A L’Opéra

Sur les scènes d’opéra un peu partout en Europe.

La Forza del Destino à Londres : gloire à Verdi

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Aucune production n’a sans doute été autant attendue et déjà commentée que La Forza del destino de Verdi programmée par le Royal Opera House de Londres,où l’oeuvre n’avait plus été à l’affiche depuis 2004. Pas pour la mise en scène de Christof Loy dont le public londonien connait le style et déjà présentée à Amsterdam en 2017, mais pour la distribution réunissant Anna Netrebko, Jonas Kaufmann et Ludovic Tézier, malheureusement pas dans les dix spectacles de la série. Trois grands noms mais aussi et surtout trois artistes qui savent comment on chante Verdi et disposent du matériel vocal nécessaire et le style pour rendre justice à cette partition impressionnante et exigeante, dramatique et haute en couleur, parfaitement maîtrisée par Antonio Pappano et l’excellent orchestre du Royal Opera.

Evviva il bel canto : Anna Bolena à Liège

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Anna Bolena m’est apparue essentiellement comme une exaltation du beau chant, du bel canto ; tout y contribue.

L’intrigue, le livret de Felice Romani, est tragique : il nous raconte comment Anna Bolena – Ann Boleyn -, la seconde épouse d’Henri VIII, roi d’Angleterre, va être éliminée pour faire place « à la suivante », Giovanna Seymour - on se rappellera que ce roi insatiable multipliera par six le nombre de ses mariages. Le royal amant va ourdir un stratagème impitoyable : faire revenir d’exil Riccardo Percy, lui-même épris de la reine, et les prendre tous deux au piège de l’adultère. Ajoutons-y, pour que l’engrenage tragique fonctionne bien, Smeton, un petit page amoureux, et Lord Rochefort, le frère d’Anna. Voilà de quoi émouvoir les cœurs sensibles.

Un enchantement baroque

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On met pas mal à l’affiche ces temps-ci des opéras de Francesco Cavalli (1602-1676). Ce compositeur est dans « l’air » du temps comme le prouve d’ailleurs un disque tout récent que vient de lui consacrer Philippe Jarousski.

Certains n’auront pas oublié la Calisto de La Monnaie dans l’inventive et réjouissante mise en scène d’Herbert Wernicke.

Son Erismena, créée à Venise pendant la saison 1655-1656 avec un succès concrétisé pendant presque vingt ans par de nombreuses reprises dans la Cité des Doges et un peu partout en Italie, a été l’un des événements du Festival d’Aix-en-Provence en 2017. La revoilà à Luxembourg.

« Musique ! A l’aide ! », s’écrie L’Enchanteresse à Lyon

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our son Festival ‘Vies et destins’, l’Opéra de Lyon propose en parallèle Didon et Enée, remembered selon Purcell complété par Kalle Kalima, Le Retour d’Ulysse de Monteverdi dans la version du Handspring Puppet Company et L’Enchanteresse, l’antépénultième ouvrage de Tchaikovsky, écrit entre août 1885 et septembre 1886.
Il y a deux ans, le San Carlo de Naples en proposait la création italienne dans une mise en scène de David Pountney. A Lyon, la direction fait appel au régisseur ukrainen Andriy Zholdak qui conçoit aussi les décors (en collaboration avec son fils (?) Daniel) et les lumières, quand Simon Machabeli réalise les costumes ; il fait table rase de la trame, du lieu et de l’époque pour nous livrer ses fantasmes personnels en matière de sexe et de religion. Qu’on en juge : le livret d’Ippolit Shpazinsky est focalisé sur Nastasya dite Kuma, tenancière d’une auberge de campagne aux confins de l’Oka et de la Volga, qui exerce une ensorcelante fascination sur le Prince Nikita Kurlayev dont elle refuse les avances ; par contre, elle s’éprendra de son fils Yuri, envoyé par sa mère, la Princesse Evpraksya Romanovna, folle de jalousie, pour mettre un terme aux jours de la ‘sorcière’. Le dénouement sera terrible : Nastasya sera empoisonnée par les bons soins de l’épouse outragée, et le fils sera abattu par son père.

La couleur des mains

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La JUIVE

C’est par une immédiate ovation debout que les spectateurs de l’Opéra d’Anvers ont salué La Juive (créée en février 1835) !

A Constance, au moment où s’ouvre le Concile qui en gardera le nom, deux groupes définis par leur religion -les chrétiens et les juifs- vivent côte à côte, mais de façon violemment conflictuelle, dans un contexte d’intolérance absolue. Leurs représentants : le Cardinal de Brogni et le joaillier père de famille Eléazar. Deux femmes aiment le même homme : Rachel, la juive, la fille d’Eléazar, et la Princesse Eudoxie, la chrétienne. L’homme, c’est Léopold : il fréquente la première sous une fausse identité et trompe la seconde à laquelle il est lié. Le père et le Cardinal sont unis par un terrible secret qui vaudra à l’œuvre sa fin atroce.

La Finta Pazza « d’après » Francesco Sacrati à Versailles : une déception.

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L’exhumation de partitions inconnues du XVIIe siècle présente un avantage : offrir une quasi « page blanche » au directeur musical. C’est donc de lui qu’il sera question ici beaucoup plus que de Francesco Sacrati (1605-1650) dont la Finta Pazza (la fausse folle) fut créée à Venise en 1641 avec succès, notamment grâce aux machineries fantastiques du grand « sorcier » Giacomo Torelli. C’est sous cette forme, avec des ballets de Balbi, que fut représenté pour la première fois en France un véritable opéra à l’invitation de Mazarin dans le but de divertir le jeune roi de 7 ans. Il semble n’en subsister que l’ossature (livret de Giulio Strozzi) privée de ses ballets et intrigues annexes. Après deux productions récentes dont celle d’Allan Curtis à La Fenice, c’est Leonardo Garcia Alarcon qui propose une nouvelle version à la tête de sa Cappella Mediterranea.

Push à La Monnaie

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Créé en 2016 au Battle Festival (Battle, Angleterre), Push fait partie de ces œuvres fortes et émouvantes qui font écho à la réalité. L’opéra relate l’histoire vraie de Simon Gronowski, jeune déporté en route pour Auschwitz qui survécut grâce à sa mère, qui le poussa hors du train en 1943. Resté caché jusqu’au 8 mai 1945, la guerre lui prit tout : sa mère et sa sœur Ita, décédées dans les chambres à gaz d’Auschwitz, et son père, mort de désespoir en juin 1945.

Pourtant, à 87 ans, Simon Gronowski est aujourd’hui un homme optimiste qui croit en l’avenir. Courageusement, il décida d’écrire et de publier son histoire en 1990 (L’enfant du 20e convoi). C’est d’ailleurs grâce à cet acte de bravoure qu’il put rencontrer un des gardes d’Auschwitz de l’époque, à qui il a pardonné après tant d’années. C’est dans cette idée de compassion et d’ouverture pour un monde meilleur que Simon continue encore de partager son histoire.

A la Scala, Valery Gergiev magnifie La Khovantchina

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Depuis mars 1998, la Scala de Milan n’a pas repris La Khovantchina alors qu’elle en a donné neuf productions depuis mars 1926. Il y a vingt ans, Valery Gergiev la dirigeait déjà dans la mise en scène traditionnelle mais ô combien somptueuse de Leonid Baratov.

Aujourd’hui, l’on fait appel au régisseur napolitain Mario Martone qui, dans une notice du programme, déclare : « J’ai essayé d’imaginer l’opéra comme s’il se développait dans un temps futur : futur par rapport à l’époque de Pierre le Grand, futur par rapport au XIXe siècle au moment où Moussorgsky écrivait l’ouvrage, mais aussi futur par rapport à nous qui l’écoutons aujourd’hui. Je voulais rester dans l’Histoire, mais comme si elle se reflétait dans un miroir déformant où l’on pourrait apercevoir Pierre le Grand, Moussorgsky et nous-mêmes ».

Ferdinando Paer, un Rossini du pauvre ?

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Pour le public d’aujourd’hui, qui est Ferdinando Paer ? Qu’a-t-on retenu de sa vaste production lyrique comportant 55 opéras dont Griselda, Camilla, Leonora, Agnese ou Le Maître de Chapelle ? Il y a quelques années, avaient été enregistrés, sous la direction de Peter Maag, une intégrale de la Leonora de 1804 qui a le même sujet que le Fidelio de Beethoven, ainsi que quelques extraits du Maître de Chapelle avec Fernando Corena.

A son époque, Agnese a été l’un des ouvrages les plus représentés un peu partout jusqu’aux années 1840. Répondant à une commande du comte Fabio Scotti pour l’inauguration de son théâtre privé, l’œuvre fut créée le 3 octobre 1809 dans sa villa du Ponte Dattaro aux abords de Parme ; puis elle fit sensation à la Scala de Milan en septembre 1814, en Allemagne et en Autriche, à Londres en 1817, à Paris aux ‘Italiens’ en juillet 1819 avec Joséphine Fodor-Mainvielle et la basse Felice Pellegrini et en janvier 1824 avec Giuditta Pasta. Chopin l’entendit à Varsovie en 1830, avant qu’elle ne s’impose en Russie, au Chili et au Mexique. Puis pendant un siècle et demi, elle disparut jusqu’à la date du 15 février 2008 où l’édition critique établie par le musicologue Giuliano Castellani fut exécutée sous forme de concert à Lugano par Diego Fasolis et les Chœur et Orchestre de la Radio Suisse Italienne. Et onze ans plus tard, c’est lui qui en dirige les premières représentations scéniques à Turin.

A Genève, les deux derniers volets d’une remarquable Tétralogie

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Pour une deuxième série de présentations, le Grand-Théâtre de Genève a proposé en quatre jours (du 5 au 10 mars) l’intégralité de la Tétralogie wagnérienne. A la suite des soirées d’ouverture des 12 et 13 février, j’ai évoqué la réussite de Das Rheingold et Die Walküre dans la production de Dieter Dorn utilisant les décors et costumes de Jürgen Rose et les lumières de Tobias Löffler.

Pour Siegfried s’impose à nouveau le principe de la scène vide où Wotan est figé devant son épieu, bâton de commandement qui fait émerger des bas-fonds l’antre d’un Mime cliquetant vainement sur les fragments de l’épée de Siegmund qu’il ne réussit pas à reconstituer. Le côté imagerie naïve voulue par le metteur en scène permet à Siegfried de tirer derrière lui un ours énorme qu’anime un figurant, alors que se profilent les gigantesques pattes d’un dragon où se faufileront les marionnettistes propulsant à bout de fines battes les volatiles de la clairière. Du sol sortira la monstrueuse tête de Fafner (campé par Taras Shtonda) qui, transpercé par l’épée Nothung, apparaîtra en bonhomme BP tout velu pour exhaler son dernier souffle. Le dernier acte produit un effet saisissant au moment où surgit le Wanderer/Wotan entre des pans de mur qui s’écartent afin de lui livrer passage ; l’Oiseau de la forêt mimé par la remarquable Mirella Hagen au soprano léger et scintillant guide l’intrépide Siegfried abattant tout obstacle pour parvenir à un promontoire recouvert d’un voile qui, écarté d’un geste brutal, révèlera Brünnhilde recouverte d’un heaume doré et du bouclier des Walkyries.