Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Mirga Gražinytė-Tyla à Monte-Carlo

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Mirga GrazinytŽ-Tyla OPMC Janvier 2023 Photo JL Neveu

L'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo a invité la jeune cheffe d'orchestre lituanienne Mirga Gražinytė-Tyla, l’une des jeunes baguettes les plus en vue du moment.   

Initialement, il avait été prévu qu'elle dirige la  Symphonie n°10 de Mahler dans la version “complète” terminée par Deryck Cooke.  Le programme a été modifié. Il semble que nous ne sommes pas perdants.

La musique de Mieczysław Weinberg  est restée longtemps inconnue en-dehors de l'Union Soviétique. Aujourd'hui elle est largement accessible grâce aux nombreux enregistrements et à l'admiration de plusieurs musiciens célèbres dont nous nous faisons régulièrement l’écho. Mirga Gražinytė-Tyla a également enregistré plusieurs symphonies de Weinberg pour le label Deutsche Grammophon. 

Elle dirige pour le concert  le Concerto pour violoncelle de Weinberg avec une gestique claire et dynamique et elle établit d'emblée une belle collaboration avec le violoncelliste Thierry Amadi, le chef de pupitre de la la phalange monégasque.  La musique de Weinberg a toujours une connotation consolante et, malgré toutes les intensifications dramatiques, une étincelle d'espoir scintille toujours.

Les thèmes juifs, klezmer, ironiques et grinçants sont merveilleusement interprétés par Thierry Amadi. Il a une sonorité chaude et séduisante. Le public lui réserve une ovation debout et, après plusieurs rappels, il décide de partager le bis avec ses partenaires du Trio Goldberg, la violoniste Liza Kerob et l'altiste Federico Hood pour jouer le dernier mouvement du Trio de Weinberg. 

 La Gitane maudite galvanise Le Trouvère à l’Opéra National de Paris

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Cette reprise de l’un des plus populaire opéras de Verdi (1853), dans la mise en scène d’Alex Ollé (Fura dels Baus, 2016), présente trois atouts : la force d’une œuvre-quintessence du romantisme européen, des direction et distribution de haut vol, le tout plongé dans un bain de latinité aux antipodes des rigueurs puritaines.

L’orchestre, ici dégagé d’impératifs scéniques hasardeux, se déploie dans toute son envergure. A sa tête, Carlo Rizzi, familier de Pesaro, de l’italianità mais également du Grand Opéra -il a notamment dirigé la Juive de Fromenthal Halévy (1835) si présente dans le Trouvère. D’un geste aussi précis qu’élégant, teinté d’une légère sprezzatura, il obtient un équilibre, une tension dramatique sans failles.

 Arturo Toscanini réclamait les quatre meilleurs chanteurs du monde pour le Trouvère. Cette distribution n’en est pas loin. Le plateau ne s’économise ni en puissance (au risque de saturer le système de spatialisation acoustique) ni en expressivité ; jusqu’aux nuances du chœur d’hommes qui surprennent agréablement par leur velouté.

Quoique peu prodigue en demi-teintes, le ténor azerbaïdjanais, Yusif Eyvazov, balaye tout sur son passage, assumant les périls de la partition avec une témérité qui force l’admiration. Le poète-guerrier sait se révéler également touchant en rival-frère du Comte de Luna (Etienne Dupuis).

Ce dernier met sa vaillance, son élégance, son timbre clair et sonore au service d’un personnage dominateur et jaloux dont la folie le distingue et l’éloigne du cynisme d’un Scarpia.

Tristan et Isolde sans Tristan ni Isolde à l’Opéra de Paris

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Depuis presque vingt ans (2005), le dispositif vidéo conçu par Bill Viola pour le chef d’oeuvre de Wagner s’empare de l’inconscient du spectateur avec une efficacité remarquable au point que le rituel de purification bouddhiste, les ruissellements, les brumes et les forêts traversées de halos, les flammes et les chorégraphies fœtales ont quasiment acquis le statut de « vache sacrée » (dernière reprise sur la même scène en 2018).

Pourtant, sans douter de sa valeur intrinsèque, un certain décalage avec le mythe occidental de Tristan et Iseult apparaît ; encore plus avec l’opéra, lui aussi « culte », que Wagner composa pour l’amour de Mathilde Wesendonck (créé à Munich, le 10 juin 1865).

Avec le temps, les mouvements « cosmiques » (qui firent scandale en 2005) projetés sur un écran au dessus des chanteurs restent beaux mais se révèlent sans audace, voire même, franchement aseptisés.

De plus l’enchaînement des images conduit non pas dans la dynamique d’un vortex comme à Baden-Baden en 2007 avec l’Isolde irradiante et inégalée de Nina Stemme (2007) mais vers une régression utérine (embryons qui s’ébattent dans un liquide amniotique puis s’effacent). Le mythe de « Tristan et Iseult » est dès lors tourné entièrement vers la mort-néant et non vers la mort d’amour (« Liebestod » du dernier acte).

Le choix d’une esthétique visuelle sans aspérité, parfois clinique, parfois « fleur bleue » (vagues, arbres, ciels), vient renforcer cette impression.

Schumann et Schubert dégraissé par Thomas Dausgaard

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Robert Schumann (1810-1856) : intégrale des symphonies (la Symphonie n°4 est proposée dans la version originale de 1841 et la version finale de 1851) ; Ouvertures :  Braut von Messina, Op.100 ; Genoveva, Op.81 ; Scènes d’après le Faust de Goethe ; Manfred, Op.115 ; Hermann und Dorothea, op.126 ; Julius Caesar, Op.128 ; Fragment symphonique de la Symphonie en sol majeur “Symphonie de Zwickau” ; Ouverture, scherzo et finale. Swedish Chamber Orchestra, Thomas Dausgaard. 2006-2008. Livret en allemand, anglais et français. 3h50mn. 1 coffret de 3 disques Bis 2669. 

Franz  Schubert (1797-1828) : intégrale des symphonies. Ouverture de Rosamunde D.444, Extraits de musique de scène de Rosamunde D.797, Marche funèbre de l’opéra Adrast, D137.  Swedish Chamber Orchestra, Thomas Dausgaard. 2009-2014.  Livret en allemand, anglais et français. 4h59mn. 1 coffret de 4 disques Bis 2514      

Les lauréats 2023 des International Classical Music Awards

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Le président du jury, Rémy Franck, déclare : "Solidement établis comme des récompenses d'excellence dans le secteur de la musique classique, les lauréats des ICMA 2023 ont été sélectionnés à partir d'une liste de nominations comprenant 391 productions et un large éventail d'artistes et de labels.

La liste des lauréats comprend de nombreux musiciens renommés, mais aussi moins connus et jeunes, et pas moins de 14 labels ! Nous sommes fiers et enthousiastes d’inaugurer le nouveau prix ICMA Classeek, organisé en collaboration avec la plateforme numérique à succès Classeek, et de poursuivre notre coopération de longue date avec l'International Music Academy Liechtenstein, de sorte qu'avec le Young Artist Award, nous sommes en mesure de promouvoir trois jeunes talents très prometteurs. Et comme l'une de nos missions est de promouvoir le talent musical des jeunes, nous sommes ravis que dans notre section de musique de chambre, deux musiciens de 20 ans, Tassilo Probst et Maxim Lando, aient remporté le prix dans l'une des catégories systématiquement des plus compétitives. 

Le jury des ICMA est international et indépendant. Il soutient l'excellence musicale et passe au crible l'industrie mondiale de la musique pour finalement trouver le meilleur du meilleur. Ainsi, près de 300 000 mélomanes ont regardé en streaming le concert de gala des ICMA 2022. Et maintenant, nous attendons avec impatience notre Gala à Wroclaw qui sera sans aucun doute une soirée passionnante et à nouveau mémorable."

Dans les catégories spéciales : le violoncelliste David Geringas remporte le prix pour l'ensemble de sa carrière ; la soprano Ermonela Jaho est l'artiste de l'année. Saò Soulez-Larivière est le jeune artiste de l'année et le violoniste de 15 ans Leonhard Baumgartner est le lauréat du prix de la découverte. David Philipp Hefti remporte le prix du compositeur. Naxos est le label de l'année. Le prix de l'orchestre est attribué à l'organiste Karol Mossakowski, désigné par le NFM Wroclaw Philharmonic. Le nouveau prix ICMA-Classeek est décerné au contrebassiste Marc-André Teruel. 

Les Special Achievement Awards sont attribués au Forum national de la musique de Wroclaw et au pianiste Alessandro Marangoni. Dans les catégories audio et vidéo, 16 productions ont été récompensées. 

Crescendo Magazine est particulièrement heureux que l'enregistrement de Semele de Handel par le Choeur de Chambre de Namur et le Millenium Orchestra sous la direction de Leonardo García Alarcón (Ricercar) soir primé dans la catégorie Baroque Vocal. Cet enregistrement réalisé sur la scène du Grand Manège de Namur figurait dans les Millésimes 2022 de notre média.

Les lauréats recevront les trophées de l'ICMA lors de la cérémonie annuelle de remise des prix qui aura lieu au Forum national de la musique à Wroclaw, en Pologne, le 21 avril. Cette soirée comprendra également un concert de Gala avec la participation d'un certain nombre de lauréats et du NFM Wroclaw Philharmonic dirigé par le directeur musical Giancarlo Guerrero.

Les lauréats 2023 des ICMA

Le contrebassiste Marc-André Teruel remporte le premier ICMA Classeek Award.

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Marc-André Teruel, contrebassiste franco-autrichien, est le premier lauréat du nouveau ICMA Classeek Award, créé en collaboration entre les International Classical Music Awards, l'ICMA, et la plateforme pour jeunes artistes Classeek. Il recevra son trophée lors de la cérémonie de remise des prix ICMA à Wroclaw, en Pologne, le 21 avril.

Le jeune contrebassiste a déjà remporté de nombreux prix  et il a déjà obtenu un grand succès international à la fois en tant qu'artiste solo et musicien de chambre passionné. Il donne régulièrement des concerts dans les salles de concert les plus renommées, comme le Wiener Konzerthaus, le Wiener Musikverein, le Salzburger Mozarteum, l'Auditorio Nacional de Música Madrid, le Grand Auditorium de Radio France Paris, pour n'en citer que quelques-unes.

Les autres nominés pour le Prix ICMA Classeek étaient une sélection d'artistes prometteurs issus de la candidature du programme Ambassadeur 2022-23, notamment les pianistes Callum McLachlan et Zhu Wang, la violoniste Julia Blachuta, le violoncelliste Ivan Skanavi et le clarinettiste Arthur Stockel.

 

En plus du nouveau Prix ICMA Classeek, Classeek soutiendra également le lauréat du Prix ICMA pour jeunes artistes, Sào Soulez Larivière, en lui offrant une place dans son programme Ambassadeur 2023-24 pour jeunes artistes.

Carton plein pour le Royal Concertgebouworkest et Mäkelä à Bozar

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Ce vendredi 13 janvier a lieu le concert du prestigieux Royal Concertgebouworkest à Bozar. La phalange néerlandaise est placée sous la direction du jeune chef prodige Klaus Mäkelä. Le chef finlandais, partenaire artistique de l’orchestre depuis cette saison, est accompagné pour l’occasion de la brillante violoncelliste argentine Sol Gabetta. Au programme de cette soirée retransmise en live par les radios Musiq3 et Klara, Aino de Jimmy López Bellido, Schelomo d’Ernest Bloch et la monumentale Symphonie alpestre op.64 de Richard Strauss. 

Le compositeur péruvien Jimmy López Bellido compose Aino suite à une commande de trois prestigieux orchestres : l'Orchestre de Paris, le Royal Concertgebouworkest et le Chicago Symphony Orchestra. Cette pièce a été créée pour et par Klaus Mäkelä en septembre 2022 avec l’Orchestre de Paris dont il est le directeur musical depuis 2021. C’est d’ailleurs lui qui a soufflé l’idée au compositeur péruvien de s’inspirer de l’épopée du Kalevala. Cette légende cimente l’identité nationale finlandaise, ce qu’a d'ailleurs bien compris Jimmy López Bellido en déménageant en Finlande. Venons en à l'exécution de cette partition lors de cette soirée marquant les débuts de Mäkelä en Belgique. Cette pièce, intrigante, utilise un effectif assez conséquent nécessitant toute une panoplie de percussions. De nombreux effets sont utilisés, notamment dans les cordes et la percussion. Tout au long de cette pièce, nous retrouvons un motif récurrent : le chant du coucou. Il ressort aussi bien dans les grands tutti qu’au glockenspiel à la fin de l’œuvre se terminant tout en douceur. Notons le solo complice, interprété avec brio, du premier violon solo, du second violon solo et de l’alto solo. Les contrastes sont saisissants tout comme l’unité régnant entre les musiciens et le chef. 

A Genève, un Concert de l’An mi-figue mi-raisin

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Traditionnellement en janvier a lieu le Concert de l’An des Amis de l’Orchestre de la Suisse Romande. Le 13 janvier, il aurait dû être dirigé par la cheffe d’origine mexicaine Alondra de la Parra. Mais étant souffrante, elle a été remplacée au pied levé par Ana Maria Patino-Osorio, cheffe assistante de l’OSR qui assume le programme prévu en empoignant la célèbre Ouverture que Mikhail Glinka composa pour son opéra féérique en 5 actes Rouslan et Ludmila. Avec une rare énergie, elle la déploie comme étendard au vent en sollicitant l’éclat des cuivres que soutiennent les cordes graves afin de constituer une brillante entrée en matière.

Intervient ensuite le pianiste Mikhail Pletnev, menant parallèlement une carrière de chef d’orchestre, artiste russe ô combien médiatisé qui s’attaque au Concerto pour piano et orchestre de Maurice Ravel (le deuxième en ré est pour la main gauche), abordé à tempo modéré. Il suffit de quelques mesures pour percevoir que son jeu extrêmement propre est étranger à un style dont il annihile les inflexions jazzy suggérées par un orchestre mordant pour développer un discours sans âme qui n’a aucun intérêt. Pour qui a entendu en cette salle une Argerich inventant de nouveaux phrasés pour émoustiller son interprétation, l’Andantino est d’une consternante vacuité expressive en conférant curieusement une excessive importance aux triples croches conclusives qui ne sont pourtant que simple ornementation. Et le Presto final tient de la toccata brouillonne qu’applaudit poliment un public qui, en une telle soirée, ne réunit pas que des connaisseurs patentés.

Frank Peter Zimmermann et Martin Helmchen en récital à Monte Carlo

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L'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo présente, dans sa série de récitals, le magnifique duo Frank Peter Zimmermann au violon et Martin Helmchen au piano.

Après l'intégrale des sonates de Beethoven que le public monégasque a pu découvrir en décembre 2020, ils préparent une intégrale des sonates de Brahms. 

Le récital commence par la Sonate n°2 en la majeur op.100 de Brahms. Frank Peter Zimmermann et Martin Helmchen atteignent la perfection. L'équilibre entre les deux instruments est exceptionnel. Le ton soyeux, brillant et clair du violon dans les registres supérieurs et avec le timbre sombre et sensuel dans les notes graves est en parfait accord avec le toucher tour à tour doux ou robuste du piano. Un plaisir d'écoute, d'une fluidité magique.

La Sonate pour violon et piano n°2 de Béla Bartók  est dédiée à la violoniste Jelly d'Arányi, la nièce du célèbre violoniste Joseph Joachim, le dédicataire du Concerto pour violon de Brahms. Cette sonate est une œuvre énigmatique mais diabolique pour les interprètes. Seul un violoniste exceptionnel comme Zimmermann peut nous entraîner dans ce monde sonore étonnant. Helmchen a la clarté incisive et l'intrépidité nécessaire pour affronter cette partition. .

A Genève, le magnifique Roméo de Benjamin Bernheim  

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En cette saison 2022-2023, l’Orchestre de Chambre de Genève fête ses trente ans d’existence. Dans sa programmation extrêmement variée, figure un opéra en version de concert, Roméo et Juliette de Charles Gounod, donné pour deux soirées à l’Auditorium Stravinski de Montreux le 7 janvier et au Bâtiment des Forces Motrices à Genève le 10 janvier.

Ingénieuse idée que celle de présenter sous cette forme ce grand ouvrage du répertoire français à un public qui n’y est guère accoutumé ! Sous la direction du jeune Marc Leroy-Calatayud, chef associé de l’OCG pour cette saison, l’œuvre vous empoigne dès sa saisissante Ouverture-Prologue, innervée d’une énergique dynamique théâtrale que ponctue le declamato mesuré de l’Ensemble Vocal de Lausanne, à la diction parfaitement intelligible. A Genève, le texte est du reste projeté sur un écran en fond de scène, ce qui permet de suivre aisément la trame. Loïc Richard élabore une mise en espace circonscrite de chaque côté par une estrade où une partie de l’action peut être mimée par les solistes qui apparaissent devant les feux de la rampe.

Lors du Bal des Capulets, l’attention se porte sur le Tybalt péremptoire de Thomas Atkins imposant ses vues devant le Pâris en demi-teintes de Clemente Hernandez. Paraît le Comte Capulet campé par Jean-Sébastien Bou, investi de l’autorité paternelle pour exprimer sa joie de présenter sa fille, Juliette, incarnée par la soprano franco-américaine Sandra Hamaoui. Chaperonnée par la Gertrude bienveillante de Marie-Thérèse Keller, elle produit d’abord un coloris légèrement guttural qui laisse affleurer le déséquilibre entre les registres avec un medium trop sourd sous un aigu brillant où le texte n’a pas de prise. Mais une fois passée la nervosité affectant le premier acte, son chant acquiert meilleure assise. Le Mercutio de Philippe-Nicolas Martin instille une note divertissante par son baryton clair évoquant avec une précision de touche Mab, la reine des mensonges. Par quelques phrases de récitatif, lui répond le Roméo de Benjamin Bernheim, subjugué immédiatement par l’apparition de Juliette. Abordant le rôle pour la première fois, il développe d’emblée un phrasé magistral qui sous-tend le legato du madrigal à deux voix « Ange adorable », avant de laisser se répandre sa passion dévorante dans la cavatine « Ah ! Lève-toi, soleil », irradiée par l’insolence de l’aigu. Alors que sa partenaire se montre plus sûre dans ses interventions, il se laisse gagner par l’expansion généreuse du duo « Ô nuit divine ! je t’implore » puis achève le deuxième acte par un « Va ! repose en paix » en un pianissimo étiré sur la longueur du souffle. L’acte III le confronte au Frère Laurent de Jean Teitgen, basse impressionnante qui fait autorité par l’ampleur de ses moyens dans le quatuor « Dieu, qui fis l’homme à ton image » où les deux amants jouent les tourtereaux pris en faute et feignant d’être sérieux. La place publique devant le palais des Capulets braque les feux sur le Stéphano pimpant d’Adèle Charvet qui s’arme d’effronterie pour provoquer la faction des Capulets menée par le Grégorio hardi d’Alban Legos et l’arrogant Tybalt de Thomas Atkins. Et la baguette de Marc Leroy-Calatayud exploite les ressources de l’Orchestre de Chambre de Genève et de l’Ensemble Vocal de Lausanne pour brosser un Final épique où le Benvolio d’Etienne Anker seconde Roméo voulant venger la mort de Mercutio. Et tous ploient le genou devant le Duc de Vérone statuaire de José Bertili.