Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Jeunes artistes en temps de Covid 

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La situation liée à la pandémie ne cesse d’impacter tristement le monde de la culture. Si la nouvelle de l’annulation de la saison entière du Metropolitan Opera de New-York a fait l’effet d’une bombe aux déflagrations atomiques, il serait long et démoralisant de faire une liste exhaustive des conséquences... Crescendo Magazine réaffirme sa totale solidarité avec l’ensemble d’une filière trop meurtrie, trop souvent abandonnée par les pouvoirs publics et victime de décisions trop régulièrement contradictoires si pas incohérentes. Mais parmi les catégories impactées, les jeunes musiciens risquent hélas de souffrir plus longtemps et plus durement que les autres,  c’est à eux que ce texte est consacré. 

Entrer dans la carrière n’a jamais été évident, mais face aux baisses de recettes et aux déficits, il est de plus en plus probable que les programmateurs ne prennent plus de risques et privilégient les artistes bankables, capables de remplir la salle sur leur nom... De plus, toute la filière est impactée. Les agences artistiques, essentiels maillons dans l’affirmation d’une carrière, payent cher le prix de la crise... Certaines d’entre elles ont déjà disparu, et non des moindres : avec l’arrêt des concerts et surtout des tournées, les grosses agences, souvent anglo-saxonnes, se sont révélées des colosses aux pieds d’argiles... Mais d’autres entreprises, certes moins exposées, écrèment leur catalogue en se concentrant sur des artistes senior déjà bien établis. Des artistes moins affirmés se retrouvent sans représentations artistiques. Sans oublier qu’intégrer une agence risque d’être encore plus difficile pour les nouveaux venus. D’un autre côté, face à un marché de l’enregistrement dont les ventes physiques, pourtant rémunératrices, s’écroulent alors que le streaming rétribue des clopinettes, il sera délicat pour ces jeunes musiciens de pouvoir proposer des enregistrements, pourtant éternelle manière de toucher les professionnels. Dans le contexte d’une économie zombie, où les artistes devaient déjà très souvent payer la totalité des coûts liés à la production d’un enregistrement, le ticket d’entrée risque d’être encore plus cher…. 

richard Strauss (II) : à la rencontre d'Hugo von Hofmannsthal

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Paradoxalement peut-être, l'immense succès de Salomé laissa Strauss perplexe. Dans quelle voie devait-il désormais se diriger ? Comment créera-t-il à nouveau une œuvre qui puisse se hisser au niveau de ce coup de génie sans la plagier ? 

C'est alors que survint Hugo von Hofmannsthal, le poète esthète viennois. 

Strauss et lui s'étaient déjà rencontrés en 1900, à Paris, en vue d'écrire ensemble un ballet, mais le projet n'aboutit pas. Ironie de l'histoire, l'œuvre sur laquelle se porta le choix des deux créateurs ne correspondait au caractère ni de l'un ni de l'autre, et aucun des deux ne ressentit au début un quelconque intérêt pour ce sujet. 

Quel étrange couple que celui-là ! Peut-on en effet imaginer personnages et tempéraments plus différents que ceux de l'Autrichien, aristocrate élégant et subtil, cultivé et raffiné à l'extrême, et ceux du Bavarois, bon vivant, caractère sanguin, gourmand de bonne chère et de bons mots ? Quoi qu'il en soit, cette collaboration allait devenir l'une des plus brillantes et fécondes de l'histoire, aventure parfois mouvementée qui ne prit fin qu'en 1929 avec la disparition soudaine du poète. 

La belle histoire d’une tragique histoire : A l’extrême bord du monde d'Harold Noben

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En situation de crise aiguë, on parle souvent de « dégâts collatéraux », mais je me réjouis cette fois de pouvoir parler de « bienfaits collatéraux » ! Culturellement, la pandémie a eu des effets dévastateurs, immédiats et à long terme, sur lesquels il est inutile de revenir. Mais la disette qu’elle a suscitée a provoqué chez les créateurs et leurs spectateurs une soif, un désir, un besoin, une urgence de se faire entendre pour les uns, d’aller les entendre pour les autres. 

Voilà pourquoi, en tenant compte de la réalité et des contraintes de tous types qu’elle engendre, ont jailli çà et là de superbes propositions, inattendues. Ainsi à La Monnaie, après le Is this the End ? de Jean-Luc Fafchamps et Ingrid von Wantoch Rekowski, A l’extrême bord du monde d’Harold Noben et Jacques De Decker. 

Une belle histoire pour une tragique histoire.

A l’OSR, le Mahler de Jonathan Nott 

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Avec le soutien de la Société Gustav Mahler de Genève, Jonathan Nott et l’Orchestre de la Suisse Romande dédient leur programme du 30 septembre à l’illustre symphoniste autrichien en sollicitant le concours de la soprano bavaroise Christiane Karg.

Dans une musique que l’on associe volontiers aux timbres graves d’une Kathleen Ferrier, d’une Christa Ludwig, d’une Janet Baker, cette voix fruitée à la diction impeccable présente cinq des Rückert Lieder en commençant par Blicke mir nicht in die Lieder ; elle y développe un legato soutenu qui masque la faiblesse du bas medium s’étoffant progressivement avec Ich atmet’einen linden Duft où elle irise de sonorités aériennes le mot « linden ». Par contre, dans le sombre Um Mitternacht et dans le rasséréné Liebst du um Schönheit, elle s’arme de lyrisme pathétique pour tenir tête à des cuivres et à des bois qui ignorent systématiquement les nuances ‘mezzo forte’ et ‘piano’. Et c’est finalement le sublime Ich bin der Welt abhanden gekommen qui est le mieux équilibré dans ce phrasé en éventail se déployant avec lenteur en réponse à un cor anglais qui, lui, sait ce que signifie l’indication ‘pianissimo’.

A Lille, succès d’Alevtina Ioffe dans la Sérénade de Tchaïkovski

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On devine combien les salles doivent motiver un large public, dans le contexte (sanitaire et économique) que l’on sait tendu. Mais on peut aussi regretter que les programmations ne brillent toujours par leur imagination. Les répertoires anglais et scandinaves recèlent de fort intéressantes pièces pour cordes désertées sous nos latitudes et que les effectifs réduits, favorisés en cette période, pourraient s’ingénier à valoriser. Préliminaire ; agrée qui voudra. Sous l’engageant titre-concept de Divertimenti, la soirée réunissait deux œuvres aussi agréables que notoires. Initialement prévu à Audruicq ce 30 septembre, le concert a dû être accueilli au Nouveau Siècle. Les 24 et 25 septembre, la crise nous a privés de Nemanja Radulović, remplacé par Edgar Moreau dans le Concerto en ut de Joseph Haydn. Le virtuose serbe devait jouer le K.216 de Mozart qui est devenu la première partie de ce que nous entendîmes ce mercredi, sous l’archet de Lorenzo Gatto. Les pupitres étaient guidés par Alevtina Ioffe, directrice musicale de l’Opéra National Natalia Sats de Moscou qui, depuis son prix au concours Victor de Sabata à Trieste en 2009, a confirmé ses talents de conduite d’orchestre, en Russie et en Allemagne.

« À l’extrême bord du monde », Rencontre avec Harold Noben et Benoît Mernier

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À l’extrême bord du monde, un opéra de chambre composé par Harold Noben dans le cadre d’un projet ENOA en collaboration avec la Chapelle musicale Reine Elisabeth, sous la guidance de Benoît Mernier. Compte-rendu d’une rencontre, à la terrasse du Belga à Flagey par un matin d’automne naissant, avec deux compositeurs à la croisée de leurs chemins.

C’est en 2018 que le pianiste et compositeur Harold Noben pose sa candidature pour participer à un nouveau projet pédagogique de la Chapelle musicale Reine Elisabeth autour de la création. Celle-ci souhaitait en effet organiser, en partenariat avec ENOA, des résidences pour jeunes compositeurs. L’idée originelle de Bernard de Launoit était de proposer un travail avec les chanteurs et instrumentistes de la Chapelle, sous forme d’un laboratoire en temps réel, guidé par un mentor spécialisé dans l’écriture pour la voix : Benoît Mernier. Ce qui devait être au départ un projet modeste avec la simple restitution d’un travail d’écriture à la clé, a finalement pris la forme aboutie d’une production d’opéra de chambre, pour mezzo-soprano, ténor et quatuor à clavier. Le public est attendu pour la découvrir le 4 octobre à 15h à au Théâtre Royal de La Monnaie, dans une mise en scène de Mien Bogaert. 

Symphonie pour un cerveau, un documentaire avec Michel Cymès et Alain Altinoglu 

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Les nouveaux documentaires sur des artistes musicaux de notre temps sont rares et les documentaires musicaux avec des thématiques transversales à partir de la musique classique sont encore plus rares. C’est dans ce contexte qu’il faut saluer Symphonie pour un cerveau, un documentaire de Michel Cymes, François Dru et Jean-Pierre Devillers, réalisé par Jean-Pierre Devillers, réalisateur multi-primé pour ses nombreux documentaires culturels. 

Pour ce film, le célèbre Docteur Michel Cymes et le chef d’orchestre Alain Altinoglu dissèquent le cerveau de cette profession souvent fantasmée mais si méconnue, et la totalité des compétences qu’elle requiert. L’opération musicale explore : neurologie, ORL, physiologie, imageries médicales, leadership,... pour répondre à cette question : que se passe-t-il dans le cerveau d’un chef quand il dirige ?  

Une (re)découverte bienvenue : Görge le rêveur à Nancy

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Quelle belle soirée, musicale, vocale et scénique. Mais avant de justifier cette affirmation heureuse, il est, je pense, nécessaire de s’attarder un peu sur la genèse de ce Görge le rêveur.

 C’est un opéra d’Alexander von Zemlinsky (1871-1942) dont on connaît peut-être Le Nain, Le Roi Candaule et Une Tragédie florentine, des œuvres peu représentées… sinon à Nancy justement ! Chef d’orchestre applaudi et professeur reconnu, Zemlinsky fut très proche de Schönberg (devenant même son beau-frère) qu’il ne suivra cependant pas dans ses innovations radicales (cet opéra en est la preuve). Il sera aussi l’ami de Gustav Mahler. Menacé par l’arrivée au pouvoir des nazis, il devra s’exiler aux USA. Il y mourra.

C’est justement Mahler, alors directeur de l’Opéra de Vienne, qui, en 1906, lui passe commande de l’œuvre. Mais Mahler quitte Vienne et l’œuvre n’intéresse pas le nouveau directeur. On va l’oublier longtemps : il faudra attendre octobre 1980 pour qu’elle soit enfin créée à l’Opéra de Nuremberg. L’Opéra de Lorraine, en coproduction avec l’Opéra de Dijon, en assure la première représentation en France.

Les tops du mois  : octobre 2020

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Cette sélection des concerts du mois d’octobre prend encore un aspect un peu particulier. Devant les incertitudes liées à la pandémie, les annulations et les changements de distributions, il n’est pas sûr que les concerts puissent avoir lieu avec les programmes et les artistes annoncés. Cela étant, les organisateurs de concerts rivalisent de panache pour continuer de proposer des évènements. Cette sélection, en rien exhaustive, est un choix de la Rédaction de Crescendo. 

À Bruxelles, le Belgian National Orchestra sera le fer de lance musical du Palais des Beaux-Arts avec la venue du surdoué David Afkham dans Brahms et Beethoven (9/10) et d'Anthony Hermus en remplacement de Dalia Stasevska (16/10). Enfin, notre compatriote David Reiland sera au pupitre du BNO et du Choeur Octopus pour un concert de Toussaint avec le Requiem de Mozart (30/10 et 1/11). 

Du côté du Brussels Philharmonic, on repense Mahler avec un programme qui propose “l'Abschied” du Lied von der Erde dans la transcription chambriste d’Arnold Schoenberg, et “l’Adagietto” de la Symphonie n°5 en miroir avec Within her Arms d’Anna Clyne. C’est à Flagey et au Concertgebouw de Bruges entre le 2 et le 4 octobre. À Flagey, on ne ratera sous aucun prétexte le concert Brahms par le Collegium Vocale de Gand et le pianiste Nelson Goerner (31/10).

Richard Strauss, un bourgeois de Munich (1)

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Crescendo Magazine continue de reprendre les dossiers publiés dans ses éditions papiers. Nous mettons en ligne mais en épisodes, un dossier rédigé par Bernard Postiau.

Un des paradoxes de Richard Strauss, et non des moindres, est d'être pour célèbre pour ses poèmes symphoniques plus que pour le reste de son œuvre, en particulier les opéras. De ceux-ci, on ne retient généralement que les valses du Rosenkavalier, la "Danse des sept voiles" de Salomé et les titres de deux ou trois autres: Elektra, Capriccio... Et pourtant, si l'on passe en revue l'ensemble de la création du maître bavarois, force est de constater que l'opéra occupe une position centrale et essentielle dans son activité créatrice. Tous ses autres opus peuvent être vus, à des degrés divers, comme un travail préparatoire à ses partitions lyriques ou comme des objets satellites, périphériques, plus ou moins dérivés de celles-ci. L'attrait irrésistible de Richard Strauss pour le théâtre -et pour la voix féminine en particulier- n'a cependant rien d'inné: de nombreuses années d'apprentissage s'écouleront avant qu'il produise une œuvre lyrique présentable -ce sera Guntram- et d'autres encore avant d'acquérir un style propre, débarrassé de la majorité des "tics" wagnériens. Il créera alors Salomé. La maturité aidant, il trouvera son style définitif dans un certain retour au classicisme et Der Rosenkavalier en est l'une des premières expressions.

Rien ou presque dans les compositions du jeune Strauss ne laisse présager le rôle primordial que prendra l'opéra dans sa vie. Ses premiers essais relèvent du piano et de la musique de chambre, davantage des exercices "à la manière de". Même s'il écrit relativement tôt pour l'orchestre, il faudra attendre 1886, quinze ans après ses débuts, pour voir naître une création vraiment personnelle: Aus Italien. *