Matteo Myderwyk, compositeur libre et inspiré

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Le compositeur Matteo Myderwyk sort un premier album pour le label Warner. Avec ce Notes of Longing, il devient le premier compositeur néerlandais signé par la prestigieuse multinationale. Crescendo Magazine rencontre ce créateur d’univers sonores qui aime tout autant Olivier Messiaen que Steve Reich. 

Vous sortez votre premier album pour Warner. Comment l'avez-vous conçu ?

J'ai composé Notes of Longing sur une période de deux ans. Entretemps, j'ai sorti d'autres compositions mais, en arrière-plan, j'ai accordé beaucoup d'attention à ce travail. À partir de l'idée de désir, j'ai essayé de présenter l'ensemble de l'album comme une seule composition. En ce qui me concerne, cela a bien fonctionné. 

Vous êtes le premier compositeur néerlandais contemporain à signer pour ce label. Cela a-t-il une signification particulière pour vous ?

J'en suis certainement fier, mais cela implique aussi un certain degré de responsabilité. Le temps où je sortais n'importe quel morceau de piano est désormais révolu. J'essaie de plus en plus de considérer ma musique comme un compositeur plutôt que comme un pianiste qui enregistre ses propres titres. Cela dit, un label n'est pas non plus la chose la plus importante ; c'est finalement la musique. Que vous sortiez votre musique sur votre propre cassette ou par l'intermédiaire de la plus grande maison de disques, pour moi, vous devez toujours faire entendre votre propre voix. 

Furtwängler compositeur

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Alors que Warner fait paraître l'intégrale des enregistrements studio de Wilhelm Furtwängler, Crescendo Magazine vous propose de relire un texte de Bruno d'Heudières sur l'art de compositeur du maestro. 

Un parcours paradoxal

"Je tiens à dire que j'ai commencé comme compositeur bien avant de diriger, et toute ma vie je me suis considéré comme un compositeur qui dirige mais jamais comme un d'orchestre".

Cette profession de foi de Wilhelm Furtwängler illustre bien la place que tenait dans sa vie son activité de créateur. Celle-ci se trouvera favorisée par des dispositions précoces. En effet, il compose son opus 1 à l'âge de 7 ans. A douze ans, alors qu'il a déjà écrit des pièces pour piano, des Lieder et des oeuvres de musique de chambre, il achève La première nuit de Walpurgis pour chanteurs solistes, deux choeurs et orchestre. Deux ans plus tard, en 1900, le compositeur Josef Rheinberger lui enseigne les règles du contrepoint ; puis c'est enfin Max Von Schillings qui achèvera la formation musicale du jeune compositeur. De la musique de chambre, des essais symphoniques et des oeuvres vocales constituent ainsi l'essentiel de sa production de jeunesse qui s'achève en 1909 avec l'imposant Te Deum pour chanteurs solistes, choeur et orchestre. A cette date, Furtwängler alors âgé de 23 ans délaisse quelque peu la composition au profit de la direction d'orchestre, pour entreprendre le parcours légendaire que l'on connaît. Singulièrement, ce sont des "nécessités alimentaires" qui l'orientent dans cette voie. Il confessera en ce sens : "La direction d'orchestre a été le refuge qui m'a sauvé la vie car j'étais sur le point de périr compositeur".

Son activité au pupitre qui s'intensifie jusqu'au début des années '30 ne lui interdit pas quelques incursions dans le domaine de la composition puisqu'on peut relever une allusion au futur Quintette avec piano en ut majeur dans une lettre qu'il écrit en 1915. En outre, le Concerto symphonique pour piano et orchestre en si mineur est très vraisemblablement en gestation dans les années '20. Quoi qu'il en soit, dès 1932, Furtwängler se remet au travail avec assiduité. Une des périodes les plus difficiles de sa vie commence alors, au moment où le nouveau régime se met en place en Allemagne. En 1935, le compositeur achève son Quintette avec piano. A cette date, ayant démissionné de ses fonctions par hostilité contre les autorités nazies, il compose sa Première sonate pour violon et piano en ré mineur, négligeant ainsi ses oeuvres de jeunesse. C'est donc à 49 ans que Furtwängler entame une nouvelle période créatrice, assurément la plus significative. Il termine la première version de son Concerto symphonique pour piano et orchestre en 1936 et écrit sa Deuxième sonate pour violon et piano en ré majeur trois ans plus tard. Dès lors, c'est exclusivement le répertoire symphonique qu'il abordera, des années de guerre jusqu'à sa mort. Il achève sa Première symphonie en si mineur en 1941, et entame en 1943 l'élaboration de la suivante. Il y travaille lorsque Himmler le soupçonne d'avoir été complice de l'attentat contre Hitler en juillet 1944. Furtwängler se réfugie en Suisse en 1945 pour y achever l'orchestration de sa Deuxième Symphonie en mi mineur. Agé de 60 ans, il commence alors à concevoir sa Troisième Symphonie en Ut dièse mineur, en 1946. Les quatre mouvements sont terminés en 1953. Mais lorsque le compositeur s'éteint le 30 novembre 1954, s'il a pu mettre un terme à la seconde version du Concerto symphonique, il n'a pas parachevé l'allegro assai final de son ultime symphonie.

L’OFJ lève son camp d’été par un stimulant concert à Lille : cap à l’Ouest !

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Comme chaque année depuis 1982 et plus de deux mille six cents professionnels aguerris dans son giron, l’OFJ réunissait une pépinière de jeunes talents : près de 90 musiciens principalement venus des écoles et conservatoires de l’Hexagone, destinés aux phalanges nationales et internationales. Accueillie en résidence dans les Hauts-de-France depuis 2017, la session d’été se concluait ce mardi 07 septembre au Nouveau Siècle de Lille. En prélude, une allocution de Catherine Puig tout récemment nommée à la tête de l’OFJ à la suite de Pierre Barrois. Autre renouveau : après quatre années sous la direction musicale de Fabien Gabel, c’est désormais Michael Schønwandt qui reprenait le flambeau, parallèlement à ses activités à Montpellier. 

Par rapport à l’académie de 2020, près de la moitié des pupitres de cordes était remodelée. Au sein des nouveaux, on comptait Mélissa Daudin, Maddie Duhau, Lara Favre, Aurore Le Noan, Agnès Marias, Chloé Mauger, Rebecca Pavageau, Élise Persiaux, Irène Queyroux, Anaïs Sallès, Anna Schneegans, Claire Théobald chez les violons, et Jean-Christophe Bernard, Gabriel Canneva, Inès El Jamri, Maud Guillou, Paul Wiener chez les altistes. Chez les dix violoncellistes, Juliette Delanys, Emma Derosier, Aymeric Houé, Valentin Jouanny, Thomas Martin et Priscilla Maschio rejoignaient l’équipe de l’an passé, de même qu’Emeline Bouillier, Charles Cavailhac, Camille Courtois, Thao Dardel et Philémon Renaudin-Vary pour les contrebasses.

Kirill Petrenko et les Berliner Philharmoniker : le génie et l’excellence... avec le sourire !

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Pour ce deuxième concert symphonique de sa saison, trois jours après l’Orchestre du Festival de Bayreuth, sous la direction d’Andris Nelsons, dans un programme entièrement consacré à Richard Wagner, la Philharmonie de Paris avait invité l’Orchestre Philharmonique de Berlin et son « nouveau » (les guillemets s’imposent, car s’il est en poste depuis deux ans, la situation sanitaire en a fait une période pour le moins à part, et c’était la première fois qu’ils venaient ensemble à Paris) directeur musical Kirill Petrenko.

Ils avaient choisi le même programme que pour leur concert d’ouverture à Berlin, 100 % allemand : Carl Maria von Weber, Paul Hindemith et Franz Schubert.

Le cor et les cordes introduisent l’ouverture d’Oberon avec une douceur rare, suave et enchanteresse. L’attention du public est acquise d’emblée, et ne baissera pas. La partie rapide est brillante à souhait, avec des phrasés merveilleusement travaillés et expressifs. Le solo de clarinette, repris par les violons, est un mélange de désolation et de tendresse du plus profond effet. Toute la fin de l’ouverture est d’une généreuse énergie, toujours canalisée, ample et joyeuse, jamais agressive. Et quand le niveau sonore est élevé, dans cette acoustique, et surtout avec un tel équilibre instrumental, il ne sature pas. Une entrée en matière idéale !

Heureuse idée que de poursuivre avec les Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Carl Maria von Weber, même si ces thèmes sont pour le moins transformés par Hindemith. Ils ne sont du reste pas les plus célèbres de Weber (ceux des 1er, 3e et 4e mouvements viennent de pièces pour piano à quatre mains, assez confidentielles ; celui du 2e mouvement vient de l’ouverture de Turandot, qui est l’une des moins jouées). De sorte que si, tout au long de ces Métamorphoses, nous percevons des thèmes « classiques », ils n’évoquent pas spécialement Weber.

Enjôleuse anthologie du romantisme germanique, sur un récent orgue polonais nouveau au disque

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Emotionality & Virtuosity. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Prélude et Fugue en ut mineur Op. 37 no 1 ; Sonate en ut mineur Op. 62 no 2 ; Sonate en si bémol majeur Op. 65 no 4. Feliks Nowowiejski (1877-1946) : Méditation. Josef Rheinberger (1839-1901) : Sonate no 16 en sol dièse mineur Op. 175. August Freyer (1803-1883) : Fantaisie de concert en fa mineur Op. 1. Max Reger (1873-1916) : Variations et Fugue sur l’hymne national anglais. Ireneusz Wyrwa, orgue de l’église świenta Kazimierza de Nowy Sącz. Livret en polonais, anglais, allemand. Avril 2018. TT 68’52. Dux 1642

Pancho Vladigerov, volume 5 chez Capriccio : place au chant

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Pancho Vladigerov (1899-1978) : Chants populaires bulgares pour basse et orchestre ; Six Chants lyriques pour soprano et orchestre et ‘Lud Gidyia », ballade pour basse et orchestre op. 5 ; Quatre Chants pour soprano et orchestre op. 67 ; Six Chansons populaires bulgares pour soprano et orchestre, op. 56 ; Chanson pour l’aimée. Roumiana Valcheva-Evrova, Maria Ventsislavova et Evelina Stoitseva, sopranos ; Pavel Gerdjikov, basse ; Orchestre Symphonique de la Radio nationale bulgare, direction Alexander Vladigerov. 1970-1975. Notice en allemand et en anglais. Textes des chants en traductions allemande et anglaise. 85.31. Un album de deux CD Capriccio C8070.