Clara Levy, voyage au centre du violon
Outre-Nuit. Clara Levy (1991-) ; Giacinto Scelsi (1905-1988) ; Kaija Saariaho (1952-2023) ; Erika Vega (1987-) ; Eva Maria Houben (1955-). Clara Levy, violon. 2024 Livret en anglais. 50’44". Sub Rosa. SR570.
Outre-Nuit. Clara Levy (1991-) ; Giacinto Scelsi (1905-1988) ; Kaija Saariaho (1952-2023) ; Erika Vega (1987-) ; Eva Maria Houben (1955-). Clara Levy, violon. 2024 Livret en anglais. 50’44". Sub Rosa. SR570.
Bach Collegium Japan a lancé sa tournée européenne à Paris le 21 janvier dernier. Contrairement à son habitude d’interpréter des œuvres de Jean-Sébastien Bach, l’ensemble a proposé un programme exclusivement consacré à Mozart. Parmi les œuvres, le Requiem a été révisé par Masato Suzuki, chef principal de l’ensemble, qui a dirigé le concert.
Fils du fondateur du BCJ Masaaki Suzuki, Masato Suzuki est devenu le chef principal de ce célèbre ensemble, et c’est sous sa direction que la grande partie de cette tournée se déroule. Après Paris, les musiciens et chanteurs s’arrêtent jusqu’au 1er février dans six villes réparties sur quatre pays, notamment Madrid, Barcelone, Toulouse, Düsseldorf et La Haye. Ils interprètent un programme unique regroupant trois des œuvres les plus célèbres de Mozart : la 40e Symphonie, le Requiem et Ave Verum.
Le point culminant de ce programme est la version du Requiem revisitée par Masato Suzuki, en deuxième partie du concert. Dans le programme de la salle, le chef précise s’être appuyé sur la version de Franz Xaver Süssmayr (élève de Salieri et assistant de Mozart), respectant ses ajouts contenant des informations aujourd’hui perdues. En s’inspirant également des recherches du musicologue Christoph Wolff, il a cherché à distinguer ce qui peut être directement attribué à Mozart. Les modifications apportées par Suzuki ne visent que les éléments nécessitant des ajustements pour des raisons techniques ou artistiques. Il y décrit sa méthodologie pièce par pièce, offrant aux amateurs avertis des informations musicologiques succinctes mais précises.
Il était une fois… lorsque des consignes sanitaires très strictes faisaient de notre ordinateur un compagnon encore plus fréquenté qu’à l’ordinaire, je naviguais sur la toile sans savoir où me menait ma dose quotidienne de coups de souris. Comment ai-je atterri sur le nom d’Alexandre Georges ? Souvenir de jeunesse puisque c’était le père de mon premier professeur de piano, Bernadette Alexandre-Georges, une disciple de Cortot à qui je dois ma vocation de musicien.
Le papa, Alexandre, dont la photo trônait sur le piano pendant mes leçons, avait été formé à la dure école Niedermeyer (comme Fauré). Né en 1850, organiste de l'église Saint-Vincent-de-Paul à Paris, très célèbre de son vivant, il était joué régulièrement à l'Opéra de Paris mais tomba totalement dans l’oubli après sa mort en 1938.
En 1904, il avait reçu commande de la pièce pour trompette et piano imposée au concours final du Conservatoire de Paris, la Légende de Larmor, dont on trouve quelques enregistrements sur Youtube. Après consultation de notre magicien de la trompette, Romain Leleu, nous tombons d’accord sur le fait que l’œuvre mérite d’être exhumée. L’idéal serait de pouvoir la jouer avec orchestre, ça parle davantage que la version trompette-piano. Une orchestration de musique française, c’est Anthony Girard qu’il nous faut. Il accepte de s’embarquer dans le projet et le répertoire des trompettistes se trouve en quelques clics enrichi d’une belle pièce avec orchestre que nous présentions en ce début d’année, loin des côtes bretonnes, au public lituanien de Kaunas. Grand succès. Nul doute qu’elle fera carrière.
Edvard Grieg (1843-1907) : Danses symphoniques Op. 64. Cortège nuptial Op. 19/2. Trois Pièces de Sigurd Jorsalfar Op. 56. Deux mélodies élégiaques Op. 34. Suite Lyrique Op. 54. Maurice Abravanel, Orchestre symphonique de l’Utah. 1975, rééd. 2024. Livret en anglais. 70’41''. VOX-NX-3038.
Piotr Ilyich Tchaïkovski (1840-1893) : La Dame de pique, ouverture ; Claude Debussy (1862-1918) : Prélude à l’après midi d’un faune ; La Mer ; Sergei Rachmaninov (1873-1943)/ Ottorino Respighi (1879-1936) : Deux études tableaux ; Sergei Prokofiev (1891-1953) : Ouvertures sur des thèmes juifs. Philharmonia Orchestra ; BBC Symphony Orchestra ; London Symphony Orchestra, direction : Evgeny Svetlanov. 1979, 1999 et 2001. Livret en : anglais, allemand et français. 66’00’’. ICAC 5181.
Les pièces au programme de ce soir convoquent deux époques, dans une mixité susceptible d’ouvrir un public à l’autre (et vice-versa), initiative bienvenue (et payante, la salle est comble) qui me met toutefois en porte-à-faux, moi qui ai si peu à ajouter sur tout ce qui a déjà été dit ou écrit à propos de l’œuvre du compositeur emblématique de la musique romantique allemande (musique qui n’est, par ailleurs et nonobstant ses qualités, pas ma tasse de thé) : du viennois Franz Schubert, que ses amis surnomment « Schwammerl » (le « petit champignon ») en raison de sa taille réduite et de sa chevelure bouclée et massive (le chapeau mycologique), réservé mais baignant son inspiration de ses émotions (au premier rang desquelles, le tourment, la douleur, la mélancolie), piètre pédagogue mais compositeur sur-actif/efficace (il meurt brutalement à 31 ans en laissant plus de 1000 œuvres achevées), le Quintette à cordes en ut majeur, écrit lors de son dernier été, est vu comme le pic, l’aboutissement de sa musique de chambre.
De pic(s), il en est aussi question dans le Quintette à deux violoncelles de Jean-Paul Dessy, titré Orée Oraison Hors-Raison (on connaît son goût de la langue et de l’euphonie) : de grandes vagues successives, d’un engrenage d’élans toniques, surgit la trouvaille sonore, se construit un chemin où les violoncelles se complètent, contribuent comme un couple du 21ème siècle aux tâches familiales, gravissent la pente (les pentes, il y en a plus d’une) qui mène au climax où tout se tait à l’explosion, sorte de phase inverse de l’éruption volcanique – pour celle-ci, c’est au jaillissement de la lave que débute le beau, alors que pour la musique du compositeur hutois, c’est l’apaisement qui lui donne son nom et en marque la frontière, telle une invitation à s’arrêter, se retourner et le contempler.
L'enregistrement Il Concerto Caccini, de notre compatriote Nicolas Achten et de son ensemble Scherzi Musicali, pour le label belge Ricercar nous mène sur les traces musicales de la famille Caccini. Giulio Caccini, bien sûr mais aussi ses filles Francesca et Settimia. Cet album remporte le prix “musique ancienne” des International Classical Music Awards 2025. Crescendo Magazine est heureux de s’entretenir avec l’un des plus brillants représentants de la scène belge actuelle.
Giulio Caccini n’est pas la figure la plus connue de son temps. Qu’est-ce qui vous a amené à lui consacrer ce double disque ?
C’est pourtant l’une des plus importantes… Comme beaucoup de chanteurs, j’ai découvert Giulio Caccini par son Amarilli, mia bella que l'on trouve dans un des volumes des Arie Antiche. Je devais avoir 12 ans et ça a été un réel coup de foudre. Je me suis intéressé à son œuvre, découvert ses Nuove Musiche, son Euridice (que nous avons d’ailleurs enregistré en 2008)… La musique de Caccini accompagne mon parcours de musicien et celui de l’ensemble depuis ses débuts. J’ai également entrepris un certain nombre de recherches autour de l’univers florentin autour de 1600, en étant l’une des figures de proue, Caccini se rappelle à moi avec une certaine récurrence.
Quelles sont ses particularités stylistiques ? Comment s’intègre-t-il dans la musique de son époque ?
Caccini a joué un rôle déterminant dans la naissance du madrigal soliste à voix seule et basse continue. Il est membre de la Camerata Bardi qui à dans le dernier quart du dix-septième siècle, regroupe les principaux humanistes de Florence. Cette Camerata va, inspirée par les pratiques de l’antiquité, va rendre au texte sa primauté sur la musique, et tant le chant que son accompagnement seront au service de l’expression des paroles. La musique de Caccini cherche au mieux à répondre à ces idéaux : une musique à voix seule dans laquelle la ligne vocale cherche à épouser la déclamation et les inflexions rhétoriques du texte, tant sur le plan rythmique que de la hauteur des notes. L’ornementation prend également une place importante (la vanité des chanteurs virtuoses de l’époque ?), mais cette ornementation est aussi toujours au service du texte : elle doit se limiter à sublimer l’émotion d’un mot et se limiter à la syllabe qui en est l’accent tonique. Il a écrit des madrigaux d’une part, généralement très acrobatiques, et des “canzonette a ballo” (“chanson à danser”) et Caccini détaille assez bien ce cheminement dans ses préfaces que l’on peut considérer comme le premier traité de chant des temps modernes. Il est assez rare pour nous, musiciens, d’avoir autant d’instructions en ligne directe de la part d’un compositeur de l’époque. Aborder sa musique à la lumière de ses instructions est donc extrêmement inspirant.
À l’occasion de la parution chez l’éditeur Chanteloup du neuvième et avant-dernier volume de leur enregistrement intégral de l’œuvre d’orgue de Johann Sebastian Bach, Marie-Ange Leurent et Éric Lebrun ont accepté de se confier sur cet admirable projet commencé il y a une dizaine d’années.
Dans les années 1990 pour Erato, Marie-Claire Alain avait construit son intégrale comme une série de récitals. Celle de Jörg Halubek (Berlin Classics) privilégie la géographie et se stratifie par coordonnées topologiques. Celle de Jacques Amade chez Bayard rattachait les œuvres, sacrées comme profanes, aux moments de l'année liturgique. Comme Ton Koopman (Teldec) ou Simon Preston (DG), vous avez retenu un découpage essentiellement par genre. Quelles considérations vous ont amenés à cette structuration ?
Nous avons souhaité proposer notre intégrale avec le plus de clarté possible afin que l’auditeur puisse retrouver immédiatement les pièces qu’il recherche. Dans certains cas, nous avons utilisé l’ordre de l’année liturgique (par exemple dans les chorals Kirnberger). Cela nous a amenés à diversifier le plus possible les registrations dans les Préludes et Fugues, et Toccatas et Fugues pour former un tout cohérent, s’enchaînant le plus naturellement possible.
La liste des œuvres abordées accueille quelques opus de paternité douteuse (ähnlich). Y a-t-il des œuvres que vous avez été tentés d’écarter ?
Nous avons systématiquement enregistré les œuvres comportant un numéro BWV même s’il est avéré qu’elles ne sont, dans certains cas, sans doute pas de Bach. En ce qui concerne les découvertes plus récentes portant une référence Anh, nous avons gardé les pages dont l’attribution nous a semblée plus que probable.
La page 18 de la notice du premier volume projetait la distribution des œuvres en neuf jets prévus jusqu'en 2019. Annoncés dans le volume 5, les chorals Schübler apparaissent finalement dans le neuvième. Toccatas & fugues étaient attendues dans le huitième mais ont été anticipées dans le septième, au lieu des Sonates en trio qui ne sont pas encore parues. Quelles circonstances ou décisions expliquent ces aménagements ?
Ce que vous décrivez est effectivement le projet que nous avions défini au moment de nous embarquer dans cette belle aventure. La crise COVID a suspendu des déplacements que nous avions prévus, bousculant la répartition par instruments que nous avions imaginée. Par ailleurs, nous tenions depuis quelques années à enregistrer les Chorals Schübler à Lüneburg, avec un continuo, ce que nous ne regrettons pas. Par ailleurs, le projet final comportera bien 18 CDs au total, plus les 2 CDs de l’Art de la Fugue.


Johannes Brahms (1833 - 1897) : Symphonie n° 1 en ut mineur, Op.68 ; Concerto pour violon en ré majeur, Op.77 ; Ludwig van Beethoven (1770 - 1827) : Symphonie nᵒ 5 en ut mineur, op. 67 et Symphonie nᵒ 7 en la majeur, op. 92. Ayla Erduran, violon ; The National Philharmonic Orchestra of London, The Philharmonic society of London, direction Carlos Païta. 1981-1985. Livret en français et anglais. 77’55’’ et 75’18’’. 2 CD Palais des dégustateurs. PDD040
Ce jeudi 23 janvier a lieu le concert de l’Orchestre national de Metz Grand Est au Namur Concert Hall. L’orchestre est placé sous la direction de la cheffe d’orchestre sud-coréenne Shi-Yeon Sung. La pianiste ukrainienne Anna Fedorova est la soliste du soir. Trois œuvres sont au programme de cette soirée : Ciel d’hiver de Kaija Saariaho, le Concerto pour piano N°1 en si bémol mineur de Tchaïkovski et les Danses symphoniques de Rachmaninov.
Le concert débute avec une pièce de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho : Ciel d’hiver (2013). Cette pièce, atmosphérique et introspective, est un arrangement du deuxième mouvement de sa pièce orchestrale Orion. Le public est plongé dans une expérience où la perception du temps est illusoire. En effet, le silence et la couleur sonore occupent une place centrale dans cette œuvre. L’interprétation de l’orchestre, à travers des textures subtiles et des nuances assez délicates, évoque la tranquillité et la profondeur de l'hiver, avec une sensation de suspension dans le temps. L'œuvre explore également les contrastes entre le calme et la tension, nous invitant à une méditation sonore.
Après cette délicate entrée en matière, place au Concerto pour piano N°1 de Tchaïkovski. Cette œuvre, à la fois majestueuse et émouvante, est sans conteste l'un des concertos les plus emblématiques du répertoire pianistique. Ce concerto est caractérisé par une écriture pianistique brillante et une orchestration riche, bien que cette dernière peut parfois porter préjudice à l’interprétation de la pièce. Au piano, nous retrouvons la pianiste ukrainienne Anna Fedorova, célébrée comme une étoile internationale.