Avec Jodie Devos, des Ah ! et des roulades 

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Lors de son dernier récital au Théâtre Royal de La Monnaie le vendredi 13 décembre, la soprano belge Jodie Devos s’est adressée au public d’entrée de jeu : « il va y avoir des Ah ! et des roulades ! ». Mais d’où vient que ces élans d’extrême virtuosité, allant des vocalises endiablées aux divins aigus en passant par des notes tantôt piquées tantôt filées, provoquent de tout temps dans les salles autant de manifestations spontanées d’un joyeux plaisir ? La magie ne serait-elle pas due à un phénomène purement kinesthésique ? Reprenons depuis le début. Qu’est-ce qu’un aigu ? Une note élevée (à l’extrême, si l’on parle de suraigus) dont l’émission dépend de la taille des cordes vocales, de leur capacité d’étirement et de toutes les autres fonctions du larynx et du corps impliquées dans leur vibration, qui est à l’origine du son. Qu’est-ce qui détermine la capacité d’un chanteur à émettre des (sur)aigus ? La nature vocale d’abord, le travail ensuite. Quel(s) effet(s) la production d’aigus procure(nt)-ils au chanteur ? Certains diront la plénitude, d’autres le plaisir, l’adrénaline, d’autres encore la folie, la joie, la bonne humeur, avant d’exprimer peut-être une certaine fatigue. C’est que c’est fragile, ces petites cordes-là. L’on pourrait dire que leur puissance est inversement proportionnelle à leur délicatesse. Un chanteur averti travaillera autant à étirer sa voix vers les extrémités de sa tessiture qu’à la détendre pour la reposer, l’entretenir, la choyer et prolonger ainsi sa longévité. Quel(s) effet(s) ces aigus procurent-ils au spectateur ? L’on observe régulièrement l’admiration, les applaudissements jaillissants, le besoin de clamer haut et fort l’enthousiasme, l’éblouissement, le ravissement, l’exaltation, toutes ces marques de reconnaissance qui nourrissent l’artiste et le relancent dans sa quête passionnée.

À la Scala une fascinante SYLVIA 

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Pour ouvrir sa saison 2019-20, le Corps de ballet de la Scala et Frédéric Olivieri, son directeur artistique depuis 2002, choisissent un ouvrage insolite, Sylvia, le ballet en trois actes de Léo Delibes créé à l’Opéra de Paris le 14 juin 1876 et représenté une seule fois sur la scène milanaise, à la fin décembre 1894, dans la chorégraphie originale de Louis Mérante. 

Pour cette nouvelle production, l’on a fait appel à Manuel Legris, ex-danseur étoile de l’Opéra et actuel directeur du Staatsballett de Vienne. Pour lui, Sylvia le ramène à ses premières années à l’Ecole de Danse où il avait vu la version de Lycette Darsonval avant de prendre part lui-même à la relecture de John Neumeier datant de 1997 qu’il a dansée au Palais Garnier. De cette stylisation modernisée qui rend l’intrigue confuse, sa vision est totalement diverse, ce qui l’a amené à collaborer avec Jean-François Vazelle pour réorganiser la trame, scène par scène, en respectant la tradition, ainsi qu’avec Luisa Spinatelli qui a créé des décors inspirés de l’Antiquité grecque et des costumes aux coloris caractérisant chaque groupe (le rouge pour les chasseresses, le vert pour les faunes). Et le résultat de cette longue et patiente élaboration a été présenté au Staatsoper de Vienne en janvier 2018, en co-production avec Milan. 

Rodelinda en vidéo

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Georg Friedrich Haendel (1685-1769) :  Rodelinda. Jakub Józef Orlínski, Jeanine De Bique, Tim Mead, Benjamin Hulett, Avery Amereau, Andrea Mastroni, Jean Bellorini, Le Concert d'Astrée,Emmanuele Haïm, - Mise en scène, scénographie et lumières, Jean Bellorini - Opéra de Lille 2019 - DVD Erato 542032

Cantoría ou la Renaissance frétillante...

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On a tendance à identifier polyphonie renaissante espagnole avec spiritualité, austérité et Contre-réforme. Et, à demi-mots, avec ennui ! Ce groupe espagnol à la jeunesse insolente, Cantoría, issu de la prestigieuse Escola Superior de Mùsica de Catalunya, vient nous prouver le contraire : l'enthousiasme du public en fut la preuve. Cela n'enlève rien au mérite des Guerrero, Victoria ou Morales, mais le répertoire conservé est vraiment vaste et diversifié. Conçu sous la dénomination « Lenguas Malas » (mauvaises langues, ragots), leur programme embrasse un large éventail de musiques profanes, tirées du Cancionero de Palacio, de celui d'Uppsala et des « Ensaladas » de Mateo Flecha. Ce qui comprend un bon nombre de langues différentes : occitan, catalan, italien, castillan et même le charabia des matelots ou des soldats des hétéroclites armées impériales...

Brahms en chambre

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Johannes BRAHMS (1833-1897) : Trios pour piano, violon et violoncelle op. 8, 87 et 101. Trio pour clarinette, violoncelle et piano op. 114. Geoffroy Couteau, piano ; Amaury Coeytaux, violon ; Raphaël Perraud, violoncelle ; Nicolas Baldeyrou, clarinette. 2019. Livret en français, anglais, japonais et allemand. 108.32. La Dolce Volta LDV 64.5 (2 CD).

Voir comme on entend, entendre comme on voit : Cenerentola à Liège

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Rossini, c’est un bonheur musical et vocal. Ses partitions sont le plus souvent pyrotechniques -et cela même dans une œuvre au contenu plus douloureux comme son Stabat Mater. C’est un artificier multipliant les croches multipliées, les crescendo-decrescendos vertigineux ; il n’a pas peur des sommets, là-bas, tout en haut, bien au-dessus de la portée. Il est drôle, immensément drôle, au premier degré comme dans des décalages délicieusement ironiques. Il (se) joue de ce qu’il fait jouer ! Mais cette allégresse, qui s’empare du spectateur, exige une intense concentration des musiciens qui la font naître. C’est un spectacle toujours amusant que celui du contraste entre une salle qui éclate de rire et des instrumentistes penchés si sérieusement sur leurs partitions.

Ning Feng face à Paganini et Vieuxtemps

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Nicolo PAGANINI (1782-1840) : Concerto pour violon et orchestre n° 1, opus 6 ; Henri VIEUXTEMPS (1820-1881) : Concerto pour violon et orchestre n° 4, opus 31. Ning Feng, violon. Orquesta Sinfonica del Principado de Asturias, sous la direction de Rossen Milanov. 2019. Livret en anglais et en allemand. 68.20. Channel Classics CCS 40719.