, Olivier Py, metteur en scène et actuel directeur du Théâtre du Châtelet (Paris), en propose sa version. « Tradaptée » par ses soins en Français, elle oscille entre opéra-comique, vaudeville, opérette et tragédie, sans jamais relâcher un haut niveau de tension dramatique et de talent.

Peer Gynt, avatar fantasmé d’Ibsen, est un personnage fantasque, ridicule, épuisant, attachant et fortement déséquilibré. Il entretient une relation quasi-fusionnelle avec sa mère, chevauche des boucs imaginaires ou encore des femmes-trolls, est incapable de s’engager vis-à-vis de la femme qu’il aime, s’enivre à en perdre la raison et part tenter sa chance par le vaste monde, devenant brigand, contrebandier ou encore marchand d’esclaves. Lubrique et excité, mythomane et même schizophrène, il nous partage ses hallucinations, plus de trois heures durant, porté avec une énergie hors du commun par le comédien Bertrand de Roffignac. C’est dérangeant, éprouvant et génial. 

A Genève, une Maria de Buenos Aires à l’état pur 

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Depuis quelques mois, Genève s’enorgueillit d’une nouvelle salle d’un peu plus de trois cents places, La Cité Bleue. Sous l’égide de Leonardo García Alarcón ce théâtre se veut un nouveau lieu de rencontres internationales   à vocation artistique, ce que démontre aussi l’extrême diversité de sa programmation qui ne comporte rien moins que vingt-et-une nouvelles productions.

Lors d’entretiens avec le bandonéoniste William Sabatier, Leonardo García Alarcón a perçu l’importance qu’avait à ses yeux la présentation de la version originale de Maria de Buenos Aires, l’operita d’Astor Piazzola sur un livret d’Horacio Ferrer telle qu’elle avait été créée à la Sala Planeta de Buenos Aires le 8 mai 1968. Un enregistrement inédit de la première a même révélé deux tableaux retirés de l’édition discographique qui sont restitués ici. La version de concert proposée à la Cité Bleue comporte un quatuor à cordes, en l’occurrence le remarquable Quatuor Terpsycordes, dialoguant avec un ensemble incluant piano, guitare, flûte, contrebasse et double percussion, alors la partie de chœur monocorde est diffusée en fond de scène. Amélie Parias conçoit une mise en espace des trois protagonistes, Maria, Gorrion et El Duende pour une trame extrêmement mince : Maria, née dans un faubourg de Buenos Aires, a quitté sa famille pour mener une vie licencieuse qui précipite sa fin dans les égouts. De son Ombre s’éprend El Duende, et de leur liaison naîtra une fille qui s’appellera elle aussi Maria. Le dernier tableau, Tangus dei, en célébrera la sanctification en l’érigeant en vierge protectrice de la ville. 

Par chance, cette intrigue tarabiscotée figure dans le programme de salle et donne quelques points d’ancrage à tout spectateur qui ne comprend pas l’espagnol, car aucun surtitre n’est projeté durant les 1h 50 que dure la production. Totalement déboussolé, le malheureux se demande ainsi pourquoi El Duende s’entête à cravacher le pavement durant dix minutes en bredouillant milles injures au milieu de sa paperasse…