Les « Lunch Concert », un rendez-vous à ne pas manquer à la Philharmonie de Luxembourg

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Une fois par mois, la Philharmonie du Luxembourg propose un « Lunch Concert ». Petites représentations d’environ une demi-heure, ces concerts sont totalement gratuits et ne nécessitent pas de réservation. C’est une occasion en or d’entendre des musiciens talentueux dans des programmes qui réservent parfois quelques surprises.
Ce mardi 29 mars, quatre percussionnistes (Laurent Warnier, Rachel Xi Zhang, Élise Rouchouse et Mark Braafhart) et une flûtiste soliste (Hélène Boulègue) nous ont proposé un magnifique programme composé d’œuvres arrangées de Lili Boulanger, sœur cadette de Nadia, et une Suite en concert d’André Jolivet.

Ils ont interprété quatre œuvres de la compositrice française : D’un matin de printemps pour violon (flûte) et piano (orchestre), Nocturne pour violon et piano, Cortège, aussi pour violon et piano et enfin Le Retour. Toutes quatre furent arrangées, par Rachel Xi Zhang (D’un matin de printemps) et Laurent Warnier (les trois autres), pour deux marimbas, deux vibraphones et une flûte. Ces arrangements sont une vraie réussite. L’esprit et la dynamique des œuvres originales sont bien présentes, les sonorités des quatre claviers se mélangent afin de mettre en valeur la flûtiste qui oscille entre l’arrière et le premier plan sonore. Les choix de baguettes des percussionnistes sont très intéressants, surtout au marimba ayant le rôle de basse. Élise Rouchouse a utilisé pour deux pièces des baguettes de feutres très grosses qui ont permis de donner un son totalement différent à l’instrument, beaucoup plus rond et surtout beaucoup moins percussif. Hélène Boulègue, elle, tient à merveille son rôle de soliste. Ses nuances et son phrasé nous emportent dans un autre univers duquel on aimerait ne jamais revenir. Petite réserve, s’il faut vraiment en chercher une, la fin des deux premières pièces n’était pas totalement précise. Mais c’est tout à fait insignifiant, et c’est avec une grande hâte que nous avons vu les musiciens se déplacer vers la deuxième partie de la scène et des instruments à percussions non-mélodique.

La fine table du Petit Trianon autour du Concerto et des Sonates pour flûte de Buffardin

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Pierre-Gabriel Buffardin (1693-1768) : Sonates no 1 en sol mineur, no 2 en ré majeur, no 3 en sol majeur, no 4 en mi mineur, no 5 en la majeur, no 6 en si mineur, Concerto en mi mineur. Le Petit Trianon. Olivier Riehl, flûte. Xavier Marquis, basson. Amandine Solano, Vanessa Monteventi, violon. Jeanne Mathieu, alto. Cyril Poulet, violoncelle. Sarah Van Oudenhove, violone. Jean-Luc Ho, clavecin. Novembre 2020. Livret en anglais, français, allemand. TT 75’31. Ricercar RIC 428

Délicieux récital de raretés galantes sur quatre claviers en solo et duo

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Miscellanea. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate en ré majeur Kv. 448. Thomas Arne (1710-1778) : Sonate no 2 des Eight Sonatas or Lessons. Siegfried Schmiedt (c1756-1799) : Fantaisie en la mineur ; Sonate no 4 en fa majeur des Sechs kleine und leichte Sonaten. Johann Wilhelm Hässler (1747-1822) : Sonate no 4 en ut mineur des Sechs leichte Sonaten. Georg Simon Löhlein (1725-1781) : Sonate no 2 en ré mineur des Sei Sonate con Variate Repetizioni Op. 2. Johann Christoph Kellner (1736-1803) : Fugue no 2 en ré mineur des Zwei Fügen mit vier Händen. George Berg (c1730-c1770) : Voluntary XX en sol majeur. Johann Friedrich Reichardt (1752-1814) : Fantasie für den Flügel en ut majeur. Georg Christoph Wagenseil (1715-1777) : Das Glockengeläut zu Rom in dem Vatikan en ut mineur. Johann Ludwig Stanzen (fl. XVIIIe s.) : Sonate en ut majeur Op. 2. Hugo Franz Reichsfreiherr von Kerpen (1749-1802) : Une Sonate à quatre mains en fa majeur Op. 4. Christian Friedrich Gottlieb Schwenke (1767-1822) : Sonate no 1 en si bémol majeur des Drey Sonaten. Goffredo Weber (1779-1839) : Sonata per gravicembalo en ut majeur Op. 15. / + en téléchargement : Carolus Antonius Fodor (1768-1846) ; Johann Gottfried Pratsch (c1750-c1818) ; Leopold Kozeluch (1747-1818) ; Johann Gottfried Wilhelm Palschau (1741-1815) ; Hinrich Conrad Kreising (c1700-1771) ; Christian Gottlob Saupe (1763-1819). Artem Belogurov, Menno van Delft, clavicorde, pianoforte, clavecin, orgue. Septembre 2019. Livret en anglais. TT 62’58 + 73’18 + téléchargement. TRPTK TTK 0047

Voyage vers l’antique clavecin italien, du Trecento au premier Baroque

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Aquila altera. Jacopo da Bologna (fl 1340-1360) : Non na el so amante ; O ciecho mondo ; Aquila altera. Andrea Antico (c1480-ap 1538) : Per dolor mi bagno el viso ; Occhi miei lassi ; Animoso mio desire ; Le non vuol esser più mia. Franceso Lambardi (c1587-1642) : Toccata. Girolamo Cavazzoni (c1525-ap 1577) : Inno Ave Maris Stella. Antonio Valente (c1520-1580) : Chi la dirra disminuita. Paolo Quagliati (c1555-1628) : Toccata dell’ ottavo tono. Andrea Gabrieli (c1533-1585) : Anchor che col partire. Francesco Landini (c1325-1397) : Che pena è questa. Ercole Pasquini (c1560-ap1608) : Anchor che col partire. Anonyme : Ave Maris Stella. Federica Bianchi, clavicymbalum, clavecin. Janvier 2021. Livret en anglais, français, italien, allemand. TT 39’51. Passacaille PAS 1111

Jeannette Sorrell, anniversaire musical 

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Fondatrice de l’ensemble Apollo's Fire - The Cleveland Baroque Orchestra, Jeannette Sorrell est une figure majeure de la vie musicale aux Etats-Unis. Alors qu’elle célèbre les 30 ans de son ensemble, elle fait paraître un nouvel album intitulé  : "O Jerusalem ! Ville des trois croyances”. Comme toujours avec cette musicienne, cet enregistrement est le fruit d’une réflexion éditoriale approfondie. Jeannette Sorrell répond aux questions de Crescendo Magazine.  

Votre ensemble Apollo's Fire - The Cleveland Baroque Orchestra fête cette année son 30e anniversaire. Pourriez-vous imaginer, en 1992, fêter ce 30e anniversaire ?

Non, je ne l'ai jamais imaginé ! En fait, lorsque j'ai lancé Apollo's Fire il y a 30 ans, je me suis dit : "Je vais faire ça pendant quelques années, jusqu'à ce que ça meure, et ensuite je trouverai autre chose à faire". Au lieu de cela, je me suis retrouvée emportée dans cet incroyable voyage de 30 ans, qui a inclus 5 tournées en Europe et au Royaume-Uni, et 29 enregistrements de CD.

Créer et développer un ensemble baroque indépendant est toujours une aventure, une prise de risque, et vous devez surmonter de nombreuses difficultés. Je suppose que ce n'est pas plus facile aux États-Unis qu'en Europe ?

Je pense que les défis sont différents aux États-Unis et en Europe. Aux États-Unis, le gouvernement finance beaucoup moins les arts. Presque aucun. Mais il existe une culture, au sein de la classe moyenne supérieure, qui consiste à donner de l'argent aux arts. Les mécènes qui vont régulièrement aux concerts sont assez généreux pour faire des dons. Mais nous devons cultiver ces relations, et aider les mécènes à sentir qu'ils font partie de notre famille.

Ádám Fischer, une carrière musicale 

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Le chef d’orchestre Ádám Fischer est le lauréat 2022 d’un prix pour l’Ensemble de la carrière des International Classical Music Awards. Véritable entrepreneur de la musique, il est l’auteur d’une discographie impressionnante en quantité et en qualité. Le maestro s'est entretenu avec Csabai Máté de Papageno, membre hrongrois du jury ICMA, sur l'enregistrement et ses compositeurs préférés.

Félicitations pour votre prix qui récompense l'ensemble de votre carrière ! L'œuvre n'est pas mince, même si l'on ne considère que les enregistrements que vous avez réalisés ! 

Maintenant vient la question de savoir ce que je pense de ce prix. Ce serait bien, mais je préfère regarder vers l'avenir plutôt que vers le passé. J'en ai fini avec le passé. Je n'aime pas non plus réécouter mes enregistrements car tout ce que j'entends, c'est ce que je n'ai pas fait correctement. J’aime mieux de ne pas les écouter. Mais l'avenir ! Cela m'excite beaucoup plus. Bientôt, je recommencerai à enregistrer une série de symphonies de Haydn, alors disons que je vivrai deux fois, car je les ai déjà toutes enregistrées une fois. Bien sûr, ce que le prix ICMA Lifetime Achievement Award signifie, c'est que les gens apprécient ce que je fais, et cette pensée me fait me sentir un peu mieux. J'ai envie de travailler.

Avez-vous déjà compté le nombre de disques que vous avez réalisés ?

Non. Il y en a certains que je ne connais même pas. Dans les années 80, la maison de disques hongroise Hungaroton faisait ce qu'on appelle du "travail sous contrat" pour CBS, car il était moins cher d'enregistrer à Budapest qu'en Occident. Normalement, il est bon que le nom des interprètes et du chef d'orchestre soit inscrit sur les enregistrements, mais parfois ce n'est pas le cas. Nous les faisions et ensuite nous ne les revoyions plus.

Avez-vous le souvenir d'avoir tenu en main votre tout premier disque avec votre nom dessus ?

Bien sûr ! C'était en 1976. Nous avons enregistré un album de Haydn publié par Hungaroton à Budapest, avec deux oeuvres : les Symphonies n°88 et n°100. J'avais vingt-six ans et je venais de rencontrer celle qui allait devenir ma femme. Ma belle-sœur, ou plutôt la femme qui est devenue plus tard ma belle-sœur, a fait remarquer que je ne m'étais pas rasé correctement pour la photo. Depuis, j'ai une barbe blanche qui ne se voit pas trop quand je ne suis pas rasé. La vieillesse a donc ses avantages, vous voyez.

Écoutiez-vous des disques lorsque vous étiez enfant ?

J'avais douze ou treize ans lorsque mon père nous a acheté notre premier tourne-disque. C'était un grand événement et un grand luxe. À l'époque, un seul voisin avait un poste de télévision et tout le monde autour allait le regarder. Nous n'avions pas beaucoup de disques et ceux que nous avions, nous les réécoutions en boucle. Mais avec précaution car, comme on le disait, à chaque écoute, la bakélite se détériorait. Au programme nous avions le Concerto pour deux violons de Vivaldi, des œuvres de Bach, des extraits de La Flûte enchantée et, plus tard, Le Songe d'une nuit d'été. Cependant, mes expériences musicales les plus mémorables ont eu lieu lorsque nous sommes allés à l'Opéra. 

Belgian Music Days : un peu de tout, et pas mal de musique d’aujourd’hui

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Dédié aux musiques belges (écrites, avec une prédilection pour les compositeurs vivants - mais pas que, puisque le pays est né en 1830 -, et pour la musique contemporaine -mais pas que, puisque électroacoustique et jazz, enseignés eux aussi en conservatoire, y ont leur place), tri-lingue/régional/communautaire (comme le pays, compliqué mais savoureux, qu’il salue), le festival en est à sa troisième édition, bisannuelle. Après Louvain et Mons, c’est à l’est que les Belgian Music Days -le Forum des Compositeurs a récolté plus de 80 propositions de pièces pour cette édition- prennent leurs quartiers, au Alter Schlachthof d’Eupen, imposant ensemble de briques rouges, fidèle au style industriel prussien, dont le destin bascule au début des années 1990, alors qu’il délaisse ses fonctions d’abattoir à viande pour celles de diffuseur de culture -après une conséquente rénovation. Je n’ai pas pu tout voir du programme fourni étalé sur trois jours, frais mais au soleil printanier, scrupuleusement organisé dans un lieu propice aux rencontres et au bar rassembleur : ma sélection est donc contrainte et restreinte -pour une parfaite exhaustivité, notez la date dans votre agenda pour 2024, à Bruxelles.

Sous l’intitulé Musiques et recherches, référence à l’association dédiée à la musique acousmatique initiée par Annette Vande Gorne, le premier rendez-vous fait place à quatre compositions fixées sur support, que le concert spatialise sur un dispositif d’enceintes multiples, dont la diversité des caractéristiques sonores figure l’orchestre. Pour L'invention du Quotidien: #1 Mouvements Ordinaires, c’est Vande Gorne qui dirige l’œuvre (en l’occurrence, qui a les mains sur les potentiomètres de la table de mixage) : Joost Van Kerkhoven est son élève (comme les autres intervenants de ce concert), qui approfondit actuellement les liens entre pensée algorithmique et musique et propose, avec ce morceau joué pour la première fois, des sons trouvés (bruits de pas, expirations, commentaires -sportifs ?-, pales de ventilateur -d’hélicoptère ?-, rires d’enfants, cloches d’église…), naturels, machiniques, du quotidien (outre le titre, directement emprunté aux livres du philosophe français Michel de Certeau, le compositeur s’inspire de la façon dont Anne Teresa De Keersmaeker intègre des gestes banals dans ses chorégraphies), retravaillés et liés à des sons de synthèse. Vande Gorne continue sur sa lancée (comme une danse des mains et du corps devant la table, son plaisir enthousiaste est communicatif) avec In Nomine, cette pièce de Léo Kupper (élève d’Henri Pousseur, pionnier de musique électronique et fondateur du Studio de Recherches et de Structurations Electroniques Auditives), qui, lorsqu’elle la découvre, jouée au Château Malou de Woluwe-Saint-Lambert dans les années 1970, sur une coupole de haut-parleurs dirigés par une sorte de clavier, l’impressionne tant qu’elle décide de se consacrer désormais à l’acousmatique : une musique mystérieuse, majestueuse, teintée du psychédélisme ambiant d’alors. C’est autour de citations de Moriturus d’Henri Michaux, qu’Ingrid Drese cerne Pérégrinations d’une petite sphère happée par le temps, composition réalisée en 2020 et jouée pour la première fois aux Belgian Music Days : un cheminement qui semble hésiter, chancelle, avance, s’égare, revient, persévère, évoque latéralement le vent de sinusoïde qui s’essouffle dans One Of These Days ; une musique qui ondoie et nous fait curieusement apprécier de n’aller nulle part. J’accroche moins aux Paysages (habités) de Marie-Jeanne Wyckmans, assemblage peu musicalisé de sons glanés dans des décors naturels (marins, forestiers, animaliers), complété de bruits (train, vaisselle) et de gazouillis enfantins, qui m’évoquent plus la bande sonore d’un documentaire qu’une pièce composée (l’influence de son métier de bruiteuse au cinéma ?).