Resplendissante valorisation des hymnes de Pepusch pour le Duc de Chandos

par

Chandos Anthems. Johann Christoph Pepusch (1667-1752) : Rejoyce in the Lord. O Praise the Lord, laud ye the name of the Lord. Magnificat. Concerto pour hautbois en si bémol majeur. Ciara Hendrick, soprano. Alex Potter, Hugh Cutting, contre-ténor. Nicholas Mulroy, Nicholas Todd, ténor. Vitali Rozynko, Edward Grint, basse. The Girl Choristers of Canterbury Cathedral, direction David Newsholme. The Harmonious Society of Tickle-Fiddle Gentlemen, direction Robert Rawson. Avril 2023. Livret en anglais, allemand, français. Paroles en langue originale anglaise sans traduction. TT 63’34. Accent ACC 24397

Magnifique conclusion du cycle Schubert de Paul Lewis à Flagey

par

Pour clôturer en beauté et en toute logique son cycle de Sonates de Schubert étalé sur deux saisons, le pianiste britannique avait choisi de mettre au programme de ce quatrième et dernier récital les trois dernières Sonates du compositeur, toutes composées en 1828, année de la mort du compositeur viennois. 

Oeuvres de vastes dimensions, ces trois sonates -qui dépassent toutes la demi-heure- ont de quoi intimider plus d’un pianiste par leurs exigences techniques mais, plus encore, par l’implication totale exigée d’interprètes à qui l’on demande à la fois le type de maîtrise technique qui doit savoir se faire oublier et un alliage d’intelligence de la forme et de sensibilité peu communs.

C’est par la Sonate n°19 en ré mineur, D. 958, sans doute la moins jouée de ce triptyque, que Paul Lewis entame son récital. 

Jouant bien au fond du clavier, Paul Lewis attaque l’Allegro initial avec une belle franchise. Il sait à la fois se montrer impétueux sans brutalité et tendre sans mièvrerie. Tout comme Alfred Brendel dont il fut l’élève, il ne cherche pas à séduire et ce jeu invariablement sincère et droit a aussi quelque chose d’un peu austère, y compris dans une sonorité parfois peu charmeuse. Concluant le premier mouvement sur une coda désolée, Paul Lewis fait entendre un Adagio poignant, inquiet et n’offrant aucune consolation avant de saisir à la perfection l’ambiguïté et la gaieté forcée d’un Menuetto de prime abord si innocent. Il offre ensuite une version remarquable de l’Allegro final, cette curieuse tarentelle aux tournures toujours surprenantes et aux inattendues ruptures de ton débouchant sur ces merveilleux épisodes qui sont comme autant de rêves éveillés.

Le 12 août 1955, à Bayreuth, le vibrant Siegfried de Joseph Keilberth

par

Richard Wagner (1813-1883) : Siegfried, opéra en trois actes. Wolfgang Windgassen (Siegfried), Martha Mödl (Brünnhilde), Hans Hotter (Der Wanderer), Paul Küen (Mime), Gustav Neidlinger (Alberich), Joseph Greindl (Fafner), Maria von Ilosvay (Erda), Ilse Hollweg (L’oiseau de la forêt) ; Orchestre du Festival de Bayreuth, direction Joseph Keilberth. 1955. Notice en allemand et en anglais. 230’ 41’’. Un coffret de 3 CD Hänssler Profil PH23003. 

Mahler n°3 d’ouverture  Monte-Carlo

par

L'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo  ouvre la saison au Grimaldi Forum avec la monumentale Symphonie n°3 de Gustav Mahler.

C'est une des plus longues symphonies de tout le répertoire. Plus d'une heure quarante de musique. On l'entend rarement en concert, car la nomenclature orchestrale est impressionnante. L'Orchestre est au grand complet. Cordes, huit cors, quatre trompettes, quatre trombones, quatre clarinettes, quatre bassons, quatre hautbois, quatre flûtes, deux harpes, timbales, percussions...  Pour l'occasion, l’effectif instrumental est complété par les voix féminines du  CBSO Chorus de Birmingham composé d'une quarantaine de sopranos et d'altos, ainsi que d’une cinquantaine de jeunes chanteurs du Choeur d'Enfants de l'Académie Rainier III de Monaco ainsi que d’une soliste exceptionnelle la mezzo-soprano Gerhild Romberger, grande spécialiste de Mahler.

Kazuki Yamada dirige cette œuvre monumentale avec passion, énergie et finesse. Des plus subtils pianissimi aux forte colossaux, Il a un contrôle total de l'architecture de cette symphonie et l'orchestre répond magnifiquement en faisant vivre chaque note. Sa direction fait ressortir toutes les nuances des couleurs orchestrales, créant une expérience riche et immersive.

Le premier mouvement, d’une demi-heure, est un drame puissant, vivant dans ses détails, captivant dans son ensemble. Le Menuetto est abordé avec une certaine régularité et Yamada s’y montre décontracté et même délicat, même si les sections plus rapides sont très agiles. On peut admirer de nombreux solos bien interprétés, notamment ceux du premier violon Liza Kerob.

Public conquis pour la première parisienne de Pappano avec son LSO

par

Était-ce parce que c’était le premier concert parisien de l’Orchestre Symphonique de Londres et de son tout nouveau directeur musical Sir Antonio Pappano ? Ou, plus probablement, parce qu’ils avaient programmé avec eux la star chinoise du piano Yuja Wang ? Toujours est-il que la Philharmonie était pleine à craquer, nombre de spectateurs affichant à l’entrée, souvent sur leurs téléphones, « cherche 1 place ».

Le programme était formellement tout ce qu’il y a de plus traditionnel : ouverture / concerto / symphonie. 

La dense Ouverture de concert op. 12 du compositeur polonais Karol Szymanowski (1882-1937) est une œuvre de jeunesse qui doit beaucoup à Richard Strauss : le début conquérant rappelle immanquablement Don Juan, et sa forme tient d'ailleurs, comme son modèle, davantage du poème symphonique que de l’ouverture. Si le chef d’orchestre ne ménage pas son énergie, il faut reconnaître que l’orchestre ne sonne pas idéalement : l’orchestration paraît touffue et massive. Quelques moments plus intimes sont bienfaisants, et si cette Ouverture de concert ne se terminait pas de façon aussi brillante, ils pourraient nous préparer au Deuxième Concerto de son compatriote et aîné Frédéric Chopin (1810-1849).

Quand celui-ci commence, il nous faut cependant un moment pour vraiment rentrer dedans. L’orchestre est opportunément allégé (un quart des cordes en moins), et sonne forcément un peu maigrement après ce déferlement sonore. En écoutant la longue introduction, qui paraît bien discrète, on s’interroge sur ce choix d’avoir enchaîné ces deux œuvres. Il faut attendre l’entrée de la soliste pour capter notre attention, ce à quoi Yuja Wang excelle. Son jeu est stupéfiant de précision, avec un toucher félin inouï. Certains passages sont en suspens, au risque d’être désincarnés. À certains auditeurs  le mouvement lent apparaîtra admirable à tous points de vue, voire sublime, tandis que d’autres percevront peut-être comme mécanique ce jeu pianistique tellement maîtrisé. En écoutant le finale, on se prend à penser que nous assistons à une leçon de piano plus que de musique. Et il faut reconnaître que l’orchestre aura été quelque peu en-deçà, se contentant d’un accompagnement attentif mais pas toujours habité.