Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Présences 2025 : ode à Olga Neuwirth

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Même si la nuit a été courte (de plaisantes rencontres à la médiathèque de Mâcon se sont prolongées malgré l’heure matinale du train, le lendemain vers Paris), je profite de la proximité de la Gare de Lyon avec la Maison Européenne de la Photographie pour y voir l’exposition de Dennis Brown, qui, dès les années 1970, fait de Bob Marley ou John Lydon des icônes argentiques – au The Cure du soir précédent, j’accole ainsi reggae et punk (même capsule temporelle, autres revendications musicales) – avant de rejoindre, en soirée, la salle Pierre Boulez (je vous reparlerai bientôt du centenaire de sa naissance) pour une esthétique à des années-lumière des précédentes – la plaisir de l’éclectisme, l’incessante porosité des frontières ; même les murs Trump-peurs échouent à contenir la diversité (créative) humaine.

Luciano le jeune, Berio le restaurateur

Luciano Berio, compositeur italien pionnier de l’électroacoustique (il fut responsable du département dédié à l’Ircam), est deux fois au programme du concert du vendredi à la Grande Salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris : son beau Magnificat de 1949 témoigne à la fois de l’influence de son professeur au Conservatoire de Milan, Giorgio Federico Ghedini, et du choc ressenti à la fin de la seconde guerre mondiale, quand vient la libération, que saute le verrou culturel du fascisme et, avec lui, le mur derrière lequel les nouvelles musiques restaient jusqu’alors cachées. Si, pour Sinfonia, Luciano Berio donnait aux voix (amplifiées) des textes de James Joyce, Samuel Beckett ou Claude Levi-Strauss et aux interprètes un matériau musical emprunté au passé, sous forme de citations d’Alban Berg, Igor Stravinsky, Hector Berlioz, Paul Hindemith ou Karlheinz Stockhausen, amalgamées sur la deuxième symphonie de Gustav Mahler, pour Rendering, ce sont les esquisses écrites par Franz Schubert au crépuscule de sa vie (à 31 ans) et destinées à une dixième symphonie, que Berio entreprend de restaurer, partant de son propre point de vue musical pour sauvegarder, parfois et parfois pas, la couleur schubertienne, complétant les vides d’un « tissu connectif » changeant et réservé, annoncé par le célesta.

Olga Neuwirth naît en Styrie en 1968 de parents entourés d’artistes influencés par la contre-culture, baignés de cinéma, de littérature, de musique, deux sauvageonnes (avec sa sœur) dans un pays « gris, conservateur […], pétri de conventions » ; elle prend de son père, destiné à la magistrature et détourné vers le piano (de jazz), le goût qui la conduit vers la trompette (celle de Miles Davis), qu’elle doit pourtant abandonner après un grave accident de voiture – occasion, après la rencontre avec Hans Werner Henze, de s’ouvrir à la composition, en même temps qu’au lien entre musique et politique. Elle est la compositrice à l’honneur de cette édition 2025 du festival de Radio France, même si, retenue à Vienne pour des raisons familiales, elle n’assiste pas à cette consécration française qui lui offre au moins une pièce dans chaque programme. On la connaît pour ses inspirations larges, sa musique sauvage aux babines retroussées, son penchant pour la métamorphose : Locus ... doublure ... solus (au titre pris à celui du roman fantasmagorique de Raymond Roussel, avec qui elle partage l’obsession des chiffres), pour piano et orchestre (Tamara Stefanovich et le Philharmonique de Radio France), pervertit la personnalité sonore de cet instrument bourgeois par excellence en jouant sur l’interaction avec ceux qui l’entourent : altos, célesta, piano électrique (échantillonneur) fabriquent à l’instrument soliste une ombre, une doublure…

Emmanuelle Bertrand fait revivre les voix de Maurice Maréchal et de son "violoncelle de guerre"

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Ce n’est pas nouveau : il y a, en France, une formidable école de violoncelle. Elle a commencé avec Martin Berteau (1691-1771), et de nos jours Emmanuelle Bertrand (née en 1973) en est une des plus dignes représentantes. Elle raconte que son amour du violoncelle vient d’un concert auquel elle a assisté quand elle était toute petite. Sur scène, le célèbre pédagogue Jean Deplace (1944-2015), qui deviendra son professeur. Il avait lui-même étudié avec Maurice Maréchal (1892-1964), que l’on peut considérer comme le premier représentant moderne de cette fameuse école, auquel succéderont ces grands noms que sont Pierre Fournier (1906-1986), André Navarra (1911-1988), Paul Tortelier (1914-1990) et Maurice Gendron (1920-1990).

Les nombreux enregistrements que nous a laissés Maurice Maréchal laissent entendre un jeu altier, à la fois spontané et rigoureux, très nuancé, avec une main gauche qui n'est pas toujours d'une justesse irréprochable, mais extrêmement expressive, et un archet d'une vitalité sans cesse renouvelée. Il était, assurément, un grand musicien.

En 1914, au moment de la mobilisation, il allait sur ses vingt-deux ans. En raison de son âge, il était déjà incorporé dans l’armée depuis près d’un an. Il avait eu le Premier Prix de violoncelle du Conservatoire de Paris trois ans plus tôt, et était déjà considéré comme l’un des espoirs les plus prometteurs de cette école française de violoncelle déjà tricentenaire. Ce statut lui a permis de traverser la guerre dans des conditions relativement privilégiées.

Mais sans violoncelle à lui. Quand il le pouvait, il en empruntait un. Jusqu'au jour où deux menuisiers, Antoine Neyen et Albert Plicque (morts au front, tous deux, quelques semaines plus tard) lui en ont fabriqué un, avec du bois assez grossier, pris dans une caisse de munition allemande. Ils disposaient d’un outillage assez rudimentaire, auquel manquait probablement un fer chauffant qui aurait permis de courber le bois. De sorte que ce violoncelle de guerre, dit le « Poilu » car né dans les tranchées, a un aspect beaucoup plus anguleux qu’un violoncelle classique, même si ses proportions en sont très proches (ses auteurs ayant bénéficié des conseils du destinataire).

A Genève , un récital de l’étourdissant  Rafał Blechacz

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Pour sa série ‘Les Grands Interprètes’, l’Agence de concerts Caecilia invite le pianiste polonais    Rafał Blechacz que l’on n’entend que sporadiquement en Suisse. Premier Prix du 15e Concours Chopin de Varsovie en 2005, lauréat du Gilmore Artist Award en 2014, ce quadragénaire accomplit une grande carrière internationale et passe pour l’un des grands interprètes de Chopin  à notre époque. 

Au Victoria Hall de Genève, il commence son programme du 11 février par l’une des plus célèbres sonates de Beethoven, la Quatorzième en ut dièse mineur op.27 n.2 dite Clair de lune.  Dans l’Adagio sostenuto initial tellement galvaudé, il tire de la profondeur des basses un cantabile sobre qui se développe dans un son feutré pour diluer finalement ses croches en triolets dans le halo de la pédale de droite.  L’Allegretto médian a une légèreté bucolique dont le Trio soulignera le caractère agreste, alors que le Presto agitato final greffe une véhémence anguleuse au double accord  concluant chaque arpège de doubles croches ascendantes, véhémence  qu’il tempère par un contre-sujet au lyrisme fiévreux. Cette opposition de coloris marquera le développement jusqu’au déferlement de traits en dents de scie parcourant l’ensemble de la tessiture jusqu’aux claironnants accords conclusifs.

Résultats du Quart de Finale de la Troisième édition du Concours International de Direction d’Orchestre d’Opéra à Liège

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Le Concours International de Direction d’Orchestre d’Opéra s’est poursuivi ce mercredi 12 février avec le Quart de Finale. Lors de cette troisième journée, 12 candidat.e.s se sont illustrés dans des extraits d’opéras choisis par le jury. Ils devaient faire une répétition musicale avec solistes au piano afin de travailler l’extrait choisi avec les chanteurs.

Au programme de ce Quart de Finale, des extraits des œuvres suivantes : 

I Capuleti e i Montecchi (Bellini), Norma (Bellini), Anna Bolena (Donizetti), Die Entführung aus dem Serail (Mozart), Les Contes d’Hoffmann (Offenbach), Nabucco (Verdi). Ces extraits d’œuvres constitueront également le programme de la demi-finale. 

Après cette journée intense pour les artistes et le public, le jury s’est retiré pour délibérer. Ils doivent sélectionner six candidats pour la Demi-Finale ayant lieu ce jeudi 13 février.

Mention spéciale aux solistes qui ont brillamment exécuté la moindre requête des candidats avec beaucoup de brio afin de donner vie à l’interprétation de chacun des candidats.

Un frustrant Or du Rhin à l'Opéra de Paris

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Annoncé comme l’une production phare de cette saison à l'Opéra de Paris, le prélude du Ring laisse l'auditoire sur sa faim musicalement. La pertinence du propos de Bieito demeure à confirmer.

Juger des qualités d'une mise en scène après le seul prologue du Ring relève du non sens, ce dernier n'ayant après tout valeur que de prologue d'une Gesamtkunstwerk donnée en quatre journée. Il est toutefois d'ores et déjà possible de constater quelques lignes directrices. Point de symbolisme pour Calixto Bieito et son équipe, mais bien une nouvelle relecture sociétale, passée cette fois-ci au prisme du transhumanisme, au motif que les ultranantis désireraient la vie éternelle. Dans ce décor unique signé Rebecca Ringst - le Nibelheim étant désormais le sous-sol d'un Walhalla aux allures de tour d'acier- les mots d'ordre sont ainsi sobriété -à l'exception du Nibelheim aussi foisonnant que dérangeant- et projections, signées Sarah Derendinger. Pour le reste, amateurs de poésie et d’esthétique, point de salut pour vous ici ce soir, mais uniquement une dramaturgie abrupte éclairée par les lumières crues de Michael Bauer. Certains points d’ombre demeurent, à l’image du Tarnhelm dont on peine à saisir tant le concept que les effets dans la troisième scène mais, surtout, l’on ne peut s’empêcher si cette grille de lecture technologico-dystopique -initialement prévue pour 2020- survivra bien aux évolutions de son époque. La Walkyrie de la saison prochaine apportera certainement davantage d’éléments de réponse, tant sur l’actualité d’une pareille vision que sur le rôle que les hommes ont à y jouer.

Sur scène après une indisposition remarquée, l’on retrouve Iain Paterson en Wotan. Peut être la rémission n’est elle pas tout à fait parachevée, mais la projection demeure trop légère durant la deuxième scène et la longueur du souffle un peu juste sur certaines phrases, nonobstant un positionnement quasi systématiquement à l’avant-scène. Vers la fin de l’ultime scène, la fatigue devient manifeste dans les graves de la tessiture. Eve-Maud Hubeaux campe en revanche une Fricka impériale, tant dramatiquement que musicalement, avec une projection remarquée dans toutes les positions imposées, grâce à un efficiente utilisation du diamant du soutien. La longueur de souffle, fort bonne, est également remarquée. En Alberich, Brian Mulligan, livre une prestation aux allures de masterclass d’investissement théâtral, des frontières de l’autisme au tréfonds d’une lubricité sordide, le pinacle est peut-être atteint lors de la malédiction de l’anneau durant laquelle ces imprécations se font d’une ampleur rare, accentuées tant par l’ampleur de la projection que par le dramatisme de sa tessiture. Quant à Simon O’Neill, il campe un Loge au timbre ample et voilé, mais faisant état de bons harmoniques aiguës. La clarté de l’articulation ainsi que la mise en place rythmique laissent toutefois par instant à désirer.

La Folle Journée 2025 : une édition triomphale 

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Une mobilisation sans faille pour un festival incontournable

La 31e édition de La Folle Journée de Nantes s’est achevée le 2 février avec un succès retentissant. Sur 140 000 billets mis en vente, 135 000 ont trouvé preneur, confirmant l’attachement du public à cet événement annuel. L’annonce brutale, quelques semaines auparavant, d’une baisse de 70 % des subventions culturelles dans la région Pays de la Loire n’a fait que renforcer cette mobilisation.

Avec plus de 300 concerts répartis sur cinq jours, près de 2 000 artistes issus des cinq continents et un répertoire de plus de 1 800 œuvres, l’organisation de l'événement force le respect. Malgré les difficultés que traverse le milieu culturel, cette fête bien ancrée dans le paysage nantais a su maintenir son élan. Comme l’a affirmé son fondateur et directeur artistique, René Martin, lors de la conférence de presse du dimanche 2 février : « La Cité (des Congrès de Nantes) est un vaisseau qui sait s’adapter. De la Covid, on s’en est sorti, on s’en sortira donc cette fois-ci. » Une conviction qui, sans doute, fait la force et la résilience de l'événement.

Sophia Liu, jeune prodige du clavier

La Folle Journée s’est imposée comme un tremplin pour les jeunes artistes, notamment les pianistes. Il y a plus de dix ans, Alexandre Kantorow faisait ses débuts avec orchestre sur la grande scène de la Cité des Congrès. Cette année, c’est Sophia Liu, une Canadienne de 16 ans elle aussi, qui a marqué les esprits par ses interprétations magistrales. Récemment produite à la Fondation Louis Vuitton, cette élève de Dang Thai Son est un véritable phénomène. Son programme – les Troisième et Quatrième Impromptus de Schubert, Andante Spianato et Grande Polonaise Brillante et les Variations sur "Là ci darem la mano" de Chopin – ne semblait pas, de prime abord, révéler une singularité particulière. Pourtant, dès qu’elle pose les mains sur le clavier, elle captive par une musicalité fluide et naturelle. Son talent réside aussi dans les subtiles surprises qu’elle introduit, jouant en forte là où personne ne l’attend, et ce, sans la moindre extravagance. Dans Chopin, sa personnalité musicale s’affirme pleinement. L'équilibre qu’elle confère à Andante Spianato et Grande Polonaise Brillante – une œuvre où les motifs répétitifs peuvent parfois nuire à la structure – est remarquable. La pièce, souvent plate sous des doigts moins inspirés, se révèle pleine de nuances et de relief. Dans les Variations sur « Là ci darem la mano », elle offre un véritable bel canto pianistique, avec une vocalité si prégnante qu’on croirait entendre les respirations d’un chanteur. L’atmosphère théâtrale de l’opéra se dessine naturellement, avec des jeux d’ombre et de lumière presque visuels. Au fil des variations, elle fait surgir les différents personnages de Don Giovanni avec une éloquence saisissante. Une telle maîtrise sans une virtuosité gratuite est rare, surtout à son âge. Son avenir s’annonce des plus prometteurs.

Beaux claviers

La Folle Journée, toujours fidèle à son engagement envers l'excellence, a mis en lumière cette année encore des talents exceptionnels au clavier. Adam Laloum, dont le nom est synonyme de profondeur et de sensibilité, a fasciné son public avec deux œuvres majeures de Schumann, dans le cadre de la thématique « Leipzig 1838" » : Kreisleriana et la Novellette op. 21 n° 8. Si Kreisleriana est un terrain familier pour de nombreux pianistes, peu s’attaquent aux Novellettes. De cette œuvre qui s’étale sur une cinquantaine de minutes, pleine de contrastes et d'émotions, il a choisi la huitième et dernière, la plus ample, qui partage avec Kreisleriana une certaine similitude d’esprit. L’exécution de Laloum, le samedi 1er février à 11h15, a transcendé l’heure matinale, et son interprétation immersive du répertoire romantique allemand a transporté les spectateurs dans un autre monde, riche en nuances et en poésie.

Résultats de l’épreuve éliminatoire de la Troisième édition du Concours International de direction d’Orchestre d’Opéra à Liège.

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Le Concours International de Direction d’Orchestre d’Opéra a commencé ce lundi 10 février avec l’épreuve éliminatoire. Cette dernière se déroulait sur deux journés (10 et 11 février). Lors de ces deux journées, 24 candidat.e.s de 18 nationalités différentes et âgé.e.s de 24 à 31 ans, se sont illustré.e.s dans huit ouvertures et préludes. Au programme de cette épreuve inaugurale : Le Domino Noir (Auber), Norma (Bellini), Anna Bolena (Donizetti), Rouslan et Ludmila (Glinka), L’Italiana in Algeri (Rossini), Prodaná nevěsta (Smetana), Nabucco ( Verdi), Die Meistersinger von Nürnberg (Prélude de l’Acte I - Wagner).

Après ces journées intenses pour les artistes et le public, le jury s’est retiré pour délibérer. Ils doivent sélectionner douze candidats pour l’épreuve du quart de finale ayant lieu ce mercredi 12 février.

Voici la liste des candidats admis à poursuivre le Concours :

  • Margaryta Grynyvetska (Ukraine - 1994)
  • Filippo Barsali (Italie - 1999)
  • Jakub Przybycień (Pologne - 1995)
  • Johannes Beranek (Autriche - 1998)
  • Nicolò Azzena (Italie - 1993)
  • Lars Corijn (Belgique - 1996)
  • Matteo Dal Maso (Italie - 1997)
  • Sieva Borzak (Russie/Italie - 1997)
  • Giovanni Conti (Italie - 1996)
  • Johann-Sebastian Guzman (USA/Colombie - 1995)
  • Luis Castillo-Briceño (Costa Rica - 1996)
  • Aram Khacheh (Italie - 1997)

Wagner au Journal télévisé

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J’ai fait un rêve ! 

Wagner était invité au journal télévisé du soir. Égal à lui-même, regardant de haut cette piétaille journalistique qui croit pouvoir condenser ses opéras en quelques minutes, lui l’inventeur de l’œuvre d’art totale qu’on voudrait soumettre aux rythmes et contraintes de la technologie moderne… Bref, ça ne s’annonçait pas bien.

La journaliste qui lui faisait face n’avait rien d’une walkyrie, plutôt mignonne, du genre fille fleur, souriante, bavarde, très bavarde même. Sans la présence de Cosima juste derrière, en coulisse, qui sait si… Mais c’est l’heure.

- Monsieur Wagner, merci d’être venu sur notre plateau pour nous parler de votre œuvre. En France, on connaît bien vos opéras dont on apprécie les dimensions à la fois physiques, intellectuelles et virtuelles, leur prolongement dans le subconscient psychanalytique des interprètes et les retombées dans la psyché des auditeurs grâce à une approche de la relation musique-scène dont vous maîtrisez comme nul autre l’impossible équilibre. Sans parler de tout ce qui se cache derrière la personnalité complexe de tous vos protagonistes. Dans une récente production de la Tétralogie, le metteur en scène Paulus Bach a enfin révélé ce que personne n’avait découvert dans votre conception dramatique des personnages, le fait que Wotan est en réalité une femme, un travesti. Ce qui permet ainsi de respecter la parité au sein de la distribution. Avez-vous souffert d’attendre si longtemps pour que vos spectateurs, vos auditeurs en aient la révélation ?

- Ach, c’est que…

La journaliste lui coupe la parole :

- … je comprends, mais Wotan devrait alors être chanté par un castrat. 

- Nein ! c’est une basse, un dieu et on ne peut…

- … naturellement, mais dans le Crépuscule des vieux il finira par perdre la partie. Revenons au début de la Tétralogie, à une autre production récente, celle de Mickey Latout qui a eu l’idée géni-â-le de convertir le métal précieux en bitcoins. Est-ce que vous percevez ce qu’une telle transaction peut apporter à votre œuvre ?

- C’est un véritable…

Elle lui coupe à nouveau la parole :
- …oui, naturellement, tout dépend du taux de conversion. Mais changeons d’approche. Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous face à certains critiques qui parlent d’un mastic multicolore étendu presque uniformément à propos de votre orchestration ? Est-ce que vous cherchez vraiment à mêler les sons dans une grande marmite pour en extraire une potion magique sonore que seuls les orchestres germaniques savent appréhender avec cette densité inexprimable issue du houblon et de la sidérurgie ?

Les Musiciens du Louvre 100 % Bizet à La Seine Musicale

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C’était donc à une soirée en hommage à « notre génie national » (selon ses propres mots), que Marc Minkowski nous conviait, avec l’orchestre qu’il a fondé voici maintenant plus de quarante ans. En maître de cérémonie, il présentera les œuvres, et en particulier le contexte des airs d’opéra, de façon vivante et très accessible.

Deux parties, avec un entracte : dans la première, une alternance de pièces orchestrales et d’airs d’opéra.

Les premières sont toutes issues de la Petite Suite, qui est une orchestration de cinq des douze pièces de la suite pour piano à quatre mains Jeux d’enfants. Elles ont donc été jouées séparément : la Marche « Tambour et trompette » dansante, prise dans un tempo assez rapide et jouée avec beaucoup de légèreté (au risque de générer quelques imperfections instrumentales dans les bois) ; la Berceuse « La Poupée », très musicale, mais un peu précautionneuse ; l’Impromptu « La Toupie », dans lequel les musiciens s’amusent beaucoup ; le Duo « Petit mari, petite femme », avec des cordes élégantes, mais à la sonorité quelque peu impersonnelle ; et enfin, le Galop « Le Bal », très brillant.

Toutes ces courtes pièces (entre une et trois minutes) servaient, en quelque sorte, de transition entre des airs d’opéras, confiés à la mezzo-soprano Adèle Charvet et au ténor Kévin Amiel (à la place de Quentin Desgeorges, initialement annoncé).

C’est lui qui rentre le premier sur scène, avec deux airs consécutifs de La Jolie fille de Perth : À la voix d’un amant fidèle et Viens, ma belle. La voix est très belle dans les graves et dans les nuances piano, mais parfois saturée dans les aigus forte. La diction est sans doute perfectible, mais la sensibilité fait mouche.

Mozart à Monte-Carlo ou Salzbourg sur Mer

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L'Orchestre philharmonique de Monte-Carlo présente depuis plusieurs années un festival Mozart autour du 27 janvier, la date de naissance de Mozart. Le festival alterne des concerts avec orchestre et de la musique de chambre.

Pour le premier concert, nous avons eu le bonheur d’entendre Pierre Génisson dans le Concerto pour clarinette et orchestre de Mozart sous la direction du grand maître de la musique baroque Ton Koopman. Pierre Génisson est un des plus brillants représentants de l’école des vents français. Mozart était en tant que compositeur amoureux de la clarinette.

Une des pièces maîtresse des compositions de Mozart est son sublime concerto pour clarinette et orchestre. "La portée spirituelle et symbolique de ce concerto est immense" déclare Pierre Génisson. "Chaque fois que je reviens à ce chef-d’œuvre, j’éprouve la même émotion que lorsque je découvre une œuvre pour la première fois… Mozart et la clarinette, quelle combinaison particulière !"

L'interprétation de Génisson est magique. L'adagio résonne de bonheur et touche profondément. Le public lui réserve une ovation et il joue à nouveau l'adagio en bis, suivi de variations sur un des thèmes d'opéra de Mozart.