George Lloyd (1913-1998) : Symphonies n° 7 à 12 ; Suite orchestrale ‘The Serf’. BBC Philharmonic Orchestra, Philharmonia Orchestra, Albany Symphony Orchestra, direction George Lloyd. 1984-2000. Notice en anglais. 292’ 10’’. Un coffret de 4 CD Lyrita SRCD.2418.
Dimtri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°8 Op.95 ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°8 (édition Haas). Philharmonic Society Orchestra, Carlo Païta. 1981 et 1982. Livret en français et en anglais. Palais des Dégustateurs. PDD036
Piotr Ilitch Tchaïkovsky (1840-1893) : Symphonie n°4 en fa mineur, Op.36 ; Marche Slave en si bémol mineur ; Hamlet, Op.67 ; Capriccio italien, Roméo et Juliette, Symphonie n°6 en si mineur, Op.74 “Pathétique”. Russian Philharmonic Orchestra, National Philharmonic Orchestra, Carlo Païta. Livret en français et en anglais. Palais des Dégustateurs. PDD037
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : The Sonata Project. Sonates pour piano : n°11 K331 “Alla Turca” ; n°8 K.310 ; n°14, K457 et Fantaisie n°4 K.475. Yundi, piano. 2023. Livret en anglais, français et allemand. 79’54’’. Warner 5 054197 934858.
Plus de 70 artistes, 39 concerts et animations, un « marathon Mozart » (intégrale des sonates pour piano, 15 concertos)... Du 14 au 16 juin, le Lille Piano(s) Festival se met en mode « olympique » pour fêter ses 20 ans.
Il y a tout juste 20 ans, Jean-Claude Casadesus, chef historique de l'Orchestre national de Lille, créait le Lille Piano(s) Festival. Au fil des années, ce rendez-vous estival s'est imposé, rassemblant grands interprètes et talents émergents du classique, mais aussi du jazz, des musiques du monde, pour un événement qui se veut à la fois exigeant et populaire.
Aux portes de l'été, Lille remet donc ses habits de musiques pour un (très) long week-end, du 14 au 16 juin, entièrement dédié au piano, sous toutes ses formes. Avec cette année, ambiance « olympique » oblige, la volonté de battre bien des records.
Pour ses 20 ans, le Lille Piano(s) Festival va ainsi réunir les trois directeurs musicaux successifs de l'Orchestre National de Lille. Le créateur « historique » Jean-Claude Casadesus, sera en compagnie des pianistes Abdel Rahman El Bacha et Adam Laloum pour interpréter les trois derniers concertos de Mozart (le samedi 15 juin à 20h au Nouveau Siècle). L'actuel directeur musical Alexandre Bloch donnera le concert d'ouverture du vendredi 14 juin à 20h, en compagnie des pianistes François-Frédéric Guy, Jonathan Fournel et du Geister Duo, pour les 23e, 21e et Concerto pour deux pianos n°10. Le futur directeur musical de l'ONL, Joshua Weilerstein, qui prendra ses fonctions en septembre 2024, fera sa première apparition à la baguette de l'Orchestre national de Lille, le dimanche 16 juin à 20h, en compagnie des pianistes Pierre-Laurent Aimard, Adam Laloum et Jonathan Fournel, pour une autre « triplette » de concertos (n°13, 20 et 24).
Le « marathon » des Concertos pour piano se poursuivra le dimanche 16 juin à 16h30, avec les n° 9, 11 et 14 sous les doigts de Cédric Tiberghien, Abdel Rahman El Bacha et François-Frédéric Guy en compagnie de l'Orchestre Royal de chambre de Wallonie.
Pour ses débuts à l’Auditorium de la Fondation Louis Vuitton, Daniil Trifonov présente un programme franco-germanique fort original, allant de Rameau à Beethoven en passant par Mozart et Mendelssohn. Tout au long de la soirée, le pianiste multiplie des idées musicales surprenantes doublées de ses ressources pianistiques uniques.
Les premières notes, la Suiteen la mineur RCT 5 (du Nouvelles pièces de suite du Clavecin, 1726-1727) de Rameau est ensorcelante. Parfois à peine audible dans un double ou triple piano. Souvent lentes, la plupart des pièces ont un air de contemplation nostalgique. Les pédales transforment les notes en une sorte de halo sonore, mais elles restent distinctes. Cet effet contradictoire est fort intrigant, d’autant que le tempo qu’il choisit est également contradictoire : lents pour Allemande et Courante (qui sont habituellement d’un tempo modéré), et animé pour la Sarabande. Trifonov joue celle-ci avec une clarté majestueuse, alors qu’il semble s’amuser dans les Trois Mains et Fanfarinette avec les ornements qu’il réalise avec une exubérance raffinée. Il ne manque pas d’idée en interprétant de manière totalement différentes, voir opposées, certaines cadences de Fanfarinette dans leurs reprises. La fameuse Gavotte est une fois de plus marquée par la lenteur. Dans les deux premiers doubles, le thème de la gavotte n’est pas explicitement énoncé mais résonne dans le lointain, toujours dans ce halo. On dirait que toute la suite est un fantôme du passé. Mais le pianiste russe a le génie d’éclaircir tout à la fin, en métamorphosant le dernier double en une véritable pièce de bravoure à la manière de Liszt ! Les vagues souvenirs qui planaient dans la tête s’estompent, et l’œuvre se termine au présent, dans une vision claire, telles des images cinématographiques !
Dans le cadre de la journée de l’Europe du 9 mai, nous avons eu le bonheur d’entendre l’European Union Youth Orchestra à Bozar. Chaque année, plus de 2500 jeunes musiciens âgés de 16 à 26 ans venant des 27 pays membres de l’Union Européenne postulent pour faire partie de cet ensemble. Seuls 120 d’entre eux sont choisis, les futurs membres des plus grands orchestres internationaux. Reconnu dans le monde entier, l’orchestre profite de l’expérience des plus grands chefs invités. Pour cette tournée, c’est au chef français Alexandre Bloch de guider ces jeunes talents dans cette aventure musicale unique.
Qui dit journée de l’Europe dit discours. Après une brève introduction du directeur de Bozar monsieur Christophe Slagmuylder, nous avons eu droit à un très long discours de Madame la Ministre des Affaires étrangères Hadja Lahbib sur les valeurs de l’Union Européenne.
Pour commencer ce concert, nous avons pu entendre la création belge de l'œuvre Eutopia de la compositrice belge Annelies Van Parys. Inspiré des idéaux de fraternité et de paix chers à l’Union Européenne, ainsi qu’ils le furent à Ludwig Van Beethoven, l'œuvre reconstruit notamment la mélodie de Tous les hommes deviennent frères du compositeur allemand, d'abord en majeur, puis en mineur. Très atmosphérique, la composition d’Annelies Van Parys demande d’accorder un soin tout particulier au mélange des timbres. La qualité et la pureté du tapis sonore réalisé par les cordes de l’orchestre européen fut très impressionnante. La balance, parfaitement maîtrisée par Alexandre Bloch, a permis d’entendre précisément tout ce qui se passait dans l’orchestre, sans pour autant toujours discerner quel instrument était responsable de tel ou tel effet. Des effets, il y en avait tout particulièrement aux percussions dont l’utilisation très contemporaine a demandé l’utilisation d’archet et de différentes baguettes très spécifiques. Il faut saluer le travail des percussionnistes qui en ont parfaitement bien géré le niveau sonore. La pièce fut très bien accueillie par le public qui a chaudement applaudi les musiciens et la compositrice, présente pour l’occasion.
Objectif atteint ! Dans une de ses interviews, Andrea Breth, la metteure en scène, précisait que ce qu’elle espère, c’est que le public, à la fin d’une de ses productions, ne s’interroge pas immédiatement sur l’encombrement du parking et le temps nécessaire pour en sortir ou sur le choix d’une boisson bienvenue en conclusion de soirée. Non, pour elle, il s’agit de faire en sorte que la représentation se poursuive en chacun de ses spectateurs, qu’elle laisse ouvertes toute une série de questions, qu’elle déclenche des émotions et des sentiments persistants. C’est ce qu’elle réussit avec sa lecture du Turn of the Screw de Benjamin Britten.
Mais il faut le souligner, c’est d’abord Britten qui suscite pareille perpétuation avec son opéra vertigineux. Grâce au livret de Myfanwy Piper, inspiré par le roman éponyme d’Henry James. Une gouvernante (ainsi la nomme-t-on, sans autre précision) est engagée pour s’occuper de deux jeunes enfants, Miles et Flora. Engagée par un mystérieux « commanditaire » : jamais, elle ne pourra le contacter. Mais très vite, ce qu’elle découvre provoque sa perplexité, son inquiétude. Il s’est passé quelque chose là-bas. L’ancien domestique, Peter Quint, est mort. Miss Jessel, l’ancienne gouvernante, est morte elle aussi. Ils réapparaissent, fantomatiques. Quelle a été la relation de Miles avec Quint, quelle est-elle aujourd’hui ? La fin est tragique. Tout cela n’est-il que le fruit de l’imagination de la gouvernante ? De quelles turpitudes les lieux ont-ils été le cadre ?
Fait inhabituel : avant même la première note, une ovation salue l’entrée du chef d’orchestre, Patrick Fournillier. Depuis de longues années, il aime et connaît Massenet pour en avoir étudié et dirigé la moindre des partitions, notamment à l’occasion du Festival de Saint-Étienne. Ce n’est donc pas surprenant si, après une entrée en matière où il lui faut rassembler et canaliser ses troupes, la musique et l’extraordinaire génie dramatique de Massenet offrent les plus grandes satisfactions.
S’y ajoute la fidélité à la grande tradition du chant français, cet art singulier, si caractéristique, dont la transmission s’est miraculeusement opérée oralement de professeur en professeur -souvent ancien chanteur- et de chef de chant en chef de chant.
Certes, la diction de Christian Van Horn (à la présence scénique et vocale d’une rare endurance) prend parfois des accents exotiques, le chant ambré de Dulcinée (Gaëlle Arquez) n’est guère compréhensible sans sous-titres à l’instar de l’émission confuse des chœurs.
Mais Sancho (Étienne Dupuis, plein de verve scénique), les quatre amants, serviteurs et bandits font preuve d’une diction claire et précise si bien que l’ensemble du plateau fait honneur au compositeur de Thaïs, d’Emy Gazeilles, Marine Chagnon, Samy Camps et Nicholas Jones jusqu’à Young-Woo Kim, Hyunsik See, Nicolas Jean Brianchon et ses compères (Pierre André, Bastien Darmon, Gabriel Paratian, Joan Payet).
Le très musical solo de violoncelle, enfin, est justement applaudi. Le décor ? -Un appartement vert d’eau meublé dans le style des années 50-60 coupe la scène horizontalement en deux. Un vieil homme déprimé, en chandail, alcoolique et toxicomane erre. Un voisin ami-aide-soignant passe.
Sous le canapé vert, la bibliothèque blanche, les bas de porte, diverses trappes s’ouvrent laissant passer les quatre admirateurs de Dulcinée en costumes de collégiens anglais.
Allan Pettersson (1911-1980) : Intégrale des symphonies n° 1 à 17 ; Mouvement symphonique ; Concerto pour violon et quatuor à cordes ; Concerto n° 2 pour violon et orchestre ; Concerto pour alto et orchestre ; Concertos pour cordes n° 1 à 3 ; Vox Humana, pour 4 solistes, chœur mixte et cordes ; Six chants pour voix et piano ; Chants des va-nu-pieds, pour baryton et piano ; Six Sonates pour deux violons et autres pages de musique de chambre. Orchestre symphonique de Norrköping et Orchestre de chambre nordique, direction Christian Lindberg et Leif Segerstam ; Orchestre et Chœurs de la Radio suédoise, direction Stig Westerberg ; Ulf Wallin, violon ; Ellen Lisbeth, alto ; Jörgen Pettersson, saxophone alto ; Chœur de chambre Eric Ericson ; Duo Gelland ; Anders Larsson et Peter Mattei, barytons ; Bengt-Ake Lundin, piano, et divers interprètes. 1976-2023. Notice en anglais, en suédois, en allemand et en français. 19 heures 47’ 15’’. Un coffret SACD BIS-9062 de 17 CD, avec 4 DVD en bonus.
Seong-Jin Cho avait subjugué le public monégasque lors de son premier passage avec l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dans le Concerto n°2 de Prokofiev.
Le phénoménal pianiste Coréen venait alors de remporter le premier prix au Concours Chopin à l'âge de 21 ans. Sa carrière s'est envolée depuis comme un avion supersonique.. La Salle Garnier est comble pour son premier récital en solo à Monte-Carlo. Seong-Jin Cho propose un programme titanesque.
Il commence avec la charmante Sonate n°53 en mi mineur Hob XVI-34 de Haydn. Seong Jin-Cho fait sonner le grand Steinway comme un pianoforte de l'époque de Haydn. Vivant, ciselé et pour autant jamais morcelé mais dans une cohérence parfaite. Il nous emporte dans un tourbillon d'émotions fugaces ou profondes sans affectation ni excès.
Il enchaîne avec le Menuet sur le nom de Haydn de Ravel, qui fait penser aux feuilles dansant dans une douce brise tandis qu’une légère pluie tombe en automne. Avant d'enchaîner avec le Tombeau de Couperin où il fait ressortir le génie de Ravel. Cette œuvre sombre dédiée à ses amis morts est d'une extrême difficulté d'exécution. Seong-Jin l'approche comme un horloger. Il y met la couleur, les contrastes, l'énergie, la simplicité, la fraîcheur et la sobriété.