Volume 6 de l’intégrale pour piano solo de Mendelssohn par Howard Shelley

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Felix Mendelssohn (1809-1847) : Albumblatt en mi mineur ‘Lied ohne Worte’ op. 117 ; Lied en la mineur op. 19b n° 2 ; Capriccio en mi majeur op. 118 ; Perpetuum mobile en ré majeur op. 119 ; Prélude et Fugue en mi mineur WoO13 ; Esquisses musicales WoO19 ; Reiterlied en ré mineur ; Sonate pour piano en si bémol majeur op. 106 ; Lieder ohne Worte, Livre VII op. 85 et Livre VIII op. 102. Howard Shelley, piano. 2020. Notice en anglais, en français et en allemand. 73.57. Hyperíon CDA68368.

Musiques tchèques avec l’Orchestre philharmonique de Monte Carlo 

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L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo invite le chef d’orchestre Tomáš Netopil pour un beau programme en hommage à la musique tchèque.  Le concert s’ouvre avec la Suite tirée de l’opéra La petite Renarde rusée de Janáček. Tomáš Netopil dirige la Suite préparée par son collègue Charles Mackerras. Le chef tchèque est un narrateur passionné et les pupitres de l’OPMC répondent à merveille aux sollicitations avec une belle palette de couleurs.  

A Genève, l’OSR à l’heure ouzbèke avec Aziz Shokhakimov et Behzod Abduraimov

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Pour le concert du 9 mars intitulé ‘Les stars ouzbeks’, l’Orchestre de la Suisse Romande invite deux trentenaires, Aziz Shokhakimov, chef titulaire de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg et directeur artistique du Tekfen Philharmonic Orchestra en Turquie, ainsi que le pianiste Behzod Abduraimov, 1er Prix du London International Piano Competition en 2009.

Le programme commence par La Procession des fêtes de Khorezm, une page luxuriante due à la plume de Suleiman Yudakov (1916-1990), musicien soviétique d’origine ouzbèke. Jamais donné en Suisse auparavant, percutant comme la ‘Fête à Bagdad’ dans la Schéhérazade de Rimsky Korsakov, ce bref tableau en technicolor voit le hautbois instiller une note folklorique dans un cantabile qui s’étoffe progressivement pour conclure triomphalement par les cuivres éclatants nous rappelant les défilés du Spartacus de Khatchatourian.

Carmen-Thérapie à Luxembourg

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Au Grand Théâtre de Luxembourg, si la Carmen de Bizet, magnifiquement servie par ses interprètes, a encore imposé les envoûtements de sa partition, sa « représentation », elle, mérite quelques réflexions.

Voilà une partition qui, depuis sa création en 1875 (même si ses premiers jours furent difficiles), ne cesse de fasciner encore et encore des publics de partout. Cette saison, elle fera l’objet de 89 productions et sera représentée 547 fois ! Fascination pour son héroïne évidemment. Fascination aussi pour sa partition : entendre Carmen, c’est en retenir les airs et les retrouver à l’instant, quelques notes suffisent. A Luxembourg, elle a été musicalement très bien servie. Eve-Maud Hubeaux a été une excellente incarnation vocale de la redoutable gitane : séductrice, amoureuse, agressive, libre dans les notes qui la définissent. Epanouie. Michael Fabiano a peu à peu (c’est lié au concept de la mise en scène) manifesté la sidération de Don José, la façon dont il bascule dans une folie amoureuse inexorable. On regrettera peut-être alors qu’il « passe trop en force », notamment dans le duo final où il couvre la voix de sa partenaire. Anne-Catherine Gillet, quelles que soient les apparences qu’« on » a imposées à sa Micaëla, a justement exprimé toute la tendresse d’un amour « ordinaire », raisonnable. L’Escamillo de Jean-Sébastien Bou nous a paru un peu en retrait. Louise Foor (Frasquita), Claire Péron (Mercédes), Jean-Fernand Setti (Zuniga), Pierre Doyen (Moralès), Guillaume Andrieux (le Dancaïre) et Enguerrand de Hys (le Remendado) ont été leurs « comparses » bienvenus. Dans la fosse, José Miguel Pérez-Sierra a prouvé, avec l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg, qu’il maîtrisait sa Carmen. Une mention particulière pour l’ensemble choral Aedes, intense présence.

Minh-Tâm Nguyen à propos des Percussions de Strasbourg

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Les légendaires percussions de Strasbourg célèbrent leurs 60 ans et font l'événement avec la parution d’un livre disque consacré à des œuvres de Xenakis, un compositeur auquel ce groupe est intimement lié. A cette occasion, Crescendo rencontre Minh-Tâm Nguyen soliste et directeur artistique des Percussions de Strasbourg, mais également professeur de Percussions au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon 

Les percussions de Strasbourg, c’est dans l’esprit des amateurs de musique du XXe siècle : Pleïades de Xenakis dont votre ensemble a assuré la première mondiale. Que représente cette pièce pour vous ? 

Les Percussions de Strasbourg sont dédicataires de plus de 400 œuvres. Pleïades fait partie des contributions fondamentales, aussi bien pour la composition musicale que pour le développement de la technique instrumentale pour percussions. Xenakis s'est appuyé sur le vaste instrumentarium des Percussions de Strasbourg et l'a étoffé de nouveaux instruments que sont les Sixxens. Et pourtant, cela n'a pas empêché de nombreux ensembles de percussion de jouer Pleïades depuis 40 ans dans les plus grandes salles et festivals internationaux. On doit la réussite de cette œuvre à une relation particulièrement nourrissante entre le compositeur et les interprètes. Notre quatrième génération est fière de continuer à partager cet héritage.

Que ce soit avec Pleïades ou Persephassa, autre partition liée aux Percussions de Strasbourg, mais également avec d'autres oeuvres pour instruments à percussions, Xenakis était très à son aise avec cette famille d’instruments. Qu’est-ce qui fait la force du geste compositionnel de Xenakis à travers les percussions ? 

Xenakis, en réponse à une lettre de J. Batigne, membre fondateur des Percussions de Strasbourg déclarait : "Quand j’écrirai pour vous, ce sera une oeuvre fondamentale pour la percussion". 

Toutes les œuvres pour percussions de Xenakis s'inscrivent dans le répertoire essentiel pour percussions et continuent, encore aujourd'hui, à susciter le développement des techniques instrumentales des percussionnistes. Ce sont des pièces extrêmement performatives et il en résulte, à chaque exécution, un débordement d'énergie. 

Beaucoup de musiques composées au cours de la seconde partie du XXe siècle semblent tomber dans un oubli, voire un dédain. La musique de Xenakis semble au contraire passer l’épreuve du temps et s’imposer comme une pierre angulaire de la modernité musicale. Partagez-vous cette impression ? 

 En effet, la musique de Xenakis ne vieillit pas et nous permet encore de l'observer selon un angle nouveau à chaque lecture. Il était très visionnaire.

A Lausanne un triomphe pour Alcina ! 

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En février 2012, l’Opéra de Lausanne avait présenté l’Alcina  de Haendel dans une mise en scène de Marco Santi qui n’avait guère marqué les esprits. Dix ans plus tard, Eric Vigié, son directeur, frappe un grand coup  en confiant une nouvelle production à Stefano Poda qui, à lui seul, assume régie, décors, costumes, lumières et chorégraphie. 

Et c’est justement par le jeu savant des éclairages qu’est créé un vaste jardin, encadré de cyprès effilés à la Fra Angelico, que découvrent les deux naufragés, Bradamante travestie en chevalier Ricciardo et son tuteur, Melisso. Immédiatement confrontés à Morgana, femme âgée portant une robe à panier noire démesurée, tous deux sollicitent une rencontre avec Alcina qui paraît dans une semblable crinoline blanche galonnée d’or. Tout habitant de l’ile, y compris Ruggiero, le fier chevalier, fiancé de Bradamante, revêt jaquette et culotte de cérémonie XVIIIe sur bas de soie. Lorsque descend des cintres une boule mastodonte qui s’entrouvre pour révéler le palais d’Alcina, une seconde jeunesse est donnée par enchantement à chacun de ceux qui y pénètre. Morgana ose s’afficher en body noir pailleté quand la reine, sa sœur, se pare d’un déshabillé vaporeux dans ses appartements de l’étage supérieur où règne la luxure, quitte à se donner du plaisir en usant des ‘loyaux services’ de la valetaille. Tandis que les abords de cet univers clos sont gardés par des panthères noires en céramique glazurée et que les serviteurs promènent des paons blancs empaillés, l’on finit par se rendre compte que ce monde enchanté a emprisonné les habitants en les métamorphosant en animaux et que tout dissident comme Oronte, Bradamante, Melisso et Ruggiero libéré du sortilège, est roulé dans une cage polyédrique. C’est donc lui qui brisera l’urne détentrice des pouvoirs magiques d’Alcina et de l’élixir de jeunesse. Et chacun retrouvera son aspect d’antan…

Sans surcharge ni artifice Rigoletto à Liège

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A l’Opéra de Liège, le Rigoletto de Verdi a une fois de plus enthousiasmé un public nombreux venu se réjouir du spectacle d’une tragédie. Se réjouir d’une tragédie ? Non, il ne s’agit pas d’un plaisir sadique comparable à celui qu’éprouvaient les spectateurs des jeux du cirque ; non, il s’agit de s’émerveiller de la façon dont un librettiste, un compositeur, un metteur en scène et son équipe, et des interprètes réussissent à sublimer, à transcender de terribles expériences de vie et de mort définitivement humaines : désirs, orgueil, trahison, mensonge, vengeance, amour, passion, soif du pouvoir, sacrifice.

D’autant plus que pour beaucoup de ces spectateurs, il s’agit d’un bonheur renouvelé, perpétué. Ils connaissent l’œuvre, mais chaque fois pourtant ils y découvrent des réalités inédites, dans une phrase du livret, annonciatrice de ce qui finira par advenir ou révélatrice d’une affection, dans une séquence de la partition dont on prend conscience soudain du raffinement de son orchestration, de son instrumentation.