Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Elizabeth Sombart à propos de Beethoven 

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La pianiste Elizabeth Sombart publie une intégrale des Concertos pour piano de Beethoven accompagnée par le Royal Philharmonic Orchestra sous la direction de Pierre Vallet. A cette occasion, la musicienne nous parle de Beethoven mais également de la Fondation Résonnance qu’elle a créée.  

Qu’est-ce qui vous a poussé à enregistrer l’intégrale des Concertos pour piano de Beethoven ? 

Pour moi, enregistrer les cinq concertos de Beethoven et le triple ont été un vrai défi mais surtout l’aboutissement d’une vie de travail où Beethoven m’a accompagné dans mes concerts et dans mes enseignements. Lorsque le RPO m’a proposé cet enregistrement, j’ai surtout aimé l’idée de les enregistrer l’un après l’autre comme on se prépare pour la montée de l’Everest.

Est-ce qu’il y a une manière particulière de se préparer à l’enregistrement d’une telle somme musicale ? 

Il y a deux aspects dans la préparation, l’aspect physique bien sûr, se mettre dans une forme presque athlétique, sport, alimentation, sommeil et aussi bien sûr spirituel : autant de gammes intérieures que de gammes extérieures. 

Certains propos de Beethoven, de Friedrich Nietzsche ou de Victor Hugo ont été pour moi, comme le dit le philosophe, un évangile de l’Harmonie. « Ce sourd entendait l’infini » a dit Victor Hugo, et cela a nourri mon écoute intérieure.

Femmes compositrices du XIXe siècle : Hortense de Beauharnais

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Auriez-vous imaginé que la fille adoptive de Napoléon 1er, Hortense de Beauharnais, ait été une artiste, compositrice notamment ? Et pourtant…

Hortense Eugénie Cécile de Beauharnais (Paris 1783-Château d’Arenenberg, Suisse 1837) n’est pas seulement fille adoptive de Napoléon Bonaparte, donc une Bonaparte, mais aussi sa belle-sœur suite à son mariage avec un frère de Napoléon, Louis. Tout commence en Martinique où vivent un temps les familles de ses grands-parents, aussi bien du côté paternel que maternel.

La famille

Le père d’Hortense, Alexandre François Marie, Vicomte de Beauharnais (Martinique, Fort-Royal 1760-Paris 1794) descend d’une famille de militaires et politiciens. Il étudie à Paris, puis en Allemagne, avant d’intégrer l’armée. Il est le fils d’un ancien Gouverneur de la Martinique où sa famille possède des propriétés, ainsi qu’en France.

La mère d’Hortense est Marie-Josèphe-Rose Tascher de la Pagerie (Martinique, Les trois Îlets 1763-Château de Malmaison, Ruel-Malmaison 1814). Sa famille, d’origine noble, est propriétaire, en Martinique, d’une importante plantation (canne à sucre, coton, café…). L’entreprise très florissante, où vivent plus de 150 esclaves, décline suite à une mauvaise gestion et s’effondre en 1766 quand la propriété familiale est anéantie par un puissant cyclone. A cause du manque d’argent, Rose jouit d’une enfance très libre. Son père ne la fera instruire que de 10 à 14 ans dans un pensionnat martiniquais. Devenue Rose de Beauharnais par son mariage avec Alexandre, elle entrera dans l’histoire en tant que Joséphine de Beauharnais, épouse de Napoléon Bonaparte.

Florian Noack, Jeune musicien de l’année de grand talent

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Outre les Prix Caecilia distinguant annuellement les meilleurs enregistrements de l’année précédente, l’Union de la Presse Musicale Belge a la louable tradition d’attribuer chaque année le Prix du Jeune musicien de l’année, récompense qui prévoit un récital à donner par le lauréat à Bozar. Les raisons de la programmation étant parfois obscures, ce n’est que maintenant que Florian Noack, lauréat 2017, put enfin se faire entendre dans la toujours intéressante série Bozar Next Generation, qui permet aux jeunes musiciens d’offrir à un public connaisseur, dominical et matinal, un bel échantillon de leur talent dans un récital d’une heure sans entracte.

Se produisant dans la grande salle Henry Le Boeuf devant un public attentif et connaisseur (silence religieux et pas une toux, juste un perturbant et persistant sifflement d’origine inconnue en début de récital), Florian Noack ouvrit son récital par la peu jouée Sonate en fa dièse mineur, D. 571 de Schubert qu’il interpréta avec partition (et pourquoi pas?). Un peu crispé au début, il se détendit rapidement et fit preuve d’un jeu sérieux et sensible, d’une belle souplesse et d’un lyrisme aisé. On admira son calme souverain et son talent de conteur, en particulier dans un Finale alternativement chantant et dramatique.

Beethoven sans chef... mais non sans direction !

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Pour ce concert, les musiciens de la Deutsche Kammerphilharmonie de Brême étaient dirigés, si l’on peut dire, par Florian Donderer, son premier violon solo depuis 1999. Si l’on peut dire, car en réalité, il intervient très peu. Il s’agissait plutôt de musique de chambre à grande échelle.  Au programme, actualité oblige, Beethoven. Le Concerto pour violon, avec Christian Tetzlaff, et la Septième Symphonie.

Tetzlaff joue le Concerto de Beethoven depuis qu’il a quatorze ans. Cela fait donc presque quarante ans. Fait assez exceptionnel, il l’a déjà enregistré trois fois : en 1994, en 2005 et en 2018. À noter que c’est également le cas pour les Sonates et Partitas pour violon seul de Bach (là, il est même le seul). Et il a encore de nombreuses années de carrière devant lui ! Depuis son premier concert avec cette œuvre, en 1981, il joue des cadences qu’il a lui-même remaniées, d’après celles que Beethoven avaient composées pour sa version pour piano de ce concerto, et dans laquelle il avait prévu une partie de timbales, instrument tellement important dans ce concerto. En 2009, Tetzlaff a publié ces cadences. À part quelques rares passages où l’écriture du piano se prêtait assez mal à une adaptation au violon, le violoniste est resté très proche du compositeur. Et puis, il faut bien avouer que, par moments, Beethoven se laisse aller à un certain bavardage. Quand on connaît sa réputation d’improvisateur, on se dit que l’effet devait être saisissant en concert. Mais, fixé à l’avance, cela peut diluer quelque peu le propos, et ce léger resserrage de Tetzlaff permet de gagner en intensité. Dans la notice de la partition, il demande des baguettes particulièrement sèches. C’est un souhait qu’il a dû émettre au fil des années, car il n’est pas pris en compte dans son premier enregistrement.

Ludovic Morlot, triomphe à Amsterdam

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La série des matinées du samedi de la radio néerlandaise, programmée dans la légendaire salle du Concertgebouw d’Amsterdam, reste l’une des plus belles curiosités pour tout amateur de musique. En effet, de septembre à juin, une programmation aventureuse mêle musique contemporaine au baroque en passant par l’opéra en version de concert et musique symphonique. Pour ce concert hivernal, le Radio Filharmonisch Orkest était placé sous la direction de Ludovic Morlot, invité régulier et hautement apprécié de la phalange radiophonique néerlandaise. 

Le programme, comme de tradition, mêle une création contemporaine, une oeuvre concertante et une grande partition du XXe siècle. Peu connu en dehors des frontières hollandaises, Theo Loevendie (né en 1930) proposait sa dernière création, La Calle, donnée en première mondiale. Figure majeure de la vie musicale aux Pays-Bas, le compositeur a toujours aimé casser les frontières que ce soit vers le jazz ou les musiques turques. Composée pour grand orchestre, cette partition sonne avec une certaine nostalgie des thèmes dans une grande tradition symphonique narrative. Le matériau orchestral est souvent très beau et la maîtrise de l’écriture est digne d’éloges. Ludovic Morlot et les musiciens soignent particulièrement les timbres de cette oeuvre qui remporte un grand succès public. 

Le Trio Accanto à la Philharmonie de Luxembourg

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Voilà une configuration bien plus courante dans un répertoire jazz que contemporain : le Suisse Marcus Weiss trimbale son saxophone d’un monde, d’une époque et d’une cause à l’autre, militant sans discontinuer pour promouvoir ce (jeune) instrument au sein du catalogue classique ; l’Anglais Nicolas Hodges travaille le piano, du romantisme au contemporain, collaborant, en Amérique comme en Europe, avec grands orchestres ou ensembles de chambre ; l’Allemand Christian Dierstein met son art des percussions au service de musiques, nouvelles autant que non européennes, sur partition ou librement improvisées. Rien d’étonnant donc à ce que les œuvres au programme soient écrites sur mesure pour le Trio Accanto, dont les deux premières, commandes de la Philharmonie Luxembourg (conjointement avec la Ernst von Siemens Musikstiftung), donnent lieu à un « Artist talk » avec Misato Mochizuki (°1969) et Evan Johnson (°1980) mené, en anglais, par Lydia Rilling, la Chief Dramaturg du lieu.

Cette dernière suggère au public de rester éparpillé dans la salle, afin de mieux percevoir les dynamiques, ténues, efflanquées parfois, de son Plan and section of the same reservoir où le déroulé musical oscille plus souvent entre quasi audible et silence -même les interventions du percussionniste (limitées à la deuxième partie de la pièce) se révèlent difficilement perceptibles.

Dans les notes de programme, Philippe Lalitte (Sorbonne Université) développe le thème de la texture, « manière dont les parties individuelles ou les voix sont assemblées », notion approfondie depuis le XXe siècle par l’intérêt porté, notamment, aux interactions ou interférences entre ces parties et qui élargit encore son champ exploratoire en y intégrant « la matière sonore et les effets perceptifs ». La texture devient ainsi une toile, un tissage, un grain.

A l’OSR, un chef invité remarquable, Kazushi Ono  

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Pour sa série ‘Appassionato’, l’Orchestre de la Suisse Romande invite le chef japonais Kazushi Ono que l’on a souvent applaudi à l’Opéra de Lyon et qui est actuellement le directeur musical du Tokyo Metropolitan Symphony Orchestra et de l’Orchestre Symphonique de Barcelone, tout en assumant la responsabilité artistique du Théâtre National de Tokyo.

A Genève, son programme débute par l’Akademische Festouvertüre op.80 que Brahms avait écrite en 1879 à l’intention de l’Université de Philosophie de Breslau qui l’avait nommé Docteur Honoris causa. En sollicitant largement les cordes graves, le chef lui instille d’emblée un brin d’humour avec un basson gouailleur qui s’immisce dans un tutti emphatique ; puis un presto brillant cite des bribes de chansons estudiantines culminant sur un ‘Gaudeamus igitur’ jubilatoire. 

Elisabeth Leonskaja et Franz Schubert, une longue histoire...

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Après ses études à Tbilissi et à Moscou, elle quitte l’Union soviétique en 1978 et s’installe à Vienne, la ville de Schubert, où plus de quarante ans après elle vit encore. Dès lors, Schubert devient son compagnon de route : elle clôture son premier récital au mythique Festival de Salzbourg avec la gigantesque Sonate D. 959 (qu’elle avait déjà gravée en URSS quand elle avait 25 ans), et son premier enregistrement d’artiste exilée est consacré à la Sonate D. 894. Dans les années 1990, elle nous a donné sept sonates du dernier Schubert (avec la Fantaisie Wanderer, les huit Impromptus, et le Quintette La Truite). Tous ces enregistrements sont bouleversants d’équilibre. Pur produit de l’école de piano soviétique qui lui a donné cette profondeur de son unique, on la dit timide et réservée. Le résultat est sublime de pudeur, de tendresse, sans aucune affectation ni sentimentalité. La douleur et la lumière mêlées, si caractéristiques des dernières œuvres de Schubert, sont rendues avec une bouleversante sincérité. Elisabeth Leonskaja ne s’embarrasse pas de spectaculaires contrastes dynamiques et émotionnels. Elle est comme face à un enfant éperdu de chagrin, auquel on ne peut faire croire que la vie n’est que cadeaux, mais que l’on peut consoler en s’adressant à son cœur meurtri avec toute l’affection dont on est capable.

A Genève, un Concertgebouworkest superbe 

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Chaque saison, outre sa prestigieuse série ‘Les Grands Interprètes’, l’Agence Caecilia organise deux ou trois concerts exceptionnels. Et en ce 10 février, elle a eu la main heureuse en invitant l’une des phalanges symphoniques les plus renommées que l’on entend rarement sous nos latitudes, le Concertgebouworkest d’Amsterdam sous la direction de l’un de ses chefs invités, Myung-Whun Chung.

Au programme, une seule grande œuvre, la Neuvième Symphonie en ré majeur de Gustav Mahler, la dernière achevée par le compositeur durant l’été de 1909 et créée par Bruno Walter et l’Orchestre Philharmonique de Vienne le 26 juin 1912. 

Stéphane Denève, à propos d’Honegger 

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Le chef d’orchestre Stéphane Denève, bien connu en Belgique où il est Directeur musical du Brussels Philharmonic, est le récipiendaire d’un International Classical Music Award pour son enregistrement de Jeanne d’Arc au Bûcher. Pour cette gravure, il est au pupitre de l’Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam pour le label de l’orchestre, RCO Live. Alors qu’il est aux Etats-Unis pour diriger son autre orchestre, le Saint-Louis Symphony Orchestra, Stéphane Denève répond aux questions de Crescendo Magazine. 

Honegger est un compositeur qui est victime d’un a priori souvent négatif. Quelle est pour vous la place d’Honegger dans l’histoire de la musique au XXe siècle ? Quelles sont ses particularités ?

Ce quasi-« purgatoire » d’Honegger est étrange pour moi quand on voit l'immense importance de ce compositeur avant la Seconde Guerre mondiale. Mais on pourrait dire la même chose de Zemlinsky ou Hindemith, par exemple. Pourtant, Honegger a une place unique dans l'histoire de la musique française car il réussit une synthèse des valeurs françaises et allemandes. Sa musique est très colorée harmoniquement, très sensuelle dans son orchestration, en cela très française, mais en même temps très organisée, formelle, contrapuntique, d'une pulsation rythmique très affirmée, des qualités d'Outre-Rhin ! En tout cas, sa profondeur humaniste est sûrement internationale ! Afin de tenter d'expliquer l’a priori négatif, et même si j'adore ce compositeur, je dois avouer qu'il y a peut-être un aspect grandiloquent et une sentimentalité qui a un peu vieilli. Mais rien qui justifie cet a priori assurément exagéré ! 

Jeanne d’Arc au Bûcher reste de très loin son œuvre la plus jouée, et partout à travers le monde. Qu’est-ce qui fait la force de cette partition ?

Son inspiration ! C'est une oeuvre très inspirée, traversée d'un souffle particulier, et dont la fin est exceptionnellement émouvante, édifiante. Il est toujours difficile d'expliquer ce qui sépare une bonne pièce d'un vrai chef-d'oeuvre. Beaucoup d'oeuvres de Mozart ne sont presque jamais jouées alors qu'elles sont très similaires à ses chefs-d'oeuvre les plus populaires. Quel est ce petit supplément d'âme qui rend une musique essentielle ? Pour Jeanne au Bûcher, comment définir ce souffle, cette puissance ? La collaboration avec Claudel ? C'est aussi le cas de La Danse des morts, avec un livret de Claudel également, et qui n'est pourtant presque jamais jouée... Je pense en tout cas que le personnage de Jeanne est évidemment un immense atout, et que le contexte historique de la création a aidé l'oeuvre à devenir une icône d'héroïsme et d'amour, au-delà d'un patriotisme exacerbé qui est pour moi plus anecdotique.