Salonen et le Philharmonia : l'indéniable qualité d’un orchestre et de son chef  

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En 1947, Dinu Lipatti, établi à Genève où il avait accepté une charge d’enseignement au Conservatoire, devenait l’un des patients du Dr Henri Dubois-Ferrière, pionnier du développement de l’hématologie en Suisse. Au sommet de ses moyens, l’artiste poursuivait une carrière internationale, même si son état de santé allait en se dégradant. Main dans la main, les deux hommes, qui étaient unis par une profonde amitié, décidèrent  de lutter contre l’inéluctable. Mais, pratiquement, à bout de forces, le pianiste donna un ultime récital le 16 septembre 1950 lors du Festival de Besançon puis s’éteignit à Genève le 2 décembre. Vingt ans plus tard, son médecin, victime d’un cancer, le suivait dans la tombe le 8 juillet 1970. Dès ce moment-là, les proches songèrent à établir une fondation portant leurs deux noms, fondation qui, aujourd’hui encore, tente de réunir des fonds en organisant un concert de gala, ce qui fut le cas le 1er mars au Victoria Hall. Grâce à l’aide de généreux donateurs, le premier montant récolté est estimé à plus d’un demi-million de francs suisses, montant qui permettra le développement de thérapies cellulaires innovantes pour les enfants atteints de leucémie ou de lymphome.

Premier enregistrement consacré aux œuvres de la jeune compositrice française Camille Pépin !

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Camille PÉPIN (*1990): Chamber Music, Lyrae, Indra, Luna, Kono-Hana. Raphaëlle Moreau, Louisa Salmona, violon; Léa Hennino, alto; Natacha Colmez-Collard, violoncelle; Célia Oneto Bensaïd, piano; Anaëlle Tourret, harpe; Thibault Lepri, percussions; Fiona McGown, mezzo-soprano. Ensemble Polygones, dir. Léo Margue. 2019-72’32"-Textes de présentation et textes chantés en français et anglais-NoMadMusic NMM057

Assister à la floraison d’une œuvre d’art digne de ce nom est toujours source d’un bonheur indicible. Mais il n’est pas de plus grande béatitude que de contempler l’éclosion d’un véritable artiste ! Face à la myopie et à l’opportunisme des populismes qui gangrènent actuellement nos démocraties occidentales, à l’égocentrisme et à la haine de ceux qui les plébiscitent, il n’y a plus guère que l’artiste pour porter à bout de bras la flamme vacillante de l’espérance, pour raviver en l’Homme une étincelle d’humanité, un feu de compassion, des éruptions de joie.

Aïda de Verdi à l'Opéra de Liège

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Depuis sa double création triomphale au Caire puis à La Scala de Milan en 1871-72, Aïda fait partie des opéras les plus joués dans le monde entier.

Verdi, pourtant, s’est tout d’abord montré circonspect à propos de ce sujet exotique qui lui a été proposé alors qu’il avait déjà refusé de composer une œuvre de circonstance à destination du nouvel Opéra du Caire, à l’occasion des festivités qui entouraient l’inauguration du Canal de Suez. Ce n’est que sous la pression de quelques amis influents qu’il va se laisser bientôt tenter, mettant dès lors le meilleur de son talent au service d’un livret qui n’est pas sans failles ni incohérences, tant dans le déroulé des événements que dans le profil psychologique des protagonistes. Ainsi par exemple, comment comprendre que la fille du Pharaon accepte de rivaliser avec son esclave dans la conquête du cœur du héros, alors qu’il lui suffit de trucider sa rivale, selon les mœurs de l’époque… ? Vous me direz que dans ce cas il n’y a plus d’histoire à raconter, et vous aurez raison…

Boesmans et Ravel avec l'OPRL sous la baguette de Gergely Madaras

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Événement pour l’Orchestre philharmonique royal de Liège qui se produisait à Liège et Bruxelles sous la baguette de son directeur musical désigné : Gergely Madaras et dans un programme qui illustrait bien son ADN : une création mondiale et une grand pièce de Maurice Ravel, compositeur qu’il sert toujours si bien. Ce concert était également une belle rampe de lancement pour Gergely Madaras qui succédera, dès septembre 2019, à Christian Arming au poste de Directeur musical de la phalange liégeoise.

Un opéra de Franz Liszt

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Franz LISZT (1811-1886) : Sardanapalo–MazeppaJoyce EL-KHOURY (soprano), Airam HERNANDEZ (ténor), Oleksandr PUSHNIAK (baryton basse), Damen des Opernchores des Deutschen Nationaltheaters Weimar, Staatskapelle Weimar, dir. Kirill KARABITS. DDD–2019–67’ 01’’–Textes de présentation en allemand et anglais–Audite 97.764

Franz Liszt a laissé inachevées une vingtaine d’œuvres, parmi lesquelles figurent un concerto pour violon, une symphonie dite révolutionnaire et un opéra italien intitulé Sardanapalo. Inspiré de Lord Byron et écrit entre 1846 et 1851, cet opéra couvre tout de même cent onze pages manuscrites et contient notamment un prélude et quinze airs, qui ont été édités et orchestrés par le musicologue britannique David Trippett, et dont le label discographique allemand Audite vient de donner le premier enregistrement mondial. Il ressortit à ce qu’on a parfois appelé la « veine sensationnelle » du théâtre lyrique du XIXe siècle, dans le style de Vincenzo Bellini, Giacomo Meyerbeer et du Richard Wagner de Rienzi.

Avec ces fragments (cinquante minutes de musique tout de même), on est à la fois au cœur du romantisme byronien et dans l’univers sonore de Franz Liszt – le Franz Liszt des poèmes symphoniques. On peut du reste les mettre en parallèle avec Mazeppa, qui a été composé à leu près à la même époque d’après un poème de Victor Hugo  et pour l’orchestration duquel Joachim Raff a apporté son concours. Non, Sardanapalo n’est pas un chef-d’œuvre, mais il ne manque pas par moments de puissance et montre en tout cas à quel point Franz Liszt a toujours été un musicien inspiré, c’est-à-dire un artiste animé d’un extraordinaire souffle créateur. Une très intéressante découverte.

Jean-Baptiste Baronian

Son  9 – Livret  5 – Répertoire  8 – Interprétation  9

Gustavo Gimeno à Genève

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Durant sa saison, l’Orchestre de la Suisse Romande organise deux ou trois concerts ‘extraordinaires’, souvent subventionnés par une banque. Ainsi, le 27 février, le Crédit Suisse a contribué à la venue du chef espagnol Gustavo Gimeno et du pianiste français François-Frédéric Guy. Agé de quarante-trois ans, le maestro a derrière lui une longue expérience, puisqu’il a été percussionniste au Royal Concertgebouw Orchestra d’Amsterdam dès avril 2002 avant de devenir l’assistant de Mariss Jansons ; il a aussi travaillé avec Bernard Haitink et Claudio Abbado qu’il a aidé lors de la formation de l’Orchestre Mozart de Bologne et de celui du Festival de Lucerne. Depuis la saison 2015-16, il est le directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Luxembourg ; et il occupera le même poste auprès de l’Orchestre Symphonique de Toronto à partir de septembre 2020.

A Genève, un Concerto Köln aseptisé

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Concrto Köln beim Konzert im Herkulessaal München 28. 11. 2009

Pour sa saison 2018-2019, le Service Culturel Migros a décidé d’inviter en alternance les orchestres symphoniques et les formations de chambre. Et c’est dans cette seconde catégorie qu’il faut inscrire le Concerto Köln qui, depuis 1985, s’est spécialisé dans la musique ancienne en ayant la particularité de jouer sans chef et debout pour la plupart (les pauvres !) même si, à l’interne, la conduite artistique est gérée par le bassoniste Lorenzo Alpert. Quatre des violonistes peuvent assurer la fonction de solo ; à Genève, le 26 février, ce fut la violoniste nippone Mayumi Hirasaki qui s’en chargea.

Un défi et un paradoxe

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En Silence, c’est un défi, celui qu’a voulu relever le compositeur. C’est un paradoxe, celui que suscite le traitement lyrique et scénique du sujet choisi. C’est aussi une création mondiale au Grand Théâtre de Luxembourg.

Alexandre Desplat est un compositeur connu et reconnu pour ses musiques de films. Consacré même dans la mesure où ses bandes originales pour notamment « The Grand Budapest Hotel », « Le Discours du roi », « Godzilla », « Harry Potter et les reliques de la mort », ceux de Jacques Audiard et tant d’autres (plus de cent cinquante) lui ont valu deux Oscars, trois Césars, deux Bafta, deux Golden Globe, deux Grammy Awards, et des nominations en pagaille. Il s’est lancé un défi. Jamais encore, il ne s’était aventuré dans le monde lyrique : il « se méfiait du genre, n’appréciant pas trop ses déferlements, ses excès de tous types, son romantisme exacerbé ». Mais il a cédé à la tentation, fasciné par un texte de l’écrivain japonais Yasunari Kawabata, prix Nobel de Littérature en 1968, et surtout remarqué pour ses textes courts, ses nouvelles, si joliment qualifiées par lui de «récits qui tiennent dans la paume d’une main».

Inattendu Requiem de Verdi par Thielemann

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Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem. Krassimira Stoyanova (soprano), Marina Prudenskaja (mezzo-soprano), Charles Castronovo (ténor), Georg Zeppenfeld (baryton-basse). Sächischer Staatsopernchor Dresden, Staatskapelle Dresden, Christian Thielemann. 2014. Livret en anglais et allemand. 1 coffret de 2 CD PROFIL. Référence : PH 16075

A Genève, un chef et un soprano pour Il Pirata

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Depuis plusieurs années, le Grand-Théâtre de Genève propose, une fois par saison, un ouvrage lyrique en version de concert. A été choisi, cette fois-ci, Il Pirata, le troisième opéra et le premier succès de Vincenzo Bellini. Pour rendre justice à cette partition difficile, il faut d’abord un chef de théâtre : pour la première fois l’on a fait appel au maestro milanais Daniele Callegari qui collabore avec l’Orchestra Filarmonica Marchiagiana, débutant aussi en ce lieu, en montrant d’emblée ce que signifie être une formation lyrique sachant se mettre en seconde place lorsque le chant l’exige. Quelle leçon pour les instrumentistes qui oeuvrent d’habitude dans cette fosse ! Ici, la baguette assouplit le phrasé pour ‘avancer’ constamment et user du rubato avec un geste clair que suivent aisément tant les divers pupitres que le Chœur du Grand-Théâtre de Genève, préparé par Alan Woodbridge ; et même un ritenuto approprié permet à la voix de soprano d’exécuter l’insidieux ‘passagio’ vocalisé sur « scoppia il cor » dans le Premier Finale.