Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Les lauréats 2021 des International Classical Musics Awards 

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Le jury des International Classical Music Awards (ICMA) a annoncé aujourd'hui les prix pour 2021.

La soprano allemande Edita Gruberova reçoit le prix pour l'ensemble de son œuvre. Le chef d'orchestre espagnol Pablo Heras-Casado est nommé Artiste de l'année, le pianiste turc Can Cakmur est nommé Jeune artiste de l'année.

Le prix de la découverte est décerné à la violoniste allemande Maya Wichert, âgée de 14 ans.

Berliner Philharmoniker Recordings est le label de l'année. Un prix spécial est décerné à Drazen Domjanic, directeur général du Sinfonieorchester Liechtenstein ainsi que fondateur et directeur de l'Académie internationale de musique du Liechtenstein, et au violoniste Ingolf Turban.

Le Sinfonieorchester Liechtenstein rend hommage au violoniste  franco-belge Marc Bouchkov et au violoncelliste Kian Soltani en leur décernant le prix de l'orchestre.

Dans les catégories audio et vidéo, 18 productions sont récompensées.Parmi les artistes qui se produisent sur les productions audio et vidéo primées figurent
- les instrumentistes Kristian Bezuidenhout, Lucas Debargue, Alban Gerhardt, Kirill Gerstein, Franziska Pietsch, Beatrice Rana, Svjatoslav Richter, Josu de Solaun
- les chanteurs Stéphane Degout, Jodie Devos, Sabine Devieilhe, Sophie Junker, Emonela Jaho, Edgaras Montvidas
- chefs d'orchestre Thomas Adès, Riccardo Chailly, Pablo Heras-Casado, Dmitry Kitajenko, Louis Langrée, Andrea Marcon, Kirill Petrenko, Ivan Repusic, Jukka-Pekka Saraste, François-Xavier Roth
- ensembles Ensemble Diderot, Ensemble Huelgas, Orchestre baroque de Venise
- Berliner Philharmoniker, Freiburger Barockorchester, Lucerne Festival Orchestra, Münchner Rundfunkorchester, Les Siècles, WDR Sinfonieorchester

Le président du Jury Rémy Franck, et le secrétaire général, Nicola Cattò déclarent : "en 2020, le jury de l'ICMA -  composé de 20 médias issus de de 16 pays - a pu choisir des nominations parmi un grand nombre desparutions. Ainsi, le jury des ICMA est à nouveau en mesure de présenter une liste internationale exceptionnelle de gagnants, avec des productions de 17 labels issus de 8 pays différents. Cela prouve une fois de plus que le jury de l'ICMA a une vision globale du marché et qu'il décerne ses prix annuels aux labels et aux musiciens du monde entier qui ont fait preuve de performances exceptionnelles dans leur domaine spécifique. On nous a souvent dit que les prix ICMA sont très importants et précieux pour l'industrie ainsi que pour les interprètes. Nous sommes heureux de pouvoir contribuer à rendre populaires des enregistrements exceptionnels, surtout en ces temps difficiles où la vie musicale a tant souffert".

En tant que média culturel francophone basé en Belgique, Crescendo Magazine très heureux de la place qu'occupe notre pays dans le palmarès avec de beaux lauréats comme le violoniste Marc Bouchkov,  Paul van Nevel et son Huelgas Ensemble pour un album édité par Cyprès, la soprano Sophie Junker, ou Jodie Devos, jeune artiste des ICMA 2015, qui est primée pour sa participation à l’enregistrement du Timbre d’Argent de Camille Saint-Saëns (Bru Zane) avec Les Siècles et François-Xavier Roth en résidence à Tourcoing à quelques encablures de la frontière belge.  

Nous vous invitons à découvrir la liste des lauréats 2021 des ICMA.

Ronald Brautigam, pianiste de perspectives

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Le pianiste néerlandais Ronald Brautigam est l’un des musiciens les plus considérables de notre temps. Au piano ou au pianoforte, il a gravé des intégrales des oeuvres de Haydn, Mozart, Beethoven qui sont des références incontournables tant pour leurs qualités musicales que pour les perspectives ouvertes par ses interprétations. Alors que son fidèle label Bis réédite en coffret son intégrale des concertos pour piano de Mozart, ce musicien qui fourmille de projets, répond à nos questions.

Le label Bis réédite votre intégrale des concertos de Mozart avec la Kölner Akademie et le chef d'orchestre Michael Alexander Willens dans un généreux coffret. Cet ensemble a été enregistré sur plusieurs années. Quels regards portez-vous aujourd'hui sur cette intégrale ? 

Comme pour tous les enregistrements, ce sont des réflexions sur la façon dont je jouais au moment de l'enregistrement. Il s'écoule généralement au moins un an entre l'enregistrement et la sortie d'un album, et vos réflexions sur la musique ne cessent d'évoluer et de changer. Ce n’est peut-être pas immédiatement perceptible pour les auditeurs dans leur ensemble, mais pour moi, je  réécoute ces enregistrements plus anciens avec un certain sens de “trépidation”. C'est particulièrement vrai pour un ensemble complet qui a été enregistré sur plusieurs années.  Mais là encore, un enregistrement n'est qu'un moment figé dans le temps, jamais une interprétation parfaite. Artur Schnabel a mis le doigt sur le problème lorsqu'il a dit "Je ne suis attiré que par la musique qui peut être améliorée à chaque interprétation”

L'enregistrement de l'intégrale des concertos pour piano est-il un défi pour un pianiste ? 

Enregistrer avec un orchestre est beaucoup plus difficile que d'enregistrer en solo. Comme le résultat final dépend de nombreux musiciens, on ne sait jamais quelle prise sera finalement utilisée et donc il est indispensable d'être super-concentré tout le temps. Lorsque j'enregistre seul, deux ou trois prises sont nécessaires mais avec un orchestre, il faut évidemment beaucoup plus de prises pour s'assurer que chaque partie est bien couverte. Comme nous enregistrions habituellement un disque à la fois, nous avions suffisamment de temps pour préparer correctement le répertoire. Bien sûr, se plonger dans les tout premiers concertos a été toute une belle aventure, d'autant plus qu'ils ont réellement été pensés par Mozart pour un clavecin. C’est un instrument que je ne peux jouer avec ma formation de pianiste moderne.

Les Contes d'Hoffmann à Barcelone

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Avec le Teatro Real de Madrid, le Liceu est une des rares maisons d'opéra qui survivent à l'actuelle débâcle. Au dernier mois de décembre, plusieurs représentations de “La Traviata” ont dû être annulées suite à des restrictions gouvernementales drastiques. La direction, ayant fait valoir les efforts techniques et d'organisation mis en pratique pour assurer une sécurité maximale de spectateurs et artistes, a finalement obtenu l'autorisation de continuer leur saison. « Les Contes d'Hoffmann » mis en scène en 2012 par l'équipe de Laurent Pelly retrouvent ici une distribution de haut vol, mais surtout une volonté de survie et de dépassement des difficultés qui frappe le spectateur. L'orchestre, mené de main de maître par Riccardo Frizza, élégant et souple à souhait dans l'accompagnement, chaleureux et structuré dans les parties instrumentales, joue avec un tel degré de concentration qui se met au niveau des plus grands ensembles du moment. C'est vrai que cette phalange suit ces dernières années un mouvement ascendant, mais c'est un plaisir de l'entendre à ce niveau et nous réconforte quant aux menaces qui guettent actuellement les activités culturelles. Car le formidable réservoir de mémoire qui constitue un orchestre et, a fortiori, une maison d'opéra, sont des éléments que les responsables de la culture devraient tenir bien présents lorsqu'ils se fourvoient dans la gestion des problèmes urgents, oubliant que l'art et la culture nous définissent en tant qu'êtres humains.

Alexandre Kantorow en récital à Monte-Carlo

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C'est avec plaisir qu'on retrouve le pianiste Alexandre Kantorow en récital à Monte-Carlo. Nous l'avions découvert en 2018 au Festival de Menton et depuis son palmarès s’est étoffé et impressionne pour ses 22 ans.  Il a été choisi cette année comme "artiste en résidence" de la saison de l'Orchestre Philharmonique de Monte Carlo et il est invité à  un récital et pour deux concerts avec l'orchestre.

Alexandre Kantorow est un merveilleux pianiste toujours à la recherche de la perfection et il possède un tempérament de feu. Pour son premier récital monégasque, il nous propose un programme passionnant de virtuosité et de sensibilité.

Brahms est un de ses compositeurs favoris et le concert commence avec les 4 Ballades op.10. Dès le début, il nous emmène au coeur de la partition avec énergie et clarté. Il anime ces légendes mystérieuses avec beaucoup de nuances et d'émotions. On est conquis par son interprétation habitée, mystique et ardente.

Hommage à Yakov Kreizberg à Monte-Carlo 

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Dix ans après son décès, le souvenir du grand chef d’orchestre Yakov Kreizberg reste très fort à Monte-Carlo, en particulier parmi les membres de l’OPMC dont tous saluent la  relation artistique aussi unique que musicalement exceptionnelle avec leur regretté directeur musical. Rappelons que le chef était également le visionnaire qui a initié la label OPMC Classics, le  label de la phalange monégasque. A la fin des années 2000, il n’était pas encore si fréquent qu’un orchestre se lance dans l’aventure et l’OPMC avait séduit les critiques par une série d’enregistrements dont la Symphonie n°5 de Mahler, un coffret consacré aux grands ballets de Stravinsky ou la Symphonie n°11 de Chostakovitch. En son honneur, la grande salle de l'Auditorium Rainier III porte désormais son nom.

Kazuki Yamada, l'actuel directeur artistique et musical et l’OPMC lui ont dédié le premier concert de l'année 2021 avec un programme romantique allemand, l’un des répertoires de prédilection du maestro russo-américain. 

Pierre Boulez, pourquoi il nous manque tant 

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Cela fait déjà cinq ans que Pierre Boulez nous a quittés et, plus que jamais, il nous manque terriblement. Tant pour la justesse de sa vision, la précision de ses arguments, que pour le modèle créatif qu’il défendait : celui de la défense et de la vulgarisation d’une modernité universelle au service de l’esprit des temps contemporains. Comprendre les piliers de la modernité et en tirer la sève pour continuer à avancer. Bien sûr, Boulez pouvait se montrer parfois unilatéral ou irritant, mais une telle probité au service de l’universalisme musical semble désormais inatteignable. 

Si la médiation se veut l’alpha et l’oméga des institutions culturelles, Boulez en faisait l’axe central de son métier de musicien. Rappelons-nous le temps qu’il passait à parler aux publics, et souvent aux plus jeunes, pour leur présenter, sans démagogie, les grands chefs d'œuvre. L’auteur de ces lignes se souvient d’une soirée réservée aux moins de 30 ans où le Maestro expliquait le Sacre du Printemps au pupitre du London Symphony Orchestra devant un parterre bruxellois conquis et fasciné. Rappelons aussi son imagination quand il imposa au public de New York ses Rug Concerts : des évènements où le public bigarré et cosmopolite de New York, assis par terre (les fauteuils étaient enlevés), découvrait les grandes œuvres de Stravinsky ou de Webern et les pièces contemporaines de Crumb ou Carter mises en perspectives avec Bach, Haydn, Purcell, Mozart ou Schumann. Ces concerts drainant un public novice loin de l'académisme des soirées d’abonnements restent, plus de 60 ans plus tard, des modèles absolus ! 

Certains polémistes en mal de notoriété s’en prennent à la musique classique et lui reprochent le manque de diversités en tous genres. Boulez est encore une source d'inspiration. N'a-t-il pas associé ses propres compositions à de la musique traditionnelle d’Asie ? L’auteur de ces lignes se souvient aussi d’un concert autour des rituels qui associait, pour l’inauguration de la Cité de la Musique à Paris, un orchestre traditionnel coréen, les solistes de l'EIC et certains des meilleurs éléments du Conservatoire de Paris autour de son Rituel à la mémoire de Bruno Maderna. Et sa collaboration avec Frank Zappa n’est-elle pas un modèle et une source d’inspiration pour dépasser les frontières entre les genres et les styles ? Mais Zappa était remis en contexte et programmé aux côtés des exigeants Ives, Ruggles et Carter. 

Ludovic Morlot, inspirations Pierre Boulez 

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Ludovic Morlot sera au pupitre de l’Orchestre de Paris pour un concert dans le cadre de la Biennale Pierre Boulez et diffusé en streaming sur le net. Le chef d’orchestre dirigera un programme Debussy, Ravel et Boulez avec en tête d’affiche l’iconique Soleil des Eaux sur des poèmes de René Char. Alors que Pierre Boulez nous a quittés il y a cinq ans, Ludovic Morlot revient sur cette personnalité incontournable dont les idées et les inspirations restent des sources de réflexions et des catalyseurs de créativité . 

Pierre Boulez était une personnalité protéiforme : compositeur, chef d’orchestre, professeur, vulgarisateur, organisateur, penseur…. Que retenez-vous de lui ? 

C’est difficile de résumer tout ce qu’il nous laisse. Tout d’abord, je regrette de ne pas l’avoir connu comme je l’aurais aimé. Je l’ai croisé en backstage, mais je n’ai jamais eu de longues conversations avec lui. J'aurais souhaité le connaître plus tôt dans ma vie et avoir une relation d’élève/professeur avec lui. Ce que je retiens de lui, c’est son immense connaissance, sa culture sans frontières et la force de sa pensée. Il est une personnalité merveilleuse qui réalise l’union entre les grands compositeurs comme Stravinsky, Messiaen, Schönberg, Berg, Webern et ma génération. Tous ces compositeurs ont formé mon intérêt pour la musique orchestrale. 

Je ne suis pas amoureux de tout ce qu’il a composé. Ses partitions tardives comme Sur Incises ou Dérive 2 me séduisent particulièrement, mais je me suis replongé avec plaisir dans ses partitions de jeunesse comme le Visage Nuptial ou le Soleil des Eaux. Comme beaucoup de musiques composées dans les années 1950/1960, ces partitions sonnent de manière plus simple qu’elles sont écrites ! Plus j’étudie ces œuvres, plus j’y trouve des couleurs romantiques. Certes, Pierre Boulez détestait tout retour en arrière et on connaît son jugement sévère sur l’évolution néo-classique d’un Stravinski par exemple, mais derrière la complexité évidente de ces partitions, il y a pourtant un aspect romantique. 

Pour conclure, Pierre Boulez est une source d’inspiration pour sa curiosité et sa soif de connaissance. 

Comme ses camarades Stockhausen ou Berio, Boulez incarne la modernité avec un grand “M”, une volonté de faire table rase et de commencer un nouveau chapitre de l’Histoire de la musique. Cette modernité est-elle pour vous essentielle ?  

Ce qui est intéressant avec Boulez, Stockhausen et leurs condisciples, c’est qu’ils sont nés dans les années 1920 mais tirent un trait complet sur l’héritage de cette période. Leurs carrières de compositeurs commencent après la Seconde Guerre mondiale : une page blanche avec une nouvelle fraîcheur et donc ils incarnent une parfaite modernité. Certes Boulez était un ambassadeur exceptionnel des modernités du début du XXe siècle, mais ses partitions comme les Notations ou le Sonate n°3 sont marquées par un complet renouveau. Je suis d’avis que chaque époque a besoin d’artistes qui procèdent dans un état d’esprit de modernité, parfois plus pour créer un appétit que pour le produit final. Pensons à Stravinsky, il a essayé d’écrire de la musique sérielle, pas tant pour le produit en tant que tel que pour l’ouverture d'esprit que cela générait ! 

Dossier Haydn : les messes et les oratorios

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Fin de notre dossier Haydn avec un gros plan sur les messes et les oratorios. Un article rédigé par Jean-Marie Marchal.

Du petit maître de chapelle au prophète universel

En comparaison avec la contribution marquante qu’il a apportée au quatuor, à la symphonie ou à l’opéra, entre autres, Joseph Haydn n’a pas laissé une empreinte aussi puissante dans le domaine de la musique sacrée. Son apport y apparaît moins conséquent. Il se résume en effet pour l’essentiel à quatorze messes, quatre œuvres apparentées au genre de l’oratorio et un Stabat Mater. Autre particularité: si l’œuvre sacré de Haydn a été composé sur une large période qui s’étend sur toute sa carrière ou presque, le compositeur ne s’y est en fait véritablement consacré qu’à certains moments, de manière irrégulière. Ainsi par exemple, les quatorze messes se présentent en deux groupes très différents : le premier a été conçu dans un laps de temps important (de 1750 environ à 1782) et présente une grande diversité de formes et de styles, tandis que le second a vu le jour en quelques années (entre 1796 et 1802) en une sorte de grand geste créateur d’une remarquable homogénéité formelle et esthétique. De même, son oratorio italien Il Ritorno di Tobia (1775) apparaît bien isolé dans sa production, très éloigné des trois autres opus que Haydn écrit à la fin du siècle en langue allemande: la version vocale des Sept Paroles du Christ en Croix, La Création et Les Saisons

La carrière de musicien d’église semble toute tracée pour le jeune Haydn au sortir de sa formation musicale, dans une ville de Vienne qui possède alors une très riche tradition de musique sacrée catholique de type concertant. Pourtant, contre toute attente, c’est dans le domaine de la musique instrumentale qu’il s’impose rapidement comme un compositeur inspiré et innovant. Une fois au service des Princes Esterházy, il ne développe pas davantage une carrière de compositeur de musique d’église, même lorsqu’il s’en voit officiellement chargé au sein de la Cour (soit à partir de 1766). C’est que le Prince Nicolaus est bien plus intéressé par la musique instrumentale et par l’opéra. Haydn s’adapte donc volontiers aux goûts de son employeur. Avant 1766, il s’est toutefois déjà essayé deux fois à la composition d’une messe. Les deux opus datent des années 1748/49 et sont donc clairement des œuvres de jeunesse. La première, retrouvée seulement en 1957 par le musicologue Robbins Landon, porte le nom de Missa Rorate coeli desuper en sol majeur (Hob. XXII. 3). De dimension étonnamment modeste (à peine huit minutes en tout !), elle constitue essentiellement une promesse d’avenir, en même temps qu’un témoignage éloquent de la technique utilisée à l’époque dans les Missae brevis pour raccourcir la durée du Gloria et du Credo : on n’hésite pas pour l’occasion à superposer le texte aux différentes voix afin de le condenser au maximum… La Missa brevis a due soprani en fa majeur (Hob. XXII. 1), composée selon certains témoignages de l’époque alors qu’il était encore enfant de chœur à Saint-Etienne, est un peu plus longue. Malgré quelques maladresses d’écriture, elle se révèle assez séduisante notamment du fait d’une disposition vocale intéressante qui voit fréquemment dialoguer et se répondre le chœur et deux voix de soprano solo mises en perspective comme des voix célestes légères et chaleureuses. 

2021 : l’essentiel et la reconstruction ? 

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Si l’an neuf est traditionnellement un moment d’espoir, le passage à 2021 laisse un sentiment mitigé ! Si tout le monde se satisfait d’avoir laissé 2020 derrière soi et espère une amorce crédible de sortie de la crise Covid au mieux vers la fin de l'été, la situation reste sombre. Les salles de spectacles, à de rares exceptions locales près (Monaco, Madrid), restent tristement fermées et personne ne prend le risque d’avancer une hypothétique date pour une réouverture même partielle ! 

Dans tous les cas, les séquelles risquent d’être importantes pour la culture. Considérée comme non essentielle, sa mise à l'arrêt marque indéniablement une cassure civilisationnelle. Rappelons que l’art et la culture sont l’ADN de l’Occident. On ne se lancera pas ici dans une démonstration didactique et pour ne pas donner dans le corporatisme, on choisira l’exemple du théâtre qui prend source dans l’Antiquité comme composante structurante de la vie sacrée des cités. Rappelons aussi que même pendant les deux Guerres mondiales, la culture ne s’était pas arrêtée à travers le monde ! Nous vivons une situation inédite ! 

Certes, il ne s’agit pas de dire que tel secteur vaut mieux qu’un autre et que tel ou tel mérite ou pas de rester ouvert. Mais éteindre la Culture est hélas un signal, la considérer comme “non essentielle” est une insulte aux artistes, aux publics mais aussi à notre Histoire ! Elle n’est plus un axe de la Civilisation et on lui préfère des temples de la consommation gavés, pour la plupart, d’objets fabriqués à l’autre bout de la planète et importés par cargos ou avions bien polluants ! Comme symbole du monde d’après, en phase avec les enjeux du futur, on peut espérer mieux ! 

L'antienne de la réinvention, cri de ralliement de tous les commentateurs en mal d’idées et mythe fantasmé de la Modernité, aura fait long feu. Le tsunami de concerts en ligne qui nous a submergés n’est qu’un miroir aux alouettes car l’essence de la culture, c’est d’être vivante et, en dépit de la grande qualité de certaines offres tant sur la forme que sur le fond, le concert en ligne n’est en rien une solution à terme car il est la négation même de l’Art. Sans public, il ne peut y avoir de culture ! Comme le dit justement Daniel Barenboim : Nous ne devons pas oublier que la musique est créée dans un espace, c’est-à-dire en direct, sur scène, avec un public (…) Rien ne peut remplacer cette expérience partagée. Le streaming est une bonne chose, c’est important, mais il ne remplace pas les concerts et les représentations d’opéra en direct.

Bor Zuljan à propos de Dowland

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À l'occasion de son remarquable premier album enregistré comme soliste, nous avons discuté avec Bor Zuljan : sa conception de Dowland, de sa musique pour luth. Comment a-t-il structuré son programme, pourquoi le choix de cet instrument à huit chœurs, quels sont ses projets...

Dans sa jeunesse, à Paris, Dowland avait embrassé le catholicisme romain. Il considéra que sa religion fut un obstacle à sa carrière sous le règne élisabéthain marqué par l’Acte de Suprématie de 1559. On le retrouve alors en Italie, en Allemagne, auprès du Roi du Danemark, mais ce n’est qu’une quinzaine d’années avant sa mort qu’il accéda enfin à un poste à la Cour d’Angleterre, sous Jacques 1er. Ce manque d’égard sur sa terre natale peut-il expliquer la frustration et le tempérament d’un Dowland tourmenté, vindicatif, derrière la réputation de mélancolie qu’on lui a accolée ? Pensez-vous que son caractère transparait dans les mœurs de sa musique ? Traduit-elle un besoin de reconnaissance ?

Il est bien sûr difficile de comprendre la complexe personne de John Dowland juste par quelques écrits à 400 ans d'écart. Mais j'aurais tendance à penser le contraire : je vois plutôt sa nature tourmentée, son caractère conflictuel comme obstacle à obtenir le poste tant souhaité. De plus, la Cour d'Elisabeth I incluait des musiciens catholiques, comme par exemple William Byrd.

Dowland a été loué pendant sa vie en presque toute l'Europe, étant aussi un des musiciens les mieux payés. Son besoin de reconnaissance est donc plus une question d'attitude. Si nous considérons quelques autres épisodes et faits de sa vie nous pouvons y voir une personnalité assez difficile, voire extrême.

Et c'est cela qui transparait dans sa musique, je pense. On n'y trouve pas seulement une mélancolie "résignée", mais aussi de la rage et du désespoir profond. Puis, d'un coup, il nous surprend avec des morceaux d'une immense lumière et légèreté, nous laissant supposer qu'il était bipolaire, passant de la dépression à la manie excessive.