Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

Jours heureux au Festival Enescu de Bucarest (2) : la musique symphonique

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Etonnant Festival Enescu ! La programmation d’une journée « normale » enchaîne récital de grand pianiste à 11h, concert de musique contemporaine à 13h, grands rendez-vous symphoniques à 16h30 et 19h30 et le mélomane très motivé pourra assouvir sa passion musicale jusqu’à des heures très avancées de la nuit grâce au concert baroque de 22h30. Prestige de la manifestation roumaine oblige, les interprètes appartiennent à l’élite musicale.

Pour la journée qui nous occupe ici, deux orchestres étrangers tenaient le haut de l’affiche. Le concert de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège est hélas une déception. Conçue en 1888 par le français Albert Galleron, la salle de l’Atheneum Roumain est certes une merveille architecturale mais son intimité ne favorise guère les tonitruances et éclats orchestraux. En dépit de spectaculaires accélérations jazz, le russe Denis Kozhukhin offre ainsi une interprétation beaucoup trop musclée des Variations sur un thème de Paganini de Lutoslawski et Rachmaninov. Bien qu’ayant déjà probablement dirigé dans cette salle, le chef Tiberiu Soare fait tomber l’orchestre liégeois dans la saturation acoustique.

Jours heureux au Festival Enescu de Bucarest (1) : la musique contemporaine

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Du 31 août au 22 septembre, le Festival Enescu de Bucarest offre un programme éblouissant. De par le prestige de ses interprètes, il faut le répéter car la manifestation reste relativement méconnue, le festival roumain s’affirme, au même titre que Lucerne ou Salzbourg, comme l’un des grands rendez-vous musicaux européens.

Dans la pléthorique programmation, la musique contemporaine tire naturellement son épingle du jeu. Trois orchestres roumains présentaient des concerts exclusivement consacrés à la musique du XXIe siècle. Première formation à entrer en scène : le Moldova Philharmonic Orchestra de Iasi. Sous la direction de l’inattendu chef américain Brad Lubman, l’orchestre de la deuxième ville roumaine proposait un programme d’obédience post-sérielle, tout au moins dont la figure de référence implicite serait Pierre Boulez. Interprété par Ilya Gringolts, le Concerto pour violon de Michael Jarrell ne fait hélas pas oublier le douloureux souvenir qu’a laissé Bérénice à l’Opéra de Paris. Intitulée « Paysages avec figures absentes », l’œuvre témoigne d’une disposition originale : les « figures absentes », ce sont ici les sièges vides des violons de l’orchestre. Malgré les habituelles qualités du compositeur suisse (écriture nerveuse et incisive de la partie soliste, impressionnantes scansions percussives), l’œuvre reste grise, systématique et laborieuse à écouter. Donné en introduction, Tempo 80 du roumain Câlin Ioachimescu peinait également à convaincre. D’une lenteur assumée, la pièce entrechoque des masses sonores, sans ajouter un surplus de personnalité musicale.

Le Festival Enescu de Bucarest : abondance et variations sur un monde en harmonie

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« The world in harmony » (le monde en harmonie) était le thème de l’édition 2019 du George Enescu International Festival, du 31 août au 22 septembre, avec pour directeur artistique le chef russe Vladimir Jurowski. Les musiciens et ensembles les plus prestigieux se sont succédé, souvent au rythme de trois ou quatre concerts par jour, dans la Sala Palatului (la grande salle de concert) ou dans le plus intime Romanian Athenaeum (Ateneul Roman), avec même des « concerts de minuit »

L’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo se produisait sur la scène de l’Athenaeum dans la série « Recitals and chamber music », une définition peu adéquate pour les programmes présentés. Pas de problème avec la Ballade pour violon et orchestre d’Enescu ou l’Andante Cantabile et les Variations sur un Thème Rococo op 33 pour violoncelle op. 33 de Tchaikovsky. Mais il est plus difficile de rangefr la Symphonie pathétique de Tchaikovsky dans cette catégorie ! La scène de l’Athenaeum peut à peine accueillir tous les musiciens de  l’Orchestre et le son ne peut pas vraiment se déployer. C’est aussi le cas pour le deuxième concert de l’orchestre qui accompagne un programme élaboré autour de Bryn Terfel avec, entre autres, le prélude à l’acte 3 de Lohengrin et la Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner.

L’Orchestre National commence bien la saison

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Pour son concert d’ouverture de la saison 2019-2020 au Palais des Beaux-Arts, le Belgian National Orchestra -après que l’intendant Hans Waege eut dans une brève allocation trilingue eut mis en avant les objectifs et les ambitions de la formation pour cette nouvelle saison, la troisième de son directeur musical Hugh Wolff- et son chef titulaire se produisirent  dans un programme intelligemment concocté et donnant aux musiciens de la formation bruxelloise de nombreuses occasions de se mettre en évidence.

Le choix de Go, Solo n° 1 pour orchestre de Pascal Dusapin -compositeur que Bozar et la Monnaie mettront particulièrement en évidence cette saison- en guise de pièce d’ouverture s’avéra particulièrement réussi. Cette oeuvre, espèce de mini-concerto pour orchestre, fait entendre une musique dense, sans concessions, et exige de tous les musiciens une virtuosité tant individuelle que collective. On pointera l’engagement de chaque pupitre (on pense aux belles interventions des cuivres ou à l’incantation du violon solo) et la qualité de son -pleine et nourrie- obtenue par le chef.

Le Septembre Musical de Montreux à l’heure russe

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A une dizaine de kilomètres de Montreux, sur les bords du Lac Léman, se dresse le Château de Chillon, forteresse médiévale du XIIe siècle érigée sur un îlot rocheux. Et c’est dans l’une des salles d’entrée rénovée, à l’acoustique remarquable, que le Festival a décidé d’organiser le récital du pianiste moscovite Boris Berezovsky.

Inclassable par l’originalité de son jeu et l’éclectisme de ses programmes, il modifie celui du 4 septembre comportant des pages de Balakirev, Lyadov et Scriabine en un diptyque Scriabine-Rachmaninov. Du premier cité, il fait découvrir la période médiane en présentant deux ouvrages de 1903, les Deux Poèmes op.32, passant d’une fluidité évanescente à une aspérité abrupte sous laquelle se perd la ligne mélodique, puis la Quatrième Sonate en fa dièse majeur op.30 qui est irradiée par d’étranges clartés qu’un trille balaie afin de permettre la brusque émergence du prestissimo volando, élaboré sans recourir démesurément à la pédale de sonorité. A la période 1906-1908 se rattachent l’impalpable Fragilité op.51 n.1, les Deux Pièces op.57 (Désir construit sur un crescendo expressif et la fugace Caresse dansée) et la superbe Sonate n.5 en fa dièse majeur op.53, rugissante dans ses basses telluriques jusqu’à l’avènement d’un Presto con allegrezza qui arrache tout sur son passage. Et ce volet s’achève par les Trois Etudes op.65 de 1912, travaillant sur les sonorités à partir d’intervalles de neuvième, de septième et de quinte.

A Montreux, deux jeunes loups à l’assaut de l’hégémonie tsariste

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A Montreux, la 74e édition du Septembre Musical voit arriver aux commandes un nouveau directeur, Mischa Damev, qui succède à Tobias Richter après treize ans de bons et loyaux services. Les trois premiers concerts sont confiés à l’Orchestre du Théâtre Mariinsky et à son infatigable chef titulaire et directeur artistique, Valery Gergiev. 

Le premier concert du dimanche 1er septembre était consacré à deux piliers de leur répertoire, Prokofiev et Tchaïkovski. Il faut relever d’abord que cet orchestre comprenant plus de cent instrumentistes répand son imposante sonorité bien plus naturellement dans une aussi vaste salle que l’Auditorium Stravinsky, alors qu’il se sent compressé au Victoria Hall de Genève. 

L’OSR en partance pour Santander

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Le 31 août prochain, l’Orchestre de la Suisse Romande et son chef, Jonathan Nott, seront les invités du Festival International de Santander ; en préambule, le programme choisi pour cette occasion a été présenté au Victoria Hall de Genève le mercredi 28 et a débuté par l’un des piliers du répertoire, la Septième Symphonie en la majeur op.92 de Beethoven.

Par de virulents accords aussitôt enlevés, le Poco sostenuto initial joue des contrastes d’éclairage en allégeant les traits de cordes alors que la transition use du rallentando afin de détailler chaque note avant que ne se développe un Vivace exubérant qui évite de surcharger le discours. L’Allegretto qui suit avance avec fluidité en s’appuyant sur la pulsation des graves, tandis que le fugato médian se voile de demi-teintes mélancoliques émanant du cantabile des bois. Le Scherzo est rendu effervescent par le dessin bondissant des archets que les cors élargissent à peine pour chanter en pianissimo le motif religieux du trio. Et le Finale n’est plus qu’une débauche de coloris aveuglants que ponctuent de cinglantes timbales en ce qui pourrait bien être une apothéose de la danse selon la formule wagnérienne.

Sur les bords du Léman, un festival à découvrir : Tannay

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A une quinzaine de kilomètres de Genève, à proximité de Nyon, se situe la charmante commune de Tannay qui a la chance de posséder un château du XVIIe siècle avec un grand parc donnant sur le Lac Léman. Chaque été, depuis dix ans, y est édifiée une vaste tente sur infrastructure métallique pouvant accueillir plus de quatre cents spectateurs, où se déroule un festival de musique de chambre intitulé les Variations Musicales de Tannay sous l’égide de Serge Schmidt, son infatigable président.

Depuis le début de l’aventure, Renaud Capuçon en est l’un des habitués ; pour cette saison, il s’est produit le 20 août avec un ensemble qu’il a formé en février 2018, les Lausanne Soloists, composé d’une vingtaine d’étudiants des classes terminales de la Haute Ecole de Musique de Lausanne (HEMU).

A Sion, le génie de la violoniste Patricia Kopatchinskaja

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Située dans le canton du Valais, la ville de Sion est l’une des capitales suisses du violon. Le mérite en revient au Hongrois Tibor Varga qui s’y installa en 1963 pour fonder une académie d’été, un festival et un concours international en 1967. Depuis sept ans, c’est toutefois un vent de fantaisie slave qui souffle sur le Sion Festival depuis que le violoniste Pavel Vernikov en a pris la direction artistique. 

Dans une programmation qui laisse une large place à des projets originaux, deux vedettes de l’école musicale « russe » créaient l’événement lors du week-end inaugural du Sion Festival. Originaire de Moldavie, la violoniste Patricia Kopatchinskaja est une fidèle du public helvétique puisqu’elle habite Berne depuis de nombreuses années et possède la double nationalité autrichienne et suisse. Aux côtés de la pianiste Polina Leschenko, la musicienne aux pieds nus sidère par son incroyable liberté interprétative.  Sous l’archet de son Pressenda de 1834, les Impressions d’enfance d’Enesco apparaissent comme un torrentueux livre d’images, tour à tour impressionnistes et modernistes (on songe parfois à Messiaen). Annonçant le nom des mouvements d’une voix gourmande, la violoniste moldave prend tellement de risques rhapsodiques qu’on remarque à peine le jeu franc et direct de sa consoeur pianiste. Même fascination pour la Sonate n°2 de Ravel (dont Enesco tenait la partie de violon à la création en 1927) que Kopatchinskaja réinvente sous nos yeux. Pas de poursuite hédoniste du beau son, au contraire, la violoniste se tient constamment sur un fil fragile et fantomatique. Avec un jeu aussi imprévisible, le célèbre Blues central prendra des couleurs de Far West et de jazz manouche. Kopatchinskaja tente beaucoup, ne réussit pas tout mais impressionne par une inventivité de tous les instants. 

BBC Proms : dimanche transatlantique 

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Suite de notre exploration des BBC Proms 2019 au Royal Albert Hall avec un dimanche grandiosement symphonique sous le signe transatlantique.

En matinée, le Royal Albert Hall accueillait l’étape londonienne de l’Orchestre national des jeunes des Etats-Unis d’Amérique placé sous la baguette de Sir Antonio Pappano. Fondée en 2012, cette phalange réunit des jeunes âgés de 16 à 19 ans et sélectionnés à travers les USA. Pour cette troisième tournée européenne de sa jeune histoire, l’orchestre proposait un programme exigeant d’une création et de deux tubes de la musique. Invitée de grand prestige, la mezzo-soprano Joyce DiDonato proposait les Nuits d’été d’Hector Berlioz. On sait la chanteuse très proche de l’univers de Berlioz et elle habite chaque mélodie avec une grande sensibilité et une parfaite intelligence du texte. Antonio Pappano, immense chef lyrique, est un accompagnateur idéal et suit sa soliste dans un esprit intimiste. Très jeune virtuose de la composition (il est né en 2000) Benjamin Beckman présentait Occidentalis, un court scherzo brillant et virtuose qui fait penser à John Adams. A seulement 19 ans, ce jeune homme fait preuve d’une grande maîtrise de l’outil orchestral. Pièce de résistance et tube des Proms, la Symphonie alpestre de Strauss mobilise tout l’effectif orchestral renforcé, pour les fanfares en coulisses, par les cuivres de l’Orchestre national des Jeunes de Grande-Bretagne. Dans un tel vaisseau architectural, l’oeuvre fait trembler les murs. En dépit des quelques petites scories techniques dans les attaques, l’Orchestre étasunien est épatant de virtuosité et de musicalité. Sir Antonio Pappano sait y faire : il fait vrombir les nombreux tumultes orchestraux mais cultive l’écoute mutuelle dans les accalmies instrumentales. Un “bis” de circonstance vient récompenser le public : “Nimrod” des Variations Enigma d’Elgar.