König Karotte - Der Zauberer von Oz au Volksoper de Vienne

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Au moment que toute la ville se pare pour accueillir Noël et célébrer le Nouvel An, les maisons d’opéra de Vienne ne restent pas en retrait. Au Staatsoper, La Bohème et Hänsel und Gretel sont à l’affiche en attendant Die Fledermaus, traditionnellement réservée au réveillon du Nouvel An. Le Volksoper, qui propose à son public fidèle un choix varié d’opéras, opérettes et musicals en Allemand n’a qu’à choisir dans son répertoire. Pour fêter le 200e anniversaire de Jacques Offenbach, il s’est attaqué au Roi Carotte -devenu bien sûr König Karotte- dans une traduction du livret de Victorien Sardou par Jean Abel, et présenté avec surtitrage des morceaux chantés.

À Lausanne, une Hélène désopilante, 

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Après avoir ouvert la saison 2019-2020 avec de remarquables Contes d’Hoffmann, l’Opéra de Lausanne affiche, pour les fêtes de fin d’année, La Belle Hélène, afin de commémorer le bicentenaire de la naissance de Jacques Offenbach. Son directeur, Eric Vigié, en commande une nouvelle mise en scène à Michel Fau qui s’entoure d’Emmanuel Charles pour les décors, de Daniel Belugou pour les costumes et de Joël Farbing pour les éclairages. 

Dès le lever de rideau, que de cocasserie avec le temple de Jupin/Jupiter s’encastrant dans les grands boulevards avec leurs immeubles en perspective sur lesquels s’aglutineront les Spartiates en goguette côtoyant une Vénus exhibant ses seins sous ses longs cheveux, un Adonis à peine vêtu d’un pagne, une Léda étreignant son cygne. Hélène fait montre de ses jolis pieds sous une ample crinoline rouge qu’elle troquera contre un truc en plumes à la Zizi Jeanmaire puis un fourreau Chanel noir et blanc sous tiare à aigrettes. Le beau Pâris à crinière blonde arbore la tunique blanche ou bleu ciel, la robe rose d’oracle de Vénus et même les jambières chèvre-pied du satyre se faufilant dans le rêve de la reine en achevant son parcours sous les fanfreluches d’une girl de french cancan, tandis que le décor se métamorphose en rivage de Nauplie avec apparition de la nef en partance pour Cythère. Sous le regard désemparé de Calchas, bardé de rouge sous un impressionnant casque à plumes, le récit mythologique en prend un coup avec la colombe de Vénus se cassant la tête devant les cocottes Parthenis et Loena émoustillant le jeune Oreste devenu preux chevalier, alors que Ménélas, ajustant sa couronne de laurier, enfourche le cheval de Troie pour gagner la Crète.

Monumentale Tosca à la Scala de Milan

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Pour son début de saison 2019-2020, la Scala de Milan choisit Tosca, ouvrage qui, à partir de mars 1900, y a connu trente séries de représentations mais qui, curieusement, n’a servi qu’une seule fois de spectacle d’ouverture, le 6 décembre 1928. Il permet aussi à Riccardo Chailly de poursuivre son cycle ‘pucciniano’ en présentant la version originale reconstituée par le musicologue britannique Roger Parker d’après la première édition chant et piano publiée par Ricordi quelques semaines après la création romaine du 14 janvier 1900. Les quelques adjonctions sont infimes et concernent le duetto initial Tosca-Cavaradossi, la fin du Te Deum, la prière de Spoletta au terme de la scène de torture, une formulation diverse du Quanto ?... Il prezzo, quelques mesures ajoutées après Vissi d’arte et, plus substantiellement, une scène de mort de Scarpia beaucoup plus développée et une fin d’opéra sensiblement différente ; mais il est vraisemblable que le compositeur les ait éliminées partiellement au cours des répétions puis dans la version définitive. Et Riccardo Chailly les restitue naturellement dans une lecture intelligente qui sait être palpitante de bout en bout sans l’emphase qui pourrait noyer le plateau vocal.

Quant à la production, elle est confiée au metteur en scène turinois Davide Livermore qui a décidé de jouer la carte du grandiose dans une optique traditionnelle qui surprendra le spectateur ayant vu son Attila en ce théâtre ou ses Ciro in Babilonia, Italiana in Algeri, Turco in Italia ou Demetrio e Polibio à Pesaro.

À Genève, LES INDES… à contre-sens 

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Pour la première fois dans sa longue histoire, le Grand-Théâtre de Genève affiche Les Indes galantes, le plus célèbre des opéras-ballets que Jean-Philippe Rameau fit représenter à l’Académie Royale de Musique le 23 août 1735. Le genre implique le divertissement où, comme l’indique le programme, la danse joue un rôle aussi important que le chant. A l’époque, tous les rivages éloignés comme la Turquie, le Pérou, la Perse ou l’Amérique sont considérés comme des ‘Indes’ où la galanterie est symbole d’érotisme.

Que voit-on ici ? Sous de magnifiques éclairages conçus par Olaf Freese, le décor de Heikke Scheele représente un théâtre de cour XVIIIe, laissé à l’abandon avec des murs de loge en démantèlement, alors que quelques jeunes en nuisette et collants blancs déplacent des armatures de lit avec sommier ; selon Lydia Steier qui assume la mise en scène en coordination avec le chorégraphe Demis Volpi, ils constituent le groupe de l’Amour. Tandis que, tous sexes confondus, tout ce joli monde s’étreint lascivement, apparaît la déesse Hébé campée par Kristina Mkhitaryan, manquant singulièrement d’ampleur dans le bas medium pour être convaincante face à un claironnant Renato Dolcini incarnant en travesti Bellone, la déesse guerrière entraînant avec elle sa soldatesque armée jusqu’aux dents. En une fraction de seconde, nous voilà confrontés à une rafle du Vel d’Hiv où l’on torture sadiquement deux ou trois frondeurs. Afin de produire un fil rouge narratif, s’enchaîne la première entrée, ‘Le Turc généreux’. Hébé se glisse dans les formes opulentes d’une Emilie devenue odalisque, tandis que Bellone se métamorphose en Pacha Osman ventripotent, ne songeant qu’à anéantir Valère, l’amoureux transi, personnifié par Cyril Auvity à l’émission droite mais à la diction soignée.

Portrait de Sergueï Slominsky

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Sergueï SLONIMSKY (1932)  : Requiem ; Deux chœurs d’après des poèmes de Pouchkine ; Deux chansons russes. Tatiana Mineyeva, soprano ; Polina Shamayeva, mezzo-soprano ; Andrei Bashkov, ténor, Dmitri Kuznetsov, basse ; Grand Choeur Académique Les Maîtres du chant choral, Chœur de Chambre du Conservatoire de Moscou, Chœur d’Etat de Tula ; Orchestre symphonique du Conservatoire de Moscou, sous la direction de Vyacheslav Valeyev. 2019. Livret en russe et en anglais. 57.01. Melodiya MEL CD 10 02598.

Weinberg en sonates

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Mieczysław Weinberg (1919-1996) Sonates pour violoncelle et piano op. 21 et 63 - Sonate pour violoncelle solo op 72 - Berceuse op. 1 pour piano. Wojciech Fudala, violoncelle, Michal Rot, piano. CD DUX 1545

Avec Jodie Devos, des Ah ! et des roulades 

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Lors de son dernier récital au Théâtre Royal de La Monnaie le vendredi 13 décembre, la soprano belge Jodie Devos s’est adressée au public d’entrée de jeu : « il va y avoir des Ah ! et des roulades ! ». Mais d’où vient que ces élans d’extrême virtuosité, allant des vocalises endiablées aux divins aigus en passant par des notes tantôt piquées tantôt filées, provoquent de tout temps dans les salles autant de manifestations spontanées d’un joyeux plaisir ? La magie ne serait-elle pas due à un phénomène purement kinesthésique ? Reprenons depuis le début. Qu’est-ce qu’un aigu ? Une note élevée (à l’extrême, si l’on parle de suraigus) dont l’émission dépend de la taille des cordes vocales, de leur capacité d’étirement et de toutes les autres fonctions du larynx et du corps impliquées dans leur vibration, qui est à l’origine du son. Qu’est-ce qui détermine la capacité d’un chanteur à émettre des (sur)aigus ? La nature vocale d’abord, le travail ensuite. Quel(s) effet(s) la production d’aigus procure(nt)-ils au chanteur ? Certains diront la plénitude, d’autres le plaisir, l’adrénaline, d’autres encore la folie, la joie, la bonne humeur, avant d’exprimer peut-être une certaine fatigue. C’est que c’est fragile, ces petites cordes-là. L’on pourrait dire que leur puissance est inversement proportionnelle à leur délicatesse. Un chanteur averti travaillera autant à étirer sa voix vers les extrémités de sa tessiture qu’à la détendre pour la reposer, l’entretenir, la choyer et prolonger ainsi sa longévité. Quel(s) effet(s) ces aigus procurent-ils au spectateur ? L’on observe régulièrement l’admiration, les applaudissements jaillissants, le besoin de clamer haut et fort l’enthousiasme, l’éblouissement, le ravissement, l’exaltation, toutes ces marques de reconnaissance qui nourrissent l’artiste et le relancent dans sa quête passionnée.

À la Scala une fascinante SYLVIA 

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Pour ouvrir sa saison 2019-20, le Corps de ballet de la Scala et Frédéric Olivieri, son directeur artistique depuis 2002, choisissent un ouvrage insolite, Sylvia, le ballet en trois actes de Léo Delibes créé à l’Opéra de Paris le 14 juin 1876 et représenté une seule fois sur la scène milanaise, à la fin décembre 1894, dans la chorégraphie originale de Louis Mérante. 

Pour cette nouvelle production, l’on a fait appel à Manuel Legris, ex-danseur étoile de l’Opéra et actuel directeur du Staatsballett de Vienne. Pour lui, Sylvia le ramène à ses premières années à l’Ecole de Danse où il avait vu la version de Lycette Darsonval avant de prendre part lui-même à la relecture de John Neumeier datant de 1997 qu’il a dansée au Palais Garnier. De cette stylisation modernisée qui rend l’intrigue confuse, sa vision est totalement diverse, ce qui l’a amené à collaborer avec Jean-François Vazelle pour réorganiser la trame, scène par scène, en respectant la tradition, ainsi qu’avec Luisa Spinatelli qui a créé des décors inspirés de l’Antiquité grecque et des costumes aux coloris caractérisant chaque groupe (le rouge pour les chasseresses, le vert pour les faunes). Et le résultat de cette longue et patiente élaboration a été présenté au Staatsoper de Vienne en janvier 2018, en co-production avec Milan. 

Rodelinda en vidéo

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Georg Friedrich Haendel (1685-1769) :  Rodelinda. Jakub Józef Orlínski, Jeanine De Bique, Tim Mead, Benjamin Hulett, Avery Amereau, Andrea Mastroni, Jean Bellorini, Le Concert d'Astrée,Emmanuele Haïm, - Mise en scène, scénographie et lumières, Jean Bellorini - Opéra de Lille 2019 - DVD Erato 542032